Partager cet article

À Berlin, les rêves de coffee shop de la mairie de Kreuzberg partent en fumée

No smoking | cameronroberson via Flickr CC License by

No smoking | cameronroberson via Flickr CC License by

La maire du quartier de Kreuzberg voulait y ouvrir un coffee shop pour tenter d'enrayer les problèmes d'insécurité liés au deal de cannabis. Sa demande a été rejetée.

Berlin ne sera pas la première ville allemande à vendre légalement du cannabis. La maire verte du quartier berlinois de Kreuzberg, Monika Herrmann, voulait mener une expérience alternative en ouvrant un coffee shop pour tenter d'enrayer les problèmes d'insécurité liés au deal de cannabis dans un parc du quartier très fréquenté, le Görlitzer Park. L'Institut fédéral allemand des médicaments et des dispositifs médicaux vient de rejeter sa demande, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit, au motif que celle-ci était «irrecevable» et «infondée» au regard de la loi allemande sur la protection de la jeunesse et des consommateurs ainsi que de la loi allemande sur les stupéfiants.

Comme en France, la consommation, la production, la détention et la vente de cannabis sont interdites en Allemagne, mais la détention d'une petite quantité d'herbe ou de résine de cannabis n'excédant pas quelques grammes est plus ou moins tolérée selon les Länder. Le Land de Berlin a la réputation d'être particulièrement permissif mais ce sans qu'aucune limite légale ne soit bien sûr fixée.

Combattre le marché noir et les agressions

La démarche de Monika Herrmann se voulait avant tout sécuritaire, comme elle l'expliquait au quotidien berlinois Der Tagesspiegel en 2013 lorsqu'elle avait lancé l'idée d'ouvrir un coffee shop à Kreuzberg:

«Ce n'est pas que je veuille créer un joyeux pays de la drogue, mais je crois que nous pourrons ainsi désamorcer le problème de drogue dans le parc.»

Les riverains se plaignent depuis plusieurs années des méthodes de vente agressives des nombreux dealers qui se trouvent dans le parc, comme nous le rapportions l'an dernier. Plusieurs agressions et vols sur des passants ont été commis dans le parc, notamment la nuit (à Berlin, les parcs ne sont pas clôturés), beaucoup de Berlinois préférant traverser ce parc long et étroit à pied ou à vélo plutôt que de le contourner.

Ce projet de coffee shop visait à vendre de l'herbe ou du haschich produit dans la région, dont la qualité aurait été contrôlée par l'État, de manière à combattre le marché noir et à réduire les risques pour la santé des consommateurs. Seuls les habitants majeurs du quartier auraient été autorisés à acheter du cannabis. Un point que critique Die Zeit, qui rappelle que la majorité des personnes qui viennent se fournir en drogue au Görlitzer Park sont des mineurs, des touristes et des habitants des autres quartiers.

L’État doit-il devenir un «dealer»?

Peu ouvert aux idées audacieuses de la maire très médiatique du district de Friedrichshain-Kreuzberg, le sénateur de l'Intérieur de Berlin, le chrétien-démocrate Frank Henkel, s'est réjoui de la décision de l'Institut fédéral allemand des médicaments et des dispositifs médicaux, rapporte Der Tagesspiegel:

«Le biotope kreuzbergeois de la drogue de madame Herrmann a ainsi échoué dès le départ. C'est bien ainsi. L'État ne doit pas devenir un dealer.»

Dans un éditorial intitué «L'État doit devenir un dealer», un journaliste du quotidien local Berliner Zeitung, Frederik Bombosch, réagit ainsi à cette déclaration:

«Les coffee shops offriraient la possibilité de tenir les consommateurs à distance des drogues dures. Ils pourraient constituer une plateforme d'information et de conseil destinée aux personnes dépendantes. Ils pourraient briser un marché important du crime organisé.»

Monika Herrmann ne s'estime pas vaincue. Elle a déjà fait savoir qu'elle songeait à faire appel.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte