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Seize Allemands ont perçu un revenu de base financé par le crowdfunding

Famille tirelire cochon de la banque britannique NatWest | William Warby via Flickr CC License by

Famille tirelire cochon de la banque britannique NatWest | William Warby via Flickr CC License by

La plateforme «Mein Grundeinkommen» a décidé de mettre en place le revenu universel qu’elle défend grâce au financement participatif.

Mille euros par mois pendant un an, sans aucune contrepartie. C'est le cadeau qu'a fait une initiative citoyenne basée à Berlin à une quinzaine de personnes résidant en Allemagne. Fondée en 2014, la plateforme «Mein Grundeinkommen» (en français, «mon revenu universel») défend l'instauration d'un revenu inconditionnel d'existence, soit le versement d'un revenu à tous les citoyens sans conditions de ressources et sans obligation de travailler.

Plutôt que de prêcher dans le désert face à une majorité politique conservatrice pour qui il reste aujourd'hui inconcevable de déconnecter la notion de revenu de la valeur travail, cette initiative citoyenne a décidé de passer à l'action en proposant elle-même ce revenu de base à quelques volontaires grâce au crowdfunding. Plus de 20.000 personnes ont déjà fait un don à la plateforme, ce qui a jusqu'à présent permis de financer seize personnes pendant un an. Chaque fois que la somme de 12.000 euros est atteinte, un tirage au sort est organisé parmi les candidats, qui se sont préalablement enregistrés sur le site. Parmi les seize gagnants qui ont déjà bénéficié de ce revenu universel: une retraitée, un garçon de 7 ans et un salarié qui a abandonné son job dans un call-center pour suivre des études et devenir éducateur.

Pas plus heureux mais «plus tranquilles»

Le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung a rencontré deux des gagnants. Le premier, Bernd (prénom changé), a la trentaine, est marié et père de trois enfants et travaille dans une institution publique. Il a longtemps réfléchi à la manière d'utiliser ce revenu supplémentaire, comme il l'explique au journal:

«Cela m'a pris trois mois pour savoir ce dont je pourrais avoir besoin mais dont je n'avais en fait pas besoin. […] J'avais prévu dès le départ d'utiliser l'argent pour faire quelque chose avec d'autres gens, parce que c'est ça le plus lucratif.»

Chaque fois que la somme de 12.000 euros est atteinte, un tirage au sort est organisé

Il a finalement décidé d'investir dans l'achat d'une imprimante 3D qu'il met à la disposition des autres, et de financer la reprise des études de sa femme. Il prévoit également d'utiliser l'argent qu'il recevra les prochains mois pour payer ses dettes.

Le second, Martin, lui aussi la trentaine, vit des aides sociales depuis des années et a déjà été à la rue. Lorsqu'il a reçu son premier virement de 1.000 euros, il explique qu'il n'a pas arrêté de faire la fête avec ses amis: «Il voulait ainsi remercier les amis qui lui été venus en aide lors des moments difficiles.»

Mais ce revenu lui a surtout permis d'augmenter son bien-être. Alors qu'il dormait jusque-là sur un lit trop petit pour lui (il mesure presque deux mètres), il a pu par exemple s'acheter un canapé-lit à sa taille et assure pouvoir «enfin bien manger», montrant la corbeille de fruits dans sa cuisine et indiquant qu'il peut désormais manger plus souvent de la viande.

Les deux gagnants indiquent au quotidien que cet argent ne les a pas rendus plus heureux mais en tout cas «plus tranquilles». Lorsqu'il s'était inscrit au tirage au sort, Martin avait d'ailleurs écrit qu'il souhaitait recevoir cet argent pour pouvoir «mieux dormir».

Lors des dernières élections au Bundestag, en 2013, le Parti pirate avait fait du revenu universel un de ses chevaux de bataille. Selon son programme électoral, ce revenu devait satisfaire quatre critères: être versé sans conditions, couvrir les besoins existentiels, être calculé de manière individuelle et ne pas donner lieu à une évaluation préalable des ressources dont dispose la personne. Les pirates allemands n'avaient remporté que 2,2% des voix, comme le rapportait alors l'hebdomadaire Der Spiegel.

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