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La descente aux enfers d’une femme escroquée par un amoureux imaginaire

Indications pour réparer un cœur brisé | Cali4Beach via Flickr CC License by

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Via Internet, des malfrats se font passer pour les soupirants transis de personnes qu'ils n'ont jamais rencontrées dans le but de soutirer de l'argent à leurs victimes. Audrey Elrod est l'une d'entre elles.

La situation d’Audrey Elaine Elrod, divorcée américaine de 45 ans de Caroline du Nord, est emblématique de celles de milliers d’autres victimes d’escroqueries en ligne, comme le montre ce long format de Wired. En mars 2011, un inconnu, se présentant comme un ingénieur mécanicien écossais et veuf du nom de Duke McGregor en poste sur une plateforme pétrolière, commente une de ses photos sur Facebook et la couvre de compliments. Entre deux âges, en plein divorce avec l’homme qui a partagé sa vie durant quatorze ans, Audrey Elrod donne suite et une relation numérique se met en place. Très vite, les deux amants virtuels conversent sur Internet ou par téléphone pendant des lustres, jusqu’à douze heures par jour. Même s’ils se connaissent depuis peu et ne se sont encore jamais rencontrés, les promesses d’amour s’échangent à flux continu.

«Duke McGregor» lui présente bientôt son fils Kevin, 17 ans, lors d’une de ces discussions et il est bientôt question pour Kevin de rendre visite à sa nouvelle «mère». Mais après que Audrey Elrod a viré quelques centaines de dollars à Kevin pour financer son voyage, Duke McGregor prétend que celui-ci a eu un accident de voiture et nécessite plusieurs milliers de dollars pour les soins. 

Bien sûr, l’Américaine s’exécute. Les demandes s’enchaînent et bientôt elle consacre les trois quarts de ses revenus à Duke et son fils. Pour subvenir aux besoins de l’homme dont elle est amoureuse mais qui tarde à la rejoindre, elle fait de plus en plus de cadeaux et de virements à ce Duke dont les intentions ne sont à l’évidence pas si nobles. Elle va jusqu’à quitter son emploi pour toucher une prime, qu’elle lui envoie.

Highway to hell

L’entourage d’Audrey Elrod s’inquiète de cet amour lucratif pour un parti inconnu et, à l’été, elle claque après une dispute à ce sujet la porte du domicile de sa mère, où elle était revenue. Grande solitude? Excès de crédulité? La psychologue Monica Witty, qui a étudié ces relations ruineuses, explique dans l’article qu’il s’agit plutôt d’une foi inextinguible en l’amour idéal chez ces victimes.

Audrey Elrod poursuit sa descente en enfer et change plusieurs fois de domiciles. Pour rendre service à Duke McGregor, elle se met même en contact avec un ami à lui, un certain Sinclair, qu’elle doit aider dans son travail de pétrolier au Nigeria en ouvrant des comptes dans des banques pour y recevoir de fortes sommes et les transférer aussitôt, sans qu’elle-même ne s’enrichisse. Ce petit jeu finit bien sûr très mal. Elle est arrêtée une première fois par les autorités américaines, qui soupçonnent ces transactions d’être la manifestation de blanchiment et de financements occultes, en avril 2013.

Foi en l’amour

Libérée en attendant un procès, elle continue et prend même la fuite sur les conseils de son petit ami chimérique, avant d’être définitivement interpellée en août au moment où elle commence enfin à percer à jour la nature de ce prétendu «Duke McGregor». La justice lui a depuis appris que les fonds qu’elle transférait depuis des mois étaient en fait constitués de l’argent d’autres victimes. Selon le Internet Crime Complaint Center, en 2014, les Américains victimes de ce genre de rencontres sur Internet ont perdu 87 millions de dollars.

Derrière ces arnaques, le même schéma déroule ses anneaux: la construction de la relation par l’escroc, période mielleuse qu’une première demande d’argent vient interrompre, suivi d’un coup du sort (accident, démêlé judiciaire) auquel le Dom Juan des réseaux sociaux ne peut faire face. Une fois que la dupe a été intégralement saignée à blanc, son amoureux disparaît de la toile ou, pire, révèle sa véritable identité. La déception amoureuse est d’ailleurs souvent la plus dévastatrice auprès des victimes.

Audrey Elrod, elle, purge à présent une peine de quatre ans et quatre mois de prison et doit désormais faire face au dédommagement de nombreuses victimes qu’elle a sans le vouloir aidé à escroquer, à hauteur de 413.790 dollars. Complice involontaire d'un réseau de malfaiteurs, son cas n'est pas isolé. Certaines victimes contractent même une alliance consciente avec les malfrats, attirées par ces gains si faciles... ou tout simplement pour se refaire (un peu) financièrement. 

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