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Les hommes ne sont pas égaux devant la schizophrénie

Etes-vous schizophrénes Mark Turnauckas via Flickr CC License by

Etes-vous schizophrénes Mark Turnauckas via Flickr CC License by

Entendre des voix a quelque chose d'effrayant pour les Américains, explique une étude, mais peut s'avérer stimulant aux yeux d'un Indien ou d'un Ghanéen.

Les voix qui surgissent dans les cerveaux schizophrènes résonnent différemment selon qu’on habite dans tel endroit du globe ou tel autre. Les prismes culturels de chaque civilisation peuvent donc modifier la perception de ces monologues muets. Ce sont en tout cas les conclusions d’une étude intitulée «Entendre des voix dans différentes cultures» et relayé par Braindecoder. Assistée de quelques collègues, l’anthropologue Tanya M. Luhrmann, de l’université de Stanford, a rencontré trois panels de vingt patients, l’un dans l’hôpital de San Mateo, en Californie, un autre à Chennai, dans le sud de l’Inde, un dernier enfin à Accra, au Ghana.

«Combien de voix entendez-vous? À quelle fréquence? Subissez-vous d’autres formes d’hallucinations? Quelle relation entretenez-vous avec vos voix? Ces voix sont-elles bien compréhensibles?» Voilà quelques questions posées par l’équipe scientifique aux patients interrogés.

L’écho recueilli auprès des Américains a été sans appel: tous, sans exception, ont décrit ces hallucinations auditives comme très désagréables. L’un détaille de manière syncopée: «Les cris, la dispute...Une fois, elles m’ont dit de sauter sous le train.» Pour un autre: «C’est la guerre et tout le monde crie.»

Conseils pratiques et soutien moral 

La souffrance et l’hostilité manifestées par les Américains paraissent évidentes pour un public occidental, elles le sont beaucoup moins ailleurs. Ainsi, au moins huit des vingt Indiens analysés apprécient plutôt entendre toutes ces voix, qui leur donnent souvent des conseils pour traverser la vie quotidienne. Par ailleurs, ils étaient une majorité de patients à entendre les voix de proches plutôt que celles d’inquiétants inconnus. Un Indien a d’ailleurs expliqué qu’il se faisait régulièrement rabrouer par ses sœurs et encourager par ses ancêtres. L’expérience ghanéenne est similaire. La moitié des patients vivent en bonne harmonie avec les voix entendues et y puisent même une forme de soutien moral. «Les voix m’indiquent la bonne chose à faire. Si je n’avais pas ces voix, je serais mort depuis longtemps!» a même assuré un des malades.

Les scientifiques estiment que ces différences dans l’approche de cette pathologie potentiellement bavarde tiennent aux conceptions diverses de la conscience individuelle d’une culture à l’autre. Là où l’Américain, qui voit son esprit comme une instance psychologique ou spirituelle séparée du monde, perçoit ces voix comme une intrusion violente dans son jardin secret et la perturbation du contrôle qu’il impose à ses réflexions, les Indiens pourraient échapper à cette douleur grâce à leur sens de la filiation. La société indienne est une société où l’on imagine le monde comme rempli d’individus reliés entre eux dans lequel les personnes âgées sont censées savoir ce que les jeunes devraient penser de telle chose et où on attend d’elles qu’elles conseillent la conduite de leurs cadets. Une manière de voir les choses qui expliquerait pourquoi un même homme atteint de schizophrénie peut se sentir mentalement réprimandé par ses sœurs et épaulé par ses ancêtres. 

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