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Peut-on se suicider par la seule force de sa volonté?

 Suicide |Quinn Dombrowski via Flickr License by

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Il y a cette histoire, relativement connue, de yogis capables d’arrêter leur coeur au moment voulu par la seule force de la pensée, l’un d’eux étant même entré dans le Livre Guinness des records pour cette performance enregistrée. Et puis il y a cette autre anecdote, effrayante, d’une personne impliquée dans un essai clinique et qui a tenté de mettre fin à ses jours en absorbant 26 comprimés d’antidépresseurs qui étaient en fait des placebos. Sa pression sanguine a tellement baissée qu’elle est passée près de la mort. Un effet appelé le «nocebo effect». Toutes choses qui ont incité le magazine en ligne Hopes and Fears à se poser cette question: peut-on se suicider par la seule force de la volonté? Peut-on se tuer simplement en le voulant?

Pour cela, Hopes and Fears a interrogé trois personnes venues d’horizons très différents: un philosophe, un neurologue et un psychologue. Le troisième, sans surprise, défend plutôt l’idée que notre psyché peut nous tuer. Les deux premiers sont plutôt sceptiques et affirment ne pas être au courant d'une telle possibilité. 

Moins de 20 battements par minute

«Je n’ai pas connaissance de tels mécanismes», répond le philosophe Steven Luper, qui mentionne cependant un processus qui laisse songeur: l’apoptose, ou la capacité des cellules à s’auto-détruire. C’est une mort cellulaire programmée, en quelque sorte, et qui intervient notamment dans la formation des membres, comme les doigts, et qui continue ensuite tout au long de la vie, dans un perpétuel équilibre entre création et destruction de cellules.

«Les histoires de yogis qui arrêtent leur coeur n’ont jamais été vérifiées scientifiquement», affirme quant à lui le neurologue Simon Galperin. «Ces faits se sont déroulés en dehors d’un essai clinique, il n’y a aucun moyen de savoir ce qui s’est réellement passé.» Il existe pourtant une étude réalisée par l’International Journal of Yoga, qui a démontré que des sujets entraînés pendant un mois pouvaient réduire leur rythme cardique à moins de 20 battements par minute.


Yogi Coudoux par Hirson_Philo

Dans les camps, certains se laissaient mourir

Tout dépend, en fait, de ce que l’on entend par volonté, et le débat, pour être complet, demanderait sans doute de revenir à la notion d’intention et à la célèbre question posée par Ludwig Wittgenstein: «Quand je lève mon bras, qu’est-ce qui reste, une fois soustrait le fait que mon bras se lève?» Il n’y a pas de cas observé scientifiquement de personnes capables de se tuer mentalement quelques secondes ou minutes après l’avoir décidé, c’est-à-dire sans que la mémoire de cette volonté ne se perde ou ne soit supposée se perdre entre-temps. Mais si l’on admet qu’une intention de mourir existe dans un mal-être profond, qu’il existe une pulsion de mort (aussi appelée narcissisme négatif, et théorisée par le psychanalyste André Green), alors la dépression dans laquelle un individu se plonge et qui se prolonge pendant des mois peut bien tuer un être humain.

A l’appui de cette démonstration, Steve Taylor cite les observations du psychologue Viktor Frankl, qui fut emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale dans un camps de concentration. Il était persuadé qu’une personne qui perdait réellement espoir pouvait développer des maladies et se laisser mourir. On sait aussi qu’il existe de nombreuses études montrant que les gens heureux sont en meilleure santé que les gens qui se disent malheureux. Vous ne parviendrez donc sans doute pas à vous suicider par la force de votre volonté (et nous ne vous y encourageons pas). Mais prenez-soin de vous, car oui, la psyché et le corps sont effectivement, à tout le moins, liés.

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