Monde / Société

En détruisant le temple de Bêl, Daech a anéanti une ancienne mosquée

Temps de lecture : 2 min

Le temple romain a servi le culte musulman pendant plus de huit siècles avant d'être restauré sous le mandat français.

Vue aérienne du temple de Bêl en cours de dégagement Palmyre, Syrie | Crédit: Institut français du Proche-Orient
Vue aérienne du temple de Bêl en cours de dégagement Palmyre, Syrie | Crédit: Institut français du Proche-Orient

À intervalles réguliers, monument par monument, l’organisation État islamique détruit le patrimoine de Palmyre. Elle a anéanti le temple de Baalshamin, avant de faire de même avec le temple de Bêl et de finalement faire exploser l’arc de triomphe, dimanche 4 octobre.

Dans ce cadre, le blog Les Carnets de l’Ifpo, tenu par l’Institut français du Proche-Orient, consacre un billet au temple de Bêl, qui était l’un des mieux préservé de la région. On y apprend qu’en détruisant cet édifice l’organisation État islamique a en réalité anéanti... une ancienne mosquée.

Vies et morts du monument

Temple à l’époque romaine, Bêl devient ensuite une église lorsqu’à la fin du IVe siècle le christianisme devient la religion officielle de l’Empire romain. Il connaît ensuite une phase d’abandon du VIIIe au XIIe siècle, avant d’être utilisé comme forteresse et mosquée. «La “troisième vie” du monument, mise au service du culte musulman, dura plus de huit siècles», racontent les trois auteurs, Caroline Durand, Thibaud Fournet et Pauline Piraud-Fournet.

En 1932, pendant la mandat français, le Service des antiquités de Syrie et du Liban met en place le début des fouilles archéologiques. Les habitants du village de Palmyre sont délogés, la mosquée perd sa fonction et l’ancien temple romain est restauré. Il devient patrimoine mondial de l’Unesco en 1980.

Choix archéologiques

Si le monument a été si bien conservé, c'est grâce à ses différentes transformations, qui lui ont redonné à chaque fois «une fonction». Mais les choix opérés sont également à l'origine du destin que vient de subir l'édifice. Sachant cela, les trois auteurs du billet soulèvent certaines questions liées à l'actualité:

«Quel regard les assassins de l’EI auraient-ils porté sur le sanctuaire de Bêl si les choix des archéologues français du début du XXe siècle avaient été différents? Si le temple, plutôt que d’avoir été restauré et figé dans son état antique, avait été conservé au cœur d’un village habité? Auraient-ils vu en lui le représentant d’un patrimoine décrété universel par une culture “occidentale” dont ils se défient, patrimoine voué de fait à une destruction symbolique?»

La question de sa «remise» en valeur se posera aussi peut-être un jour. La politique adoptée prendra-t-elle en compte, cette fois, toutes les vies de cet édifice?

Fanny Arlandis, auteure de cet article, effectue des vacations pour les ressources électroniques de l’Ifpo.

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