Monde

Affaire Williamson: le Vatican savait

Henri Tincq, mis à jour le 17.04.2010 à 11 h 58

La chaîne de télévision suédoise, qui a révélé les positions négationnistes de l'évêque intégriste, démontre qu'elles étaient connues à Rome avant sa réhabilitation par Benoît XVI.

 

Le tribunal allemand de Ratisbonne a condamné vendredi 16 avril l'évêque britannique Richard Williamson à une amende de 10.000 euros pour ses propos négationnistes tenus lors d'une interview à la télévision suédoise en janvier 2009.

Il aurait pu éviter son procès et la mauvaise publicité. Mais Mgr Williamson a refusé de s'acquitter de l'amende de 12.000 euros proposée par le tribunal de Ratisbonne (Bavière) dans le cadre d'une procédure simplifiée, comme le permet la justice allemande. Depuis le début de l'audience la semaine dernière, l'Allemagne attendait avec impatience le jugement. Un jugement prononcé en son absence, car sa fraternité lui avait interdit d'y assister.

 

Dans une interview réalisée à Ratisbonne et diffusée par la télévision suédoise SVT1 le 21 janvier 2009, l'évêque catholique Williamson, membre de l'organisation intégriste de la Fraternité Saint Pie X, avait notamment déclaré : «Je crois qu'il n'y a jamais eu de chambres à gaz». Nous republions à l'occasion de ce jugement un article d'Henri Tincq sur le scandale qui avait suivi la réhabilitation provisoire par le Vatican de Mgr Williamson.

 

S'il y avait encore le moindre doute que le Vatican était bien informé des positions négationnistes de l'évêque intégriste Williamson, il a été levé le 23 septembre lors d'une nouvelle émission de la chaîne de télévision publique suédoise SVT. C'est cette chaîne qui avait enregistré le 1er novembre 2008 les propos de Richard Williamson niant les chambres à gaz et l'ampleur du génocide juif, et les avait diffusés le 21 janvier 2009, jour de sa réhabilitation par le pape Benoît XVI. Le 23 septembre, cette chaîne suédoise révèle que c'est l'évêque catholique de Stockholm en personne, Mgr Anders Arborelius, qui avait informé Rome, tout en ignorant si son message avait été bien transmis et reçu.

L'information télévisée est confirmée par un communiqué de l'évêché de Stockholm: «Comme nous le faisons toujours pour les affaires de l'Eglise, nous avions transmis aux responsables du Vatican l'information dont nous disposions sur la Fraternité sacerdotale saint Pie X (qui regroupe les prêtres intégristes, ndlr) et sur Richard Williamson, y compris ce que nous savions sur le contenu de son entrevue avec l'équipe d' Uppdrag Granskning (l'émission au cours de laquelle fut diffusée l'interview)».

La transmission des informations relevait de la «pure routine et non d'une mesure exceptionnelle». Une attachée de presse du diocèse de Stockholm a précisé à l'agence d'informations vaticanes APIC que l'évêché avait transmis la position de l'évêque Williamson dès la fin de novembre 2008 au nonce apostolique en Suède, Mgr Emil Paul Tscherrig. Celui-ci a aussitôt transmis l'information à Rome. Elle était parvenue à l'évêché de Stockholm grâce à des représentants de l'Eglise luthérienne, qui la tenaient de collaborateurs de la chaîne de TV suédoise.

Cette information est-elle bien parvenue jusqu'au Vatican? Si oui, par qui? A t-elle été interceptée et bloquée? Dans son émission du 23 septembre qui relance la polémique, l'équipe de la télévision SVT s'entretient avec le cardinal Walter Kasper, personnalité ouverte chargée au Vatican des relations œcuméniques avec les pays protestants. Celui-ci affirme qu'il n'avait reçu aucune information interne au Vatican sur les déclarations de Williamson, mais qu'il avait une vague connaissance des opinions de l'évêque intégriste. Il pensait naïvement que le fait était connu autour de lui et avoue encore sa surprise de l'ignorance, réelle ou feinte, de la commission Ecclesia Dei, chargée au Vatican du dialogue avec les intégristes, souvent accusée de complicité avec eux.

La chaîne de télévision suédoise publie aussi sur son site Internet un courrier adressé par le Père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican. Lui aussi affirme qu'il n´était pas au courant de l'interview controversée de l´évêque négationniste avant sa diffusion. «Le cardinal Castrillon Hoyos (alors président de la commission Ecclesia Dei, ndlr), ne m´en a rien dit avant la diffusion, a précisé le Père Lombardi. Je ne savais pas qu'une note sur Williamson avait été envoyée au Vatican, et je ne sais pas qui l´a reçue et lue. Personne ne m´en a parlé».

Par ces mots, le porte-parole se dégage de toute responsabilité personnelle et reporte explicitement la faute sur la commission Ecclesia Dei, ainsi que sur l'appareil de la secrétairerie d'Etat qui entoure le pape. Dans une interview accordée dès février 2009 au quotidien catholique La Croix, le porte-parole du Vatican avait déjà regretté que ceux qui avaient géré cette affaire n'avaient pas eu conscience de la gravité des propos de Mgr Williamson. Il avait déjà mis en cause le cardinal Castrillon Hoyos, principal négociateur dans cette affaire.

Les principaux soupçons portent donc sur cette commission qui a préparé le dossier de levée des excommunications des quatre évêques intégristes — dont Williamson — et qui aurait bloqué les informations nauséabondes venues de Suède sur son compte. Elle a d'ailleurs été déchargée par Benoît XVI, fin juin, de l'essentiel de ses fonctions de dialogue avec les tradtionalistes, celles-ci étant transférées à la congrégation pour la doctrine de la foi. Et son président Castrillon-Hoyos a été mis à la retraite.

Venu de Stockolm, ce rebondissement confirme, s'il en était besoin, la gestion calamiteuse de l'affaire Williamson par le Vatican. Rien ne prouve, jusqu'à présent, que l'information soit remontée jusqu'à Benoît XVI. Federico Lombardi l'a confirmé jeudi 24 septembre dans une note aux journalistes: «Il est absolument infondé d'affirmer ou même d'insinuer que le pape était préalablement au courant des positions de Williamson». Le porte-parole de Benoît XVI a tenu à réaffirmer «la dissociation radicale du pape à l'égard des positions antisémites ou négationnistes» et rappelé sa lettre aux évêques, en date du 10 mars, par laquelle il avait mis «un terme à toute cette question», en démontrant «le caractère totalement infondé des accusations de manque de respect à l'égard du peuple juif qui lui étaient faites» et en reconnaissant aussi «les limites de la communication interne et externe du Vatican ». A bon entendeur...

Henri Tincq

A lire également: Le vatican sans gouvernail, Le dialogue entre l'Eglise et la Synagogue en danger et La curée contre le pape.

 

Image de Une: l'évêque négationniste Richard Williamson  Reuters

 

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