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La Syrie, le pari fou fou fou de Poutine

Cérémonie d'investiture de Vladimir Poutine comme président de la Russie/ Sasha Krotov via Wikimedia Commons

Cérémonie d'investiture de Vladimir Poutine comme président de la Russie/ Sasha Krotov via Wikimedia Commons

Selon certains observateurs occidentaux, le président russe prend des risques inconsidérés vis-à-vis de son opinion publique en intervenant au Moyen-Orient.

«L’impérialisme et tous les réactionnaires ne sont que des tigres de papier», s’était exclamé le président Mao en 1958 à propos de son rival chinois Tchang Kaï-chek et de ses alliés américains. Il se pourrait que le nom d’oiseau s’applique aussi à Vladimir Poutine après sa décision de lancer une intervention russe en Syrie. C’est en tout cas le sens de l’analyse d’Amanda Taub dans Vox. Selon la journaliste, la nouvelle initiative militaire du président russe est hautement aventureuse, car il se retrouve désormais pris au piège d’un possible désamour de son électorat et de la frustration des élites russes.

Un sondage, cité dans l'article mentionné, a récemment montré que les Russes étaient peu favorables à une intervention en Syrie: seuls 14% souhaitent l’envoi de troupes au Moyen-Orient, et ils ne sont que 39% à soutenir la politique de Poutine à l’égard du régime de Damas. L’hôte du Kremlin ne pourra donc pas compter sur le même soutien populaire que lors de la crise ukrainienne (un conflit, par ailleurs, qu’il est loin d’avoir résolu). 

Les élites financières remontées

La situation délétère entre Moscou et Kiev représente une seconde menace pour le pouvoir de Poutine, estime Amanda Taub. L’action de Poutine à l’est de l’Europe a suscité la fureur de la communauté internationale qui a alors imposé à la Russie nombre de sanctions économiques. Combinées à la chute du prix du pétrole, ces pénalités ont contribué à asphyxier l’économie du pays... Ce que les élites financières ont vu du plus mauvais œil. 

 L'intervention en Syrie pourrait raviver le conflit latent entre le pouvoir central et les populations musulmanes du Caucase

Si Vladimir Poutine a décidé d’ouvrir un second front militaire impopulaire auprès de l’opinion, alors que ses ressources monétaires rendent le maintien de sa ligne contre l’Ukraine incertain, pour prendre des forces sur la scène internationale et alléger les sanctions pesant sur la Russie, le résultat obtenu pourrait ne pas combler ses attentes et lui aliéner le peuple sans lui permettre de regagner la confiance des milieux économiques.

1989, c'est pour demain?

William E. Pomeranz partage ce point de vue dans un billet de blog hébergé par Reuters. Il va même plus loin en décrivant ce qu’il semble considérer comme de la fébrilité chez Vladimir Poutine. Soucieux d’écarter l’attention des Occidentaux du théâtre ukrainien et d’apporter son soutien à Bachar el-Assad, son intervention en Syrie pourrait avoir des répercussions intérieures ou frontalières graves en ravivant le conflit latent entre le pouvoir central et les populations musulmanes du Caucase. 

Le spécialiste de la Russie trace même deux sombres parallèles historiques devant les pieds de Vladimir Poutine. Il se demande en effet si il ne faut pas voir dans les attaques aériennes russes en Syrie le prélude à une répétition des écroulements russes de 1905 et 1989. Lors de ces deux épisodes, les institutions en place avaient été désavouées et abandonnées par le peuple russe dans la foulée d’un échec militaire (face au Japon en 1905 et en Afghanistan en 1989) dans le contexte d’un profond marasme économique.   

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