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La grande dépression des cadres de Wall Street

Le suicide Arallyn! via Flickr CC License by

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Depuis plusieurs mois, Wall Street est agité par les suicides de banquiers et analystes. Un phénomène qui souligne le rythme de vie que la place financière impose à ses cadres.

On sait depuis Starmania que les businessmen sont sujets à de profonds blues. Mais le constat n’a plus rien de chantant quand on le rapproche du phénomène de suicides parmi le personnel de Wall Street dont les nerfs sont soumis à rude épreuve, entre journées de travail sans fin et stress accablant. Le New York Times revient sur l’histoire de plusieurs golden boys et girls qui ont choisi de mettre fin à leurs jours ces derniers mois. Thomas Hughes, retrouvé mort au bas de son immeuble de Manhattan le 28 mai 2015, est l’un d’entre eux. Jeune homme de 29 ans très brillant et issu d’une famille de financiers, Thomas Hughes a d’abord connu une ascension modèle dans le monde de la fusion-acquisition.

Apparemment heureux de se trouver à ce poste, le banquier d’investissement ne comptait pas ses heures (il dormait parfois sous son bureau), dans ce secteur où les instants de repos sont de toute façon très rares, et voyait de moins en moins ses proches. La nuit de sa mort, Thomas Hughes avait consommé de fortes quantités d’alcool ainsi que de la cocaïne. Spiritueux et narcotiques font partie de l’outillage des financiers, souvent pour tenir le coup et, à l'occasion, pour se sentir intégrés à leur environnement.

Un mois auparavant, un analyste de 22 ans salarié de Goldman Sachs, du nom de Gupta, s’était également défenestré. Un de ses collègues paraît presque chanceux, dans la mesure où il a «seulement» fait une attaque après avoir travaillé pendant soixante-douze heures d’affilée. Plus chanceux en tout cas que ce jeune banquier stagiaire, Moritz Ehrardtmort en tombant dans sa douche, au cours des convulsions d’une crise d’épilepsie, après avoir lui aussi passé les trois jours précédents à son poste.

Aliénation et autoflagellation

Certains instituts concernés par ces événements instaurent désormais quelques limites à cette culture du travail à outrance. Goldman Sachs, déjà plusieurs fois pointé du doigt pour les suicides de ses employés, a ainsi décrété que les jeunes banquiers titulaires ne devaient pas être au bureau de vendredi 21 heures jusqu’à dimanche 9 heures. Si l’entreprise surveille le respect de cette clause, il est peu probable que ce règlement soit efficace. La technologie rend les salariés joignables en permanence et le travail dématérialisé peut s’effectuer depuis chez soi. Kevin Roose, auteur d’un livre sur les jeunes financiers de Wall Street, explique que l’autoflagellation s’ajoute à l’aliénation bien réelle de cet univers:

«On ne peut pas se distinguer par l’originalité de sa pensée, donc le seul moyen de se démarquer c’est de le faire par son endurance. Les amateurs de punition sont récompensés à Wall Street, surtout chez les jeunes.»

En février 2014, alors que l’ombre de la dépression psychologique et non économique planait déjà sur Wall Street, le magazine Fortune s’était demandé si le taux de suicide était véritablement supérieur dans la haute finance par rapport aux autres domaines de la vie active. L’étude a montré que, si les avocats et certains médecins se suicidaient davantage, le taux de suicide chez les cadres de la finance dépassait tout de même la moyenne américaine de 39%: 329 d’entre eux se sont suicidés entre 1999 et 2007. Alexandra Michel, ancienne banquière à Goldman Sachs et à présent professeure de management à l'université de Pennsylvanie, note: «Au vu du nombre d’heures que passent les gens à travailler, c’est surtout étonnant qu’il n’y ait pas plus de suicides.»

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