Culture

Etre blogueuse mode, ce travail (parfois ingrat) à plein temps

Temps de lecture : 2 min

Des blogueuses prennent une photo avant un défilé à Londres le 18 septembre 2015. REUTERS/Suzanne Plunkett
Des blogueuses prennent une photo avant un défilé à Londres le 18 septembre 2015. REUTERS/Suzanne Plunkett

A chaque Fashion Week, les blogueurs et blogueuses mode sont désormais accueillis à bras ouverts par les créateurs, tout comme les journalistes et leur lectorat est parfois plus fidèle que celui des publications bien installées. Car ils font un vrai travail de défrichage. Oui les blogueurs et blogueuses mode travaillent. Ils ne prennent pas simplement des photos dans la rue, ou des selfies pour afficher leur tenue du jour.

Mais si leurs photos peuvent faire rêver, The Atlantic publie cet automne une enquête qui en dit un peu plus sur leur quotidien. Et leurs horaires. Les premiers résultats, après analyse de 760 photos sur 38 différents comptes Instagram de blogueuses connues, montrent des décalages entre la vie réelle et l'image qu'elles renvoient. Certaines ont commencé par passion, d'autres ne trouvaient pas de postes intéressants, ou payés une misère. Celles qui en ont fait un job à plein temps aujourd'hui ont beaucoup cravaché pour en arriver là, explique le magazine américain: parmi les interviewées, elles disent faire entre quatre-vingt à cent heures par semaine, bien plus que lorsqu'elles étaient salariées. D'autres racontent les nuits blanches passées à éditer leurs articles, leurs photos (l'image parfaite n'est pas la même sur Instagram ou Pinterest, chaque réseau social a ses pratiques), répondre aux commentaires.

L'important est aussi de créer «sa marque», son identité sur internet, de faire exister son personnage. Et, si cette identité est d'autant mieux acceptée par les lecteurs quand elle est authentique, cela peut aussi demander de la réflexion et du temps. Au point parfois de ne penser qu'à ça, et que cela prenne le pas sur la vie personnelle.

Une blogueuse, qui a souhaité rester anonyme, confie à The Atlantic:

«Votre monde tourne autour de la promotion de vous-même et de votre blog, tout en essayant de gérer une entreprise. L'un des inconvéniants à bloguer professionnellement est qu'il faut toujours être sur le qui-vive.»

Et le nombre croissant de blogueurs n'aide pas à se détacher, car les marques en profitent et leur demandent parfois de couvrir des événements ou des lancements en échange de produits gratuits, quand ils pouvaient être payés pour ce genre d'opération auparavant. C'est aussi la multiplication des événements qui sature leur calendrier –cela peut aller jusqu'à plus de vingt par semaine pour certains.

En 1980 déjà, la sociologue Arlie Hochschil parlait de «travail émotionnel» pour désigner cette représentation des sentiments nécessaire pour certains emplois: le sourire permanent, l'intérêt feint, l'amabilité obligatoire…

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