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Poutine, le pompier pyromane

Poutine à Moscou, le 30 septembre (REUTERS/Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin)

Poutine à Moscou, le 30 septembre (REUTERS/Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Kremlin)

Le président russe prétend vouloir résoudre une crise syrienne qu'il ne fait qu'aggraver en soutenant le régime de Bachar el-Assad.

Tout a commencé lundi dernier, à l’ouverture de l’assemblée générale des Nations Unies, grand carrefour annuel des responsables politiques de la planète. Tout, c’est-à-dire le show Poutine: le leader russe avait réussi à faire croire, par médias interposés, qu’il allait prendre une initiative diplomatique de nature à aider à la sortie de guerre en Syrie. Il a fallu quatre jours pour que ces mêmes médias réalisent qu’il n’avait pas changé de position et que sa politique était, et resterait, de protéger Bachar el-Assad. 

Ce qui veut dire que les frappes aériennes russes, jugées par lui légitimes alors que, dans le même moment à ses yeux, les frappes française ne le sont pas, ne seraient pas dirigées principalement contre Daech mais bien plus sûrement contre l’opposition syrienne à Bachar el-Assad, celle qu’Européens et Américains s’efforcent d’aider.

Daech, Bachar el-Assad et l'exode

L’avantage de Vladimir Poutine tient à l’illusion qui s’est installée dans une partie de l’opinion, selon laquelle l’exode syrien –donc la question des réfugiés (lesquels ne veulent pas venir en France, pas plus que la France ne cherche à les accueillir)– a pour première cause la guerre que mène Daech en Syrie et en Irak. Oui, Daech est bien une organisation terroriste qui massacre et qui entend exporter son terrorisme jusque dans nos pays, aidée en cela par quelques milliers d’Européens venus s’enrôler et combattre au nom d’un islam détourné et fanatique (parmi lesquels un peu plus d’un millier de russophones). 

Poutine veut conserver en Syrie une plateforme qui lui permette de redevenir un acteur de la scène mondiale

Mais la cause première de l’exode réside dans les massacres perpétrés par Bachar el-Assad contre le peuple syrien qui, au moment du Printemps arabe, avait cru pouvoir rêver de liberté. La moitié de la population syrienne a été ainsi déplacée et quatre millions de personnes ont quitté le pays (dont un demi million vers l’Europe). Or, Bachar el-Assad n’a tenu que grâce au soutien militaire de Vladimir Poutine et des Mollahs iraniens. Et ce, avant même que Daech ne se constitue en force armée sur les décombres d’une partie de l’armée irakienne. 

La Crimée, «son» pays

La responsabilité de Poutine est donc entière: il est ce que l’on appelle un pompier pyromane. Et, s’il persiste dans ce soutien à Bachar el-Assad, alors que celui a connu un affaiblissement militaire rapide au cours des derniers mois, c’est au nom de l’idée qu’il se fait de l’intérêt russe: conserver en Syrie un point d’appui stratégique et une plateforme qui lui permette de redevenir un acteur de la scène mondiale. À l’égal des États Unis.

Ces deniers sont apparus, à l’occasion de cette séquence poutinienne, comme les grands perdants. Vladimir Poutine avait d’ailleurs entamé son discours à la tribune des Nations Unies en faisant part de son émotion car il parlait devant une institution dont la création avait été décidée «à Yalta, en Crimée, dans mon pays». Par ces mots, il se payait le luxe de solenniser l’annexion par ses propres troupes de la Crimée, envers et contre tous les textes des Nations Unies…

Les États-Unis paient d’un prix politique très élevé leur relative passivité dans la région

Actions en demi-teinte

Les États-Unis paient d’un prix politique très élevé leur relative passivité dans la région et ce depuis que Obama avait, conformément à ses engagements de campagne électorale, retiré plus vite que prévu ce qui restait du contingent américain en Irak. Et, lorsqu’en 2013, François Hollande avait proposé de frapper les forces de Bachar el-Assad alors très affaiblies, Barack Obama avait, in fine, reculé. À l’époque, il est vrai, Poutine avait regroupé pas moins de dix-neuf navires dont les militaires pensaient qu’ils pouvaient riposter à des frappes occidentales.

Quant aux actions actuelles de la coalition menée par les États-Unis, elles ne semblent pas, aux dires de spécialistes américains (le général Petraeus par exemple), cibler Daech autant qu’il serait nécessaire pour être vraiment efficace. Cette action en demi-teinte a été promptement mise à profit par Poutine. Même s’il n’est pas exclu qu’un jour il puisse contribuer à une solution politique dans la région, pour l’heure, les actions de Poutine comportent plus de risques que de progrès.

Ce texte est initialement paru dans le journal Direct Matin.

 

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