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En 2013, Poutine écrivait aux Américains de ne pas bombarder seuls la Syrie (comme il vient de le faire)

Poutine prononçant un discours pour le soixantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale | Kremlin via Wikimedia CC License by

Poutine prononçant un discours pour le soixantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale | Kremlin via Wikimedia CC License by

Dans sa lettre ouverte, titrée «Un appel à la prudence», le président russe alertait les États-Unis quant aux conséquences d'une possible attaque aérienne.

En septembre 2013, la coalition internationale contre l’État islamique n’est pas encore constituée et les États-Unis n’ont pas encore entamé leurs raids aériens au-dessus de la Syrie. Vladimir poutine, proche du régime de Bachar el-Assad et alors opposé à une intervention au Moyen-Orient, s’inquiète cependant devant la tournure prise par les évènements... au point de se fendre d’une lettre ouverte adressée au peuple américain et à ses dirigeants. Il souhaite les dissuader de mener des opérations de bombardements unilatérales. 

Ironie de l'histoire, deux ans plus tard, le président russe vient de lancer des attaques aériennes en Syrie, sans se concerter au préalable avec ses partenaires internationaux. Se replonger dans cette tribune, intitulée «Un appel à la prudence», ne manque pas d’une certaine saveur.

Trente-six civil tués?

Vladimir Poutine commence par rappeler aux Américains le souvenir fâcheux de la Société des nations, et les met en garde contre la possibilité de voir l’ONU suivre le même exemple: 

«Personne ne veut que les Nations Unies endurent le destin de la Société des Nations qui s’est effondrée parce qu’elle ne disposait pas de pouvoir réel. Cet événement ne sera rendu possible que si les pays influents passent outre la volonté de l'ONU et se lancent dans des opérations militaires sans l’assentiment du Conseil de sécurité.»

Car le cœur du message du président russe est là: Vladimir Poutine pense que les États-Unis sont sur le point de réitérer une conduite qu’il leur reproche souvent, à savoir initier des expéditions militaires sans respecter les conventions internationales. Alors que l’aviation russe est soupçonnée d’avoir tué trente-six civils lors d’un bombardement mercredi 30 septembre, le président russe s’émeut ensuite dans sa lettre des conséquences humaines de raids en Syrie: 

«Les frappes américaines sur la Syrie (...) vont provoquer la mort de davantage d’innocents encore et l’escalade du conflit, voire l’étendre au-delà des frontières syriennes. Cela augmenterait le nombre de violences et libérerait une nouvelle vague de terrorisme.»

Protéger le droit international

Au moment de défendre son allié Bachar el-Assad, dont le départ est exigé depuis longtemps par les puissances occidentales, Vladimir Poutine peut montrer tout son sens de la précaution et son art de la litote: «Il y a peu de champions de la démocratie en Syrie. Mais il n’y a que trop de combattants d’Al-Qaïda et d’extrémistes de tous poils, en lutte contre le gouvernement.»

La Russie se serait engagée dans le conflit suivant les sollicitations du gouvernement syrien

Il exonère le dictateur de Damas de l’utilisation de gaz nocif: «Personne ne doute que du gaz a été utilisé en Syrie. Mais il y a tout lieu de croire qu’il n’a pas été employé par les forces du gouvernement mais par celles de l’opposition.» Cependant, Vladimir Poutine l’assure, il ne cherche pas à «protéger le gouvernement syrien, mais le droit international».

En intervenant en Syrie, Vladimir Poutine aurait donc ravalé ses belles paroles au sujet du respect des règlements diplomatiques? Les choses sont plus compliquées qu’elles n’y paraissent car l’argument légaliste a encore été employé par Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, pour justifier les opérations en cours devant le Conseil de sécurité des Nations unies, selon CNN. Le diplomate a expliqué que la Russie s’était engagée dans le conflit suivant les sollicitations du gouvernement syrien, seul motif valable en-dehors d’un mandat de l’ONU. 

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