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Les avertissements se multiplient autour d'un «11-Septembre à la française»

Des militaires français marchent dans les rues de Paris dans le cadre du plan Vigipirate, en janvier 2015. REUTERS/Eric Gaillard

Des militaires français marchent dans les rues de Paris dans le cadre du plan Vigipirate, en janvier 2015. REUTERS/Eric Gaillard

Utilisée dès 2001, l'expression est devenue récurrente dans la bouche des spécialistes du terrorisme ou des médias depuis le 7 janvier.

La France est-elle sous la menace d'un «11-Septembre français»? Ou a-t-il déjà eu lieu? Ces derniers temps, les attaques ou menaces terroristes sur le sol hexagonal ont régulièrement été comparées –parfois maladroitement– aux attentats de l'automne 2001. Dans une interview accordée à Paris Match le 30 septembre, l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic prédit des attentats d'une ampleur sans précédent sur le territoire français, comparables aux attaques terroristes survenues outre-Atlantique:

«Le terrorisme est une surenchère ; il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Et puis, il reste "le prix ­Goncourt du terrorisme" à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n'imagine pas un instant qu'un homme tel qu'Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d'opérations extérieures de peu d'envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l'Hexagone.»

D'après le magistrat, des attaques terroristes «incomparables à celles menées jusqu'ici» sont à redouter. «Le pire est devant nous», lâche-t-il en conclusion de cette interview pessimiste. 

Ces dernières années, l'expression «11-Septembre français» ou «à la française» a été utilisée à de nombreuses reprises et dans des contextes parfois très différents. Un réflexe sémantique, à forte portée symbolique, dont la pertinence pose question. 

Les premiers «11-Septembre français» (septembre 2001 et mars 2012)

La première référence à un «11-Septembre français» est apparue dix jours seulement après les attentats du World Trade Center, lorsque l'usine chimique AZF de Toulouse a accidentellement explosé, le 21 septembre 2001. Les nombreux rebondissements judiciaires et les rumeurs d'un attentat terroriste en écho au 11-Septembre ont fait naître des théories du complot et la thèse d'un «11-Septembre à la française». Dix ans plus tard, ce sont les tueries de Toulouse et de Montauban, perpétrées par Mohamed Merah en mars 2012, qui seront comparées à un «11-Septembre à la française».

Mais comparaison n'est pas (toujours) raison, surtout lorsque la référence aux attentats de New York et Washington est employée pour des événements survenus... avant le 11 septembre 2001. Dans la description d'une de ses émissions sur le GIGN, RTL écrivait que la prise d'otage et le détournement d'un Airbus, en 1994, sur le tarmac de l'aéroport de Marseille-Marignane «aurait [pu] provoqu[er] un 11-Septembre à la française». Un anachronisme plutôt maladroit puisque, à cette époque là, les tours jumelles ne s'étaient pas encore effondrées.

«Le 11-Septembre français» (janvier 2015)

C'est après les attentats de Paris, en janvier 2015, que l'expression «11-Septembre français» a vraiment refait surface. Pour la première fois, la comparaison était largement reprise dans les médias, sur internet ou dans la bouche de personnalités publiques, d'Eric Zemmour à Michel Onfray. Quelques jours après ces attaques terroristes, le dessinateur Philippe Gelluck parlait d'un drame «de l'ampleur du 11-Septembre à New York». Un rapprochement symbolique qu'il a également illustré dans l'un de ses dessins.

Après la tragédie, Le Monde avait titré «Le 11-Septembre français» en une de son édition datée du 9 janvier. Un choix éditorial controversé, parfois jugé maladroit, qui lui a valu quelques critiques.

La comparaison entre ces deux événements est-elle appropriée? Rue89 s'était interrogé sur la pertinence d'un tel rapprochement. À Slate, nous écrivions que les deux événements étaient difficilement comparables, notamment parce que le mode opératoire et le bilan humain étaient très différents. Une comparaison avec les attentats de Londres en 2005 ou ceux de Bombay en 2008 aurait eu davantage de sens.

«Un petit 11-Septembre» (2 juin 2015)

En juin dernier, interrogé par Nice-Matin sur la menace terroriste en France, Alain Marsaud –député du parti Les Républicains et ancien juge antiterroriste– s'inquiétait du départ de nombreux Français en Syrie et du danger que représenterait leur retour sur le sol français. «Toutes proportions gardées, nous sommes en présence d'un petit 11-Septembre à l'échelle de la France», avait-il déclaré.

«Un prochain 11-Septembre à la française» (26 août 2015)

Dans Le Canard Enchaîné, une source anonyme au sein des services de renseignement français exprimait également son inquiétude face à la menace terroriste après l'attentat manqué du Thalys. «On a eu de la chance. Des passagers d'un train qui neutralisent un suspect; un autre qui se tire une balle dans le pied puis appelle les pompiers; un troisième qui échoue à faire sauter une usine chimique... Sans ces concours de circonstances, le bilan humain et matériel serait beaucoup plus lourd.» Et il n'est pas le seul à partager cet avis. Un de ses collègues envisageait même «un prochain 11-Septembre à la française où les services [de renseignement] seront de simples spectateurs».

«Une attaque à la manière du 11-Septembre» (27 août 2015)

Le lendemain, le Telegraph rebondissait sur l'article du Canard Enchaîné et citait une nouvelle source anonyme de l'antiterrorisme français. Le quotidien anglais conservateur évoquait le risque d'une attaque terroriste par missile contre un avion de ligne et reprenait à son tour l'hypothèse d'un attentat «à la manière du 11-Septembre» en France.

«Notre 11-Septembre»  (1er septembre 2015)

Dans une interview pour le site collaboratif L'Incisif, un ancien agent de la DGSE s'est récemment confié anonymement sur la menace terroriste en France. Au cours de cet entretien, il fustigeait un système de surveillance inadapté aux dangers auxquels nous sommes confrontés et n'écartait pas la possibilité d'un attentat similaire à celui du World Trade Center. «Nous aurons, je le crains, notre 11-Septembre, c'est une question de temps.»

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