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Zlatan n'est plus vraiment Zlatan, mais restera toujours Zlatan

Zlatan Ibrahimovic en Ligue des champions contre Malmö, le 15 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau.

Zlatan Ibrahimovic en Ligue des champions contre Malmö, le 15 septembre 2015. REUTERS/Charles Platiau.

Pour le Suédois, le déclin commence à pointer son nez, mais les grands joueurs ne meurent jamais.

Au crépuscule d'une carrière dont les statistiques feraient rougir la plupart des buteurs du monde entier, Zlatan Ibrahimovic n'a pas pris l'habitude de rendre des comptes, ni à ses entraîneurs ni aux journalistes. Dans cette perspective, la scène qui s'est déroulée le 19 septembre dernier après le match à Reims constituait un petit événement, et presque un aveu d'impuissance. En zone mixte, Ibra s'avance, puis répond aux micros qui se tendent naturellement vers lui: «J’aurais dû marquer ce soir. Quelque chose ne va pas, il va falloir changer ça!» Puis il ajoute, après un léger sourire ironique: «Je suis là.»

Si la star suédoise a besoin de se le répéter, c'est que certains ont fini par en douter, après une saison dernière chaotique, du moins à son échelle (19 buts en 24 matchs), et des débuts fantômes cette année (mais quand même deux réalisations en quatre matchs). Jusqu'ici, Laurent Blanc a protégé son joueur, jusqu'à dire en conférence de presse, avant PSG-Guingamp: «Zlatan vous inquiète tout le temps, c’est un personnage.» C'est qui est vrai. «On est exigeant avec lui, et on a raison de l’être, mais il n’est pas dans la meilleure des formes possibles. Il n’arrive pas à marquer mais la saison dernière c’était pareil.» Ce qui n'est pas moins vrai. Ibra loupe des occasions qu'il n'aurait sans doute pas loupé il y a deux ou trois ans, par manque de fraîcheur physique.

Mais l'usure mentale n'a rien à voir: quand on se drogue à la victoire, on ne décroche pas si facilement. Soyons objectifs et observons les chiffres: Zlatan, c'est tout de même un but toutes les 105 minutes l'an dernier, soit pile le même ratio que l'année précédente, avec ses 26 buts en 33 matchs. Une stat ne ment pas et démontre cependant que son influence décroît (il faut aussi rappeler que la concurrence dans l'équipe n'est plus la même): en 2012/2013, il inscrivait à lui tout seul près de la moitié des buts de son équipe. Aujourd'hui, c'est «seulement» un quart. Laurent Blanc, optimiste: «Soyez patients, comme avec les autres joueurs. Il apportera sa réponse sur le terrain.»

Mais la vérité, c'est que le déclin commence à pointer son nez. Et qu'il ne date pas d'hier. Quand il arrive au PSG en juillet 2012, Zlatan fait basculer le club dans une autre planète. Mais ses meilleures performances sont encore devant lui. Les saisons qui suivent forment une sorte d'apothéose. Zlatan n'a jamais paru si bon. Il tutoie le ciel comme peut-être il ne l'avait jamais fait auparavant, empilant les buts et les frasques sans qu'on puisse dire que les secondes nuisent au premiers, chôyé par une capitale et un président qui n'ont d'yeux que pour lui.

Puis les questions finissent par arriver, l'an dernier: Zlatan peut-il encore jouer tous les matchs? Blanc aura-t-il le courage de le sortir à la 65e ou, pire, de le mettre carrément sur le banc pour préserver le reste de l'équipe? Le débat sur le niveau du PSG avec ou sans Zlatan est l'occasion d'arguments balancés, mesurés, équilibrés. On s'attaque au totem sans en faire un tabou. Le PSG n'a-t-il pas réussi un exploit face à Chelsea sans son buteur magique? Avec l'arrivée d'Angel Di Maria et la résurrection d'Edinson Cavani, l'absence de Zlatan se fera sans doute encore moins ressentir qu'autrefois.

Fautes, nonchalance, coups de gueule et pertes de balle

Je ne peux pas comprendre qu’on ne puisse regarder que la Ligue des champions alors qu’il marque ses 40 buts toutes compétitions confondues chaque année

Rolland Courbis

On dira que ça ne vaut rien, que ça n'épuise pas le débat. Mais mercredi, soirée de Ligue des Champions à Lviv contre Donetsk, le sort du numéro 10 parisien paraissait scellé. Il faut dire que Zlatan a régalé dans toute sa splendeur: des fautes inutiles, une nonchalance déprimante, des coups de gueule à l'arbitre qui lui ont valu un carton jaune, des pertes de balle scandaleuses et en prime, des appels dans la surface en marchant. Le cocktail parfait pour se faire détester. Avec, en prime, une tête ratée devant un but vide, «performance» qu'Ibra répète pour la deuxième fois cette saison. Pourtant, même si Zlatan n'a plus le coup de rein d'hier, même si ses pieds paraissent légèrement plus petits sur une occasion, le talent n'a pas pu le quitter. Si Daniel Riolo, sur RMC, s'est lancé dans la caricature («Je ne vois plus rien dans son jeu»), Rolland Courbis a calmé les esprits: «Le cas de Zlatan ne se gère pas aussi facilement que ça. Je ne peux pas comprendre qu’on ne puisse regarder que la Ligue des champions alors qu’il marque ses 40 buts toutes compétitions confondues chaque année.»

Rappelons que sa petite forme s'explique aussi par ses blessures successives, au genou, d'abord, puis à l'abdomen. Le bonhomme n'est plus tout jeune, et à 34 ans, on est forcément moins fringant qu'avec dix de moins. Dernière nuance: la récupération défensive n'a jamais été le grand fort d'Ibra.

Zlatan rentre dans sa dernière année de contrat. Mais il peut toujours faire basculer un match sur un éclair de génie. Avec Pastore et Di Maria, qui, au PSG, peut prétendre au même statut? Personne. Ibrahimovic continue d'imposer le respect comme s'il n'avait jamais changé. S'il décide de décrocher, pas un coéquipier ne décide de broncher. S'il décide d'engueuler l'arbitre, de bouder les journalistes, de critiquer les supporters, on lui passe tout, car c'est ainsi, un statut d'icône ne s'abîme pas aussi facilement. Et le charisme ne se décrète pas, il oblige.

«L'instinct de buteur ne se perd pas»

Roger Federer a connu le même sort, Zinedine Zidane aussi. Quand on s'habitue à régner seul sur une discipline, les adversaires jouent forcément en trompe-l'oeil. Quand le public vibre à l'unisson pour une idole, il a besoin un jour de la déboulonner pour faire souffler un vent d'air frais. Le déclin de Federer a débuté lorsqu'il a trouvé, sur sa route, un Nadal et un Djokovic supérieurs à lui. Il était moins explosif, moins surpuissant, mais cela veut-il dire qu'il était moins bon? «On n’avait pas l’habitude de le voir perdre, alors, à chaque fois, c’est comme si on vivait une expérience inédite», a dit un jour Dominique Eigenmann, un journaliste suisse, auteur de Faszination Federer. «C’est un peu l’histoire de sa vie. Ses défaites sont vécues comme des catastrophes quand ses victoires sont magnifiées.»

Zidane, lui, a toujours eu un statut à part. Même en perte de vitesse, il a toujours paru indispensable à une équipe de France qui n'avait pas su se renouveler. Malgré la fatigue et les blessures, malgré l'âge (33 ans en 2005, le même âge auquel on invoque une baisse de régime pour Ibra) et seulement quatre matchs joués sur les dix premiers du Real Madrid à la fin de cette année là, c'est lui qui emmène la France en finale en 2006. Pour terminer sur un coup de tête digne des plus grands pétages de plomb de Zlatan Ibrahimovic.

Je le trouve bien et focalisé sur les objectifs collectifs

Maxwell

Comme toujours, Maxwell, le bon copain du Suédois, est venu à son secours de façon préventive: «Ibra a été blessé, il a juste besoin d'un peu plus de rythme. Après ce qu'il a fait dans sa carrière, c’est rigolo de remettre en question un joueur comme lui. Là, il retrouve confiance et marque des buts. Je le trouve bien et focalisé sur les objectifs collectifs.» Bloqué à 108 buts (celui face au Shaktar lui a été refusé), Ibrahimovic a prévenu: «Je vais battre le record.» Record détenu par Pauleta, qui culmine à 109 buts, et qui fait du Portugais le plus grand buteur de l'histoire du club dans le cœur des supporters. Beau joueur, c'est Pedro Miguel lui même, qui sait pertinemment que son record sera battu cette année, qui a dit tout haut ce que tout le monde pense un peu tout bas: «Lorsqu'on arrive à un certain âge, les gens, les médias aiment bien évoquer ton âge. Je l'ai aussi vécu. Évidemment que, physiquement, c'est peut-être un peu plus dur. Mais l'instinct de buteur ne se perd pas. Je n'ai pas d'inquiétude pour Ibrahimovic.»

Tellement peu d'inquiétudes que la ville, au-delà du club, restera marquée de son empreinte. Papa poule mais provocateur, capable de susciter l'hystérie collective et d'engendrer des verbes à sa mesure dans le dictionnaire, Zlatan n'est pas seulement une ode au foot-business, contrairement à ce qu'en disent ses détracteurs. C'est un gladiateur qui, quoi qu'on en dise, aura vécu ses plus belles années à Paris. Cela sonne comme un été indien. Comme le début des adieux. Mais qu'importe, les grands joueurs ne meurent jamais.

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