Le procès Clearstream est fini, par Francis Teitgen
Le lapsus «coupables» de Nicolas Sarkozy a un effet dévastateur.
- Arrivée au tribunal lors du premier jour du procès Clearstream Charles Platiau / Reuters -
En qualifiant de «coupables» les prévenus dans l'affaire Clearstream, le Président de la République a évidemment commis un lapsus, quoiqu'il en dise. Avocat, il est parfaitement instruit des règles de la procédure pénale et connaît un principe aussi fondamental que celui de la présomption d'innocence. Ce dernier, rappelons le, signifie qu'une personne est présumée innocente jusqu'à ce qu'une juridiction l'ait condamnée par une décision définitive. Une ordonnance d'un juge d'instruction qui renvoie un mis en examen devant le Tribunal correctionnel ne remplit évidemment pas cette condition. Un prévenu bénéficie, par définition, de la présomption d'innocence.
Lapsus donc!
Un lapsus est révélateur: c'est l'inconscient qui parle. Il dit la vérité de l'être humain. Nicolas Sarkozy est intimement convaincu de la culpabilité des prévenus. C'est son droit puisqu'il est partie civile. Mais il est Président de la République et, à ce titre, garant de l'indépendance des juges.
Lors d'un entretien télévisé diffusé de New-York, à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations Unies consacrée à des problèmes essentiels pour la planète et notre pays, Nicolas Sarkozy a, par la parole, condamné, devant des millions de Français, des présumés innocents.
Comme citoyen, ce qu'il pouvait penser, il lui est interdit de le dire. En sa qualité de Président de la République, garant de l'indépendance de la Justice, il ne pouvait que se taire.
Les effets de ce lapsus vont être dévastateurs.
Soit les prévenus sont condamnés et on aura beau jeu de dire que les juges ont été dociles et ont répondu au vœu du Président. Soit, au contraire, ils sont relaxés et on en déduira qu'il s'agit d'une fronde des magistrats contre l'exécutif.
Ce procès ne pourra pas se dépêtrer de cette bavure, quelque forme qu'on y mette et quelque talent que ses acteurs y déploient. Ce qui compte en effet, c'est que tous les citoyens soient convaincus que la justice a été rendue en leur nom, pour obéir à des impératifs fondateurs de la démocratie et non pas pour satisfaire ici une querelle personnelle ou là une vindicte corporatiste.
Un régime capable de juger de hautes personnalités démontre, ce faisant, son aptitude à assurer la primauté du droit qui se moque des privilèges. Mais lorsqu'il transforme une affaire d'Etat en bataille de chiffonniers qui déconsidère la justice, les citoyens doivent pas être dupes.
Francis Teitgen, ancien bâtonnier du barreau de Paris.
Lire également sur le même sujet: Sarkozy et Villepin ont franchi les bornes, Villepin et la basse police, Villepin et son parapluie bulgare, Jean-Louis Gergorin, la stratégie du complot et Nicolas Sarkozy n'est pas un citoyen ordinaire.
Image de Une: Arrivée au tribunal lors du premier jour du procès Clearstream Charles Platiau / Reuters
Mis à jour le 19/07/2010 à 15h37











![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























Pendant que toute la presse se faisait l'écho de ce dérapage verbal, on a évité de parler d'un élément capital et pour le moins troublant dévoilé pendant le procès, à l'heure même où l'allocution de Nicolas Sarkozy était diffusée à l'antenne :
Imad Lahoud, devant la présentation de notes de frais détaillées, a reconnu devant le tribunal qu’il avait rencontré régulièrement à partir de février 2004 et en 2005 l’un des plus proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy, François Pérol. Ainsi dans cette période où Imad Lahoud est accusé de falsifier les fichiers pour y introduire le nom de Sarkozy, il était en contact régulier avec un proche du Président ! Il prétend ne pas avoir parlé de Clearstream avec François Pérol. Pas crédible !
Or, comme le rappelle ce matin Mediapart, "aussi bien dans l'ordonnance de renvoi rédigée par les deux juges d'instruction que dans le réquisitoire du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, à aucun moment, il n’est fait mention de ces rencontres. Le nom de François Pérol n’est jamais cité. Magistrats instructeurs et parquet n’ont pas retenu cette information. Ils ne se sont pas plus interrogés sur les perspectives nouvelles qu’elle pouvait ouvrir. Ils ne se sont pas plus demandé si de nouvelles présomptions pouvaient naître de ces quinze rencontres."
Ceci tend à démontrer que la justice est partiale. Ceci est anormal. De même que la presse n'a pas relayé l'information hormis Mediapart et l'Express.
Par ailleurs Imad Lahoud a entretenu également d'autres relations troublantes :
- avec François Casanova, policier travaillant pour B.Squarcini des RG, proche de N.Sarkozy
- avec M.Pilloquet, le beau-frère de D. de Villepin, à qui il a fait recruter une stagiaire qui s'avérait être la fille de F. Casanova, que M.Pilloquet a surprise dans son bureau en compagnie de Imad Lahoud, qui s'apprêtait à pirater son ordinateur,
Ces rencontres attestent d'une probable manipulation impliquant des proches de N.Sarkozy et de l'évidence que N.Sarkozy devait être au courant de la présence de son patronyme dans les fichiers falsifiés. On savait depuis le début que ces fichiers étaient faux. Clearstream ne tient pas de comptes individuels et ne mentionne pas les noms des clients finaux dans ses fichiers. Pourquoi donc avoir attendu 2006 pour porter plainte ? Si ce n'est pour piéger D. de Villepin ...
De l'autre côté, D. de Villepin ayant reçu les fichiers falsifiés, il a demandé à Rondot de les vérifier. Ce dernier est aller voir la banque suisse mentionnée en face du patronyme ciblé et a démontré que cela ne collait pas. De toute façon Rondot aurait pu vérifier que la présence de ces noms n'était même pas envisageable dans les fichiers de Clearstream. Cela ne me choque pas que D. de Villepin ait transmis ce fichier à un juge pour enquête, mais a-t-il mentionné en même temps que ces fichiers étaient visiblement faux et que l'objet devait être de trouver le falsificateur ? A-t-il chercher à prévenir N. Sarkozy ? Si la réponse à ces deux questions est non, on peut le soupçonner aussi d'avoir voulu piéger N.Sarkozy en entachant sa réputation, même s'il savait que les fichiers allaient forcément être déclarés faux, juste pour troubler la campagne présidentielle.
A vrai dire, l'hypothèse d'une falsification orchestrée par N.Sarkozy comme par D. de Villepin me paraît improbable, risquée, incensée.
Alors que l'hypothèse que Imad Lahoud, ce menteur intriguant ait de son propre chef falsifié les fichiers d'une part en introduisant des noms liés à EADS/Thalès pour entretenir l'intérêt de Gergorin, d'autre part celui de personnalités politiques pour susciter l'intérêt de N.Sarkozy et de D. de Villepin, est une hypothèse plausible, ces deux derniers ayant alors exploité l'information pour piéger leur adversaire.
Nous ne sommes pas dupes Mr Teitgen: nous sommes furieux!
Furieux que le président de la république n'ai pas eu l'honneur et l'élégance de se retirer, alors que c'est lui qui commande le parquet.
Furieux du cout de ce procés: 4 ans d'enquêtes et de procédures pour venger l'honneur du ministre de l'intèrieur (la poilce) qui est depuis devenu président de la république (la justice).
Furieux des abus de pouvoir!
On nous dit que la justice est pauvre: procés marathon pour tout le monde... 1 mois pour sarkozi!
Un exemple: lors d'une perquisition chez DDV un Cd cripté a été trouvé: 100 000 euros pour décripter le ..livre de DDV.
Alors COMBIEN A COUTÉ CE PROCÉS?
En tant que contribuable je veux savoir comment notre argent est dépensé!
Voila un bon cocktail pour les commentaires de toutes sortes, de tous- ceux- à -qui- on- ne -la- fait -pas: complot, interprétation psy, etc. Une seule chose me chagrine c'est qu'un ancien batonnier de Paris , et une grande partie de ces confrères n'ont pas confiance dans la force de caractère, le professionalisme des juges qui n'auraient comme seule alternative crédible dans le public que la "docilité" ou la "fronde"! Et si c'était vrai?
Soit les prévenus sont condamnés et on aura beau jeu de dire que les juges ont été dociles et ont répondu au vœu du Président. Soit, au contraire, ils sont relaxés et on en déduira qu'il s'agit d'une fronde des magistrats contre l'exécutif.
Je ne pense pas que Maître Teitgen pensait à ses confrères lorsqu'il a émis cette opinion, mais à l'ensemble des citoyens au nom de qui la justice est rendue.
Mais à vrai dire c'était déjà un peu le cas avant la déclaration tonitruante de Mr Sarkozy qui ne fait que susciter encore un peu plus de malaise dans un procès qui s'engage décidément fort mal.
D'accord avec chris15. Que Sarko ait fait une grosse gaffe, OK. Mais dire que "ce procès ne pourra pas se dépêtrer de cette bavure" c'est suggérer que jusque là les juges ne savaient pas que notre président souhaite vivement que Villepin soit reconnu coupable, ce qui revient à les prendre pour des ballots complets.
Mais non, le procès n'est pas terminé ! De toutes façons et quoiqu'on dise, il y aura un voire plusieurs coupables.
On essaie de nous faire croire qu'un procès à ce niveau de la juridiction n'est qu'une pantomine, c'est insulter notre justice, le peuple français, la république.
Non, le procès n'est pas terminé. Seules, les grandes envolées lyriques le sont. Il faudra bien expliquer l'existence de ce listing, sa destination, son rôle, qui est à la base de cette opération.
Certes, le président a lâché sciemment le mot de coupables mais sans nommer qui que ce soit ! Par contre, depuis le début de la semaine, on n'entend la défense, non dans le prétoire mais sur les ondes et dans les journaux, faire une campagne sur le bien fondé d'un tel procès.
Sont-ce les avocats aujourd'hui qui dirigent la justice au gré de leurs appointements ? Comment se fait-il qu'un des accusés, M. De Villepin de Galusa ait 4 avocats ?
Il est fascinant de voir à quel point l'antisarkozysme conduit à des délires d'interprétation.
Dans cette affaire il y a un certain nombre de faits, tels qu'ils ont été récapitulés par les juges d'instruction (http://www.latribune.fr/actualites/politique/affaire-clearstream/les-exclusifs-clearstream/20090728trib000404639/exclusif-l-histoire-de-l-affaire-clearstream-selon-les-juges-.html).
Les juges tiennent il est vrai un grand nombre de ces faits des notes, précises, du général Rondot, qui rendaient compte non seulement de l'existence des réunions mais de leur contenu.
Maintenant, certaines personnes que leur détestation de Nicolas Sarkozy semble aveugler jusqu'à l'absurde (je ne suis moi-même pas un grand fan du personnage) affirment, à l'emporte pièce :
1. L'existence d'un complot fomenté par Nicolas Sarkozy pour se mettre en cause lui-même (!!) dans les faux listings, par l'intermédiaire d'Imad Lahoud qui serait en fait un de ses affidés, afin d'impliquer Villepin dans une fausse machination contre lui qui nuirait in fine à ce dernier. Il faut avoir beaucoup d'imagination, et considérer Sarkozy comme le dirigeant le plus machiavélique que la France ait jamais eue pour croire à une telle théorie, qui soit dit en passant ne s'appuie sur aucun fait. La seule "preuve" ? Lahoud connaissait un flic proche de Sarkozy ! C'est même le beau-père de Villepin qui le dit !
2. Autre variante, celle de Marie-Anne Kraft ici : Imad Lahoud ce menteur intrigant aurait ajouté le nom de Sarkozy pour plaire à Villepin et le nom d'autres personnes pour plaire à Sarko... (dans quel but ? mystère...) La preuve : des notes de frais de déjeuner avec François Pérol, conseiller de Sarkozy ! Du déjeuner à la manipulation il n'y a qu'un pas, bon sang mais c'est bien sûr !
A raison, les juges d'instruction ne citent dans leur ordonnance de renvoi que les faits pertinents dans cette affaire. Rien, absolument rien n'indique que Sarkozy aurait participé à la machination Clearstream. A l'inverse, les notes exhaustives du général Rondot, les témoignages des autres participants, la confirmation de la tenue des réunions par d'autres témoins montrent abondamment la participation de Villepin, dont le degré d'implication est certes à éclaircir.
A partir de là, que la justice fasse son travail.
Vous avez raison. Aujourd'hui il vaut mieux s'intéresser au compte rendu d'audience qu'au compte rendu du parvis du palais de justice!
A partir de là, que la justice fasse son travail.
Comment va-t-elle faire son travail ?
Pour l'instant l'instruction, si j'ai bien compris, sur un listing qui mettait en cause plus de 200 personnes, n'en a retenu qu'une: Nicolas Sarkozy, le Président de la République Française, garant de l'indépendance de la justice, qui a à la fois désigné le coupable, et prononcé la peine.
Et le procès pour l'instant s'articule autour des propos de Lahoud dont tout le monde convient qu'il est à la fois mythomanes et manipulateur.
J'ai du mal à envisager que la justice, dans ces conditions, puisse passer dans la sérénité !
Désolé de vous contredire, cher El Gato, mais le procès tourne surtout autour des seuls éléments matériels que sont les notes du général Rondot, qui ne passe ni pour un mythomane ni pour un manipulateur.
Or, au compte rendu de la réunion du 9 janvier 2004, soit avant que le nom de Sarkozy apparaisse sur les listings, on peut lire : "Instruction du PR - auquel DDV a rendu compte : traitement direct avec le PR", "prudence", "cadre secret", "tenir compte des manipulations politiques". " Réseaux tangentiels à explorer, enjeu politique ? N. Sarkozy, fixation sur N. Sarkozy (conflit Chirac Sarko), rôle des Américains ? Soutien apporté à N. Sarkozy, liens Sakozy-Dassault ? "Le Figaro" (...) D de V demande de "démonter le système" (...) D de V revient sur le voyage de N. Sarkozy en Chine ? des intérêts financiers ? ". " Mon impression : doute persistant, réelle construction intellectuelle montée par JLG et qui accroche D de V ? la théorie du complot ?, ne pas avancer sans preuves concrètes. "
Suivent de nombreuses autres réunions, toujours selon ces notes, où la focalisation sur le nom de Sarkozy est claire. Il ne me semble pas qu'il soit simplement une personne parmi d'autres parmi les 200 mis en cause... Gergorin affirme que les 3 protagonistes se sont rencontrés 1 fois par mois après cette réunion de janvier 2004, jusqu'à la transmission des listings au juge par courrier anonyme.
Villepin conteste l'instruction du président, le compte-rendu de Rondot, et le fait que le nom de Sarkozy ait été prononcé lors de cette réunion. Il assure n'avoir jamais plus rencontré Gergorin après la réunion de janvier 2004, point contredit par de nombreux témoignages.
Vous avez peut-être raison, mais se fier aux seuls carnets de Rondot me semble un peu léger.
http://www.lefigaro.fr/france/20060502.FIG000000114_general_philippe_rondot_jamais_villepin_ne_m_a_demande_de_m_interesser_aux_politiques.html
J'ai sans doute trop lu de romans d'espionage, mais j'aurais tendance à penser que lorsque qu'un "super-espion" révèle qu'il écrit tout dans des petits carnets, il y a comme une forte suspicion de manipulation dans l'air....
Mais bon, à vrai dire ce qui me surprend ce n'est pas que Sarkozy ne s'interesse qu'à Villepin, que Villepin ne s'intéresse qu'à Sarkozy ou que Rondot ne s'intéresse qu'aux politiques, mais que les magistrats aient également décidé, sans autre raison apparamment que les egos des personnes concernées, que sur les 200 noms de ces faux listings, un seul comptait, justifiait qu'il y ait enquête et que tous les autres n'étaient là qu'à titre décoratif.
Je veux bien que Sarko soit la personnalité centrale du dossier Clearstream et la premiere victime de la manipulation. Le fait semble assez clair pour ne pas etre mis en doute. Mais il y a ce me semble une faute professionnelle de la part des journalistes a ne pas s'attarder aux autres victimes de ces accusations diffamatoires, et en particulier les autres parties civiles du procès.
Ne peut-on pas s'imaginer que Dominique de Villepin et sa clique aient également voulu nuire aux ambitions presidentielles de Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn ou mettre des batons dans les roues du très Sarkozien préfet Jean-Charles Marchiani?
De grace un peu de décence et abordons le dossier dans sa globalité: une immense manipulation politique menée par une bande de bras cassés.