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«Je n’ai pas l’impression d’avoir été un jour très amoureux»

 «Séparation», par Edvard Munch (1896) | via WWikimedia Commons (domaine public)

«Séparation», par Edvard Munch (1896) | via WWikimedia Commons (domaine public)

Cette semaine, Lucile conseille un homme qui a l'impression de n'être avec des femmes que pour s'épargner la solitude, de ne pas pouvoir les quitter par lâcheté, mais de ne jamais aimer vraiment.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

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Il y a deux ans, mon ex-copine, avec qui je suis resté cinq ans, m’a quitté. J’étais presque soulagé qu’elle le fasse. J’étais très attaché à elle, ce qui m’empêchait de la quitter, mais en même temps je sentais qu’on n’était pas faits pour être ensemble. Je m’ennuyais avec elle, mais j’avais peur de la perdre.

Après cela, ce fut un désert sentimental et sexuel pendant six mois. J’étais bloqué, je ne savais pas comment aborder d’autres filles. Je n’avais jamais eu besoin de draguer avant, étant donné qu’à partir de 16 ans j’ai toujours été en couple. Puis le déclic a eu lieu quand j’ai appris que mon ex-copine avait un nouveau copain. Je me suis dit qu’il fallait que je passe vraiment à autre chose, que je l’avais définitivement perdue. À partir de ce moment-là, j’ai enchaîné les «plans cul».

C’est là que j’ai commencé à avoir des pannes sexuelles quasiment systématiques. J’ai eu un premier blocage avec le préservatif, puis après je pense que c’était psychologique. Je ressentais une pression de la performance et j’ai l’impression d’avoir trop d’ego pour être «un coup banal». Je me disais «il faut que je bande» puis «je ne vais jamais bander, ça ne marche pas».

Puis j’ai rencontré Sophie sur Tinder. Elle m’a plu physiquement mais sans plus, elle est assez ronde, alors que j’ai toujours préféré les filles minces, sportives. Elle est venue directement chez moi, nous n’avons même pas pris la peine de boire un verre pour faire connaissance. On a très rapidement couché ensemble. Comme d’habitude, ça ne s’est pas très bien passé, mais elle fut la première à me rassurer, à me dire que c’était juste parce que je me mettais trop de pression. Malgré mes pannes sexuelles, elle a voulu me revoir. Il faut dire qu’on s’entend plutôt bien, elle est bavarde et je ne m’ennuie pas en sa présence. Elle a très vite aimé mon côté câlin, l’importance que j’ai donné à son plaisir à elle. Je préfère la faire jouir à ce qu’elle me fasse jouir. Ça gonfle mon ego. Elle m’a dit que c’était rare, que souvent les mecs bâclaient les préliminaires et se contentaient de leur plaisir personnel. Je ne sais pas si c’est un côté généreux et attentionné comme elle le pense, ou un côté narcissique, j’ai l’impression que ce sont les deux, mais ça semble contradictoire. Mon obsession pour son plaisir n’est pas vraiment désintéressée, je veux aussi qu’elle me trouve unique. Elle était habituée aux plans culs sans affection et moi je lui apporté quelque chose de plus doux, malgré les pannes répétitives au début de notre relation. Je pense que c’est aussi pour ça qu’elle m’apprécie.

Au bout de trois semaines, j’ai commencé à ressentir un manque d’elle

Petit à petit, mes problèmes d’érection ont disparu et sexuellement ça a été vraiment génial. On s’entend à merveille au lit, et j’arrive à lui donner un voire plusieurs orgasmes presque systématiquement, ce qui ne m’était jamais arrivé depuis que mon ex m’a quitté. On s’est vus environ une fois par semaine et elle dormait toujours chez moi.

Au bout de trois mois, j’ai quitté la ville où l’on s’est rencontrés pour faire un stage de fin d’études à plus de 500 km. Pour nous deux, ça signait la fin de notre relation. Je n’avais pas forcément envie d’aller plus loin avec elle, et je crois qu’elle non plus.

Puis, au bout de trois semaines, j’ai commencé à ressentir un manque d’elle. Je crois que ce manque était surtout sexuel. On se parlait toujours via Facebook, et je lui ai donc demandé si on pouvait se revoir. Cela a «officialisé» notre relation puisqu’elle habite chez sa mère et j’ai donc été obligé de rencontrer toute sa famille. Elle a rencontré la mienne quelques semaines plus tard. Je ne pense pas que la relation aurait déjà pris cette tournure si j’étais resté dans sa ville.

Aujourd’hui, cela fait six mois que nous sommes ensemble, nous nous sommes revus six fois (de deux jours à sept jours). Je dois la rejoindre en septembre, mais je me pose beaucoup de questions. Est-ce que je l’aime vraiment?

Elle ne correspond pas forcément à la relation idéale que j’imaginais. Nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt, même si, contrairement à mon ex, elle me laisse m’entraîner pour mes compétitions d’athlétisme, regarder le sport à la TV ou les émissions culturelles. Elle est jolie mais ne correspond pas forcément au style de fille que je préfère. Elle est «grande gueule» et dominatrice, ce que je n’aime pas forcément, mais c’est aussi pour ça que sexuellement elle m’excite. À côté de ça, je ne veux pas que la relation s’arrête, je suis bien avec elle. Elle n’est pas jalouse comme mon ex et je suis beaucoup plus libre de faire ce que je veux. Je ne me suis jamais ennuyé avec elle, mais j’ai l’impression que la base de notre relation est le sexe. J’ai peur que l’alchimie sexuelle s’altère avec le temps et qu’on s’aperçoive que nous ne sommes pas vraiment faits pour vivre ensemble au quotidien. Je me sens trop lâche (comme avant) pour stopper la relation. Je n’en ai pas vraiment envie, mais je suis sûr que, si elle le faisait, je serais vraiment triste tout en éprouvant une sorte de soulagement.

Je me demande si je suis vraiment amoureux, mais en même temps je me demande si vraiment je pourrais l’être plus que ça. Je n’ai pas l’impression d’avoir été un jour très amoureux. J’ai toujours ressenti une grande affection et m’attache facilement aux filles mais sans éprouver de sentiments que je qualifierais d’amoureux. Jamais une fille ne m’a manqué si ce n’est sexuellement.

J’ai peur que l’alchimie sexuelle s’altère avec le temps et qu’on s’aperçoive que nous ne sommes pas vraiment faits pour vivre ensemble au quotidien

Si j’ai peur de quitter une fille, c’est à cause de mon côté nostalgique. Je passe toujours des bons moments et je ne veux pas que ce soit le dernier avec elle. Et puis j’ai peur qu’elle me remplace, qu’elle se dise que le nouveau est mieux que moi. Je suis aussi angoissé à l’idée de faire du mal et plus tard qu’elle ne m’aime plus. J’aime me sentir aimé et je fais tout pour. J’ai l’impression que ça gonfle mon ego de me sentir la personne la plus importante pour une fille. Le problème, c’est que même si cela gonfle mon ego, je ne suis pas sûr que cela me rende heureux.

Ma relation avec elle est compliquée, mais je dirais surtout que c’est ma relation avec les filles qui est compliquée.

Romain

Cher Romain,

Pour répondre à votre premier doute qui concerne le physique, je suis au regret de vous décevoir. En matière d’amour (et je parle bien d’amour et pas de one-night-stand), les critères physiques n’ont pas tellement de valeur. J’ai passé vingt-cinq ans à m’acoquiner (et même à me marier) avec de grands bruns maigres et je me retrouve aujourd’hui heureuse, et mariée à nouveau, avec un chauve de taille moyenne qui aura, avec les années, une tendance à l’embonpoint. Si je l’avais choisi selon mes critères originels, ceux que j’ai toujours connus et avec lesquels j’étais à l’aise, je n’aurais pas donné sa chance à cette relation et je m’en serais mordu les doigts. Ça fait partie des surprises de la vie, on ne choisit pas son conjoint sur un catalogue. J’espère que vous saurez revoir cet argument comme nul et non avenu.

L’ego et le rapport à l’autre, c’est un autre problème. Cette femme avec laquelle vous êtes engagé a l’air de vous plaire mais de ne pas vous plaire assez. Une compagne (ou un compagnon d’ailleurs) n’est pas un doudou. Elle n’est pas là pour gonfler votre ego ou être uniquement présente à vos côtés pour que vous ayez la certitude qu’elle n’est avec personne d’autre. Ce n’est pas un faire-valoir non plus (ce qui revient à l’importance que vous donnez au physique).

Et j’ai bien peur que, si vous vous demandez si vous êtes vraiment amoureux, si votre réflexion semble aussi froide et désincarnée, c’est que vous ne l’êtes pas. Il n’y a aucune honte à cela. La passion, le transport amoureux n’est pas plus une obligation sociale que l’orgasme. Et nous ne sommes pas égaux face à ça. Certains vont tomber amoureux tous les quatre matins, d’autres vont patienter des années avant de trouver l’élue, et puis d’autres encore ne vont jamais avoir cette chance.

Je pense que vous devriez respecter Sophie, qui m’a l’air d’être quelqu’un de bien, et la quitter pour lui donner l’opportunité d’être aimée, vraiment, par quelqu’un d’autre. De votre côté, il y aura d’autres moments agréables, d’autres rencontres, du sexe raté ou réussi (je peux vous assurer que les filles bien ne portent pas grande attention au culte de la performance) et peut-être un jour y aura-t-il une femme qui fera la différence. Il sera bien temps alors de vous engager sans retenue aucune, de mettre de côté votre ego pour ne penser réellement qu’à ses besoins. Avant ça, soyez honnête avec vous-même et les autres et ne vous engagez pas plus que vous n’êtes capable de l’assumer. S’il n’y a pas d’amour de votre côté, il n’est pas dit qu’il n’y en ait pas en face et vous êtes assuré, alors, de créer plus de souffrance que de bons souvenirs. Épargnez-le-vous et épargnez-le-lui.

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