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Les corbeaux apprennent à rester en vie grâce à la mort de leurs semblables

Corbeaux | Mary Bailey via Flickr CC License by

Corbeaux | Mary Bailey via Flickr CC License by

Lorsqu'ils aperçoivent le corps sans vie d'un de leurs congénères, les corbeaux se rassemblent auprès de lui en croassant. Un curieux deuil que décryptent une étude scientifique.

Longtemps, on a donné aux employés de pompes funèbres le triste surnom de «corbeaux», la faute à leurs mines contractuellement contrites et à leurs tenues sombres. Il se pourrait que leur présence rituelle aux funérailles ait aussi joué dans la formation de ce sobriquet car on sait que les corbeaux se rassemblent bruyamment autour des cadavres des leurs. Une étude à paraître en novembre conduite par la doctorante Kaeli N. Swift sous la direction du docteur John Marzluff de l’université Washington (située à Seattle) a cherché à percer le secret de ce deuil animal, comme l’explique le New York Times.

La chercheuse a donc sélectionné des portions des trottoirs de Seattle afin de mener à bien ses expériences. Toutes les semaines pendant deux ans, la même scène, un rien terrifiante pour les riverains, se répétait. Kaeli Swift s’approchait pour donner de la nourriture aux corbeaux, derrière elle se tenait un volontaire le visage caché derrière un masque et, dans la main de celui-ci, parfois, un cadavre de corbeau empaillé. Aussi étrange que le port du masque paraisse, il était nécessaire car les corbeaux pouvant reconnaître les visages et les volontaires alternant régulièrement, ils ne devaient pas savoir à qui ils avaient affaire. «C’était un truc à la Hannibal Lecter. On avait l’impression avec ce masque que vous aviez arraché le visage de quelqu’un puis en aviez recouvert le vôtre», détaille benoîtement Kaeli Swift. Plusieurs fois, des passants ont voulu appeler à la police malgré un écriteau mentionnant le caractère scientifique de l’expérience.

L'information oui, la compassion non

Pourtant, les savants ont réussi à recueillir nombre d’informations et à formuler des conclusions. Lorsque le volontaire s’avançait avec son corbeau mort dans les bras, il était près de la moitié du temps bombardé en piquet par une escadrille hurlante. Sans le défunt oiseau, les corbeaux se contentaient de fuir. Le site Inverse rapporte que les oiseaux étaient plus agités encore autour du porteur si celui disposait en plus de son corbeau d'une buse à queue rousse, prédateur de leur espèce. De plus, après avoir noté la présence du cadavre d’un de leurs semblables, les corbeaux pouvaient montrer des réticences à revenir au même endroit pour s’y nourrir.

Kaeli N. Swift retire de l’examen de ces noirs corvidés plusieurs informations. Le rassemblement des corbeaux à la mort de l’un d’entre eux et les cris poussés autour de cet événement auraient des vertus didactiques. En agissant ainsi, ils semblent s’alerter mutuellement à la fois de l’endroit du danger et de la nature de celui-ci. En revanche, apparemment, ce n’est pas le chagrin qui les étouffe.

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