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Nicolas Sarkozy, cet artiste passé de mode qui s'obstine à creuser le même répertoire

Nicolas Sarkozy en meeting, le 30 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Nicolas Sarkozy en meeting, le 30 mai 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Un an après son retour sur l'air du «large rassemblement», l'ancien et aspirant futur président de la République tient des discours sidérants, pour ne pas dire délirants

C’est entendu, il est de coutume de dire un peu n’importe quoi du haut d’une tribune politique. Les militants adorent qu’on les emmène dans un monde imaginaire et les leaders raffolent d’être acclamés en retour. Mais il y a tout de même des limites, surtout lorsqu’on est un ancien président de la République qui aspire à le redevenir.

Or, Nicolas Sarkozy multiplie, ces derniers temps, des discours sidérants pour ne pas dire délirants. Et pas simplement devant ses troupes. Ses propos tenus devant le think tank libéral Choiseul 100, «engagé dans cette aventure exaltante qui consiste à interroger la grammaire des relations économiques mondiales», sont révélateurs d’une inquiétante intempérance.

Loghorrée réactionnaire

«Notre modèle n'est pas mis en cause, il va simplement être balayé, car la France s'est arrêtée en 1789», a osé le président d’un parti qui a choisi de se nommer Les Républicains. On se contenterait d’en sourire si tout son propos, pourtant adressé à une assemblée a priori raisonnable, n’était structuré autour d’une rhétorique réactionnaire extrême.

Sarkozy veut restaurer un leadership sans faille, en finir avec le «principe de précaution écologique» comme avec le paritarisme social. Il naturalise comme jamais les inégalités sociales en comparant implicitement les pauvres aux «chauves». Et se permet de traiter par le mépris les populations les plus reléguées: «Les banlieues doivent arrêter de culpabiliser la France.»

L’excès sarkozyen n’est pas limité à la question «des millions et des millions» de migrants qui «poussent» pour forcer la porte de l’Europe. Il prend la forme d’une prophétie quasi-révolutionnaire (ce qui ne l’empêche pas de prôner le retour au cumul des mandats). Il va falloir «chambouler très fort la France», prévient «l’ex» que son ancien Premier ministre accusait de timidité réformatrice quand il siégeait à l’Elysée.

Je ne crois pas possible de réformer notre pays, il faut le refonder

Nicolas Sarkozy, en meeting le 27 septembre

Donnée en meeting le 27 septembre, l’explication est très simple: «Je ne crois pas possible de réformer notre pays, il faut le refonder». Et accrochez-vous: «En 1958, le général De Gaulle s'est retrouvé dans une situation où il fallait réinventer des institutions, réinventer une monnaie, réinventer un projet. Nous allons nous retrouver dans cette situation-là.» Préparons-nous à la VIème République et à la sortie de l’euro, si l’on comprend bien...

Logiciel non mis à jour

Cette logorrhée est pourtant à mille lieues du sage discours tenu par le même Sarkozy, il y a seulement un an, lors de son retour à la vie publique. Pour construire une «alternative véritable», il promettait d’agir «avec le souci du plus large rassemblement, la volonté d’apaiser les tensions».

L’objectif était alors de créer «les conditions d’un nouveau et vaste rassemblement qui s’adressera à tous les Français, sans aucun esprit partisan, dépassant les clivages traditionnels qui ne correspondent plus aujourd’hui à la moindre réalité». Tout cela pour se contenter de repeindre la bannière de l’UMP et d’enfermer ce parti dans un discours de droite sectaire et outrancier.

Le candidat battu en 2012 n’a visiblement pas tiré profit de ses deux années de retraite officielle pour mettre à jour son logiciel. Cet homme intuitif mais peu rigoureux souffre sans doute de n’être point entouré et conseillé comme il le fut en ses périodes fastes. Emmanuelle Mignon ne le chaperonne plus comme en 2007. Henri Guaino et Patrick Buisson ne sont plus là pour lui insuffler la bonne parole. Il ne lui reste que des réflexes conditionnés et des procédés d’estrade.

Obsession du rang

Sarkozy ressemble ainsi à ces artistes passés de mode, qui s’obstinent à creuser toujours le même répertoire sans se rendre compte que la magie n’opère plus. Moins le succès est au rendez-vous, et plus il devient susceptible et agressif. Le nombre d’adhérents de son parti régresse alors qu’il était persuadé que son divin retour serait salué d’une puissante vague d’arrivées. Les sondages pour la primaire de droite le donnent au coude à coude avec Alain Juppé, bien loin de ses propres pronostics d’il y a quelques mois.

Ces difficultés imprévues n’améliorent pas son caractère. «Moi, j’ai tout pris», aime à répéter Sarkozy. Sa soif de pouvoir, contrariée par les épreuves de l’heure, se traduit par une obsession de son rang qui le rend parfois insupportable.

Vexé que son nom apparaisse dans la même taille que celui des autres leaders de la droite dans le carton d’invitation au meeting de Valérie Pécresse, le président Sarkozy a exigé une deuxième mouture. Il s’est ensuite vengé en arrivant en retard audit meeting et en parlant en dernier, après la candidate LR en Ile-de-France, contre les usages.

Agacement patronal

La crédibilité de l’actuel discours sarkozyen est, enfin et surtout, sujette à caution. L’ex-président a beau régulièrement prétendre qu’il a «changé», les Français gardent de lui et de son action passée une vision fort précise. L’électorat du FN ne comprend toujours pas pourquoi il serait plus efficace demain qu’hier dans les domaines de l’insécurité et de l’immigration qui lui importent.

Sarkozy,
je n'y crois plus

Un grand dirigeant français, cité par Europe 1

Du côté du patronat, on observe des signes d’agacement croissants à l’égard d’un homme aux foucades imprévisibles. «Sarkozy, je n’y crois plus», dit plus d’un grand dirigeant. Des rencontres entre l’ancien chef de l’Etat et ses anciens soutiens dans les cercles économiques en viennent à être annulées par défaut de croyance en son étoile.

A coup sûr, la grande bourgeoisie dispose, avec Alain Juppé et François Hollande, de personnalités offrant de meilleures garanties de stabilité. Quant à l’électorat de droite, il risque fort de se saisir de la primaire pour garantir l’alternance qu’il désire ardemment.

Or ces électeurs considéreront sans doute, et à bon droit, qu’une candidature Sarkozy favoriserait plus la réélection de Hollande que celle de Juppé. L’exercice de la primaire, on l’a vu chez les socialistes, est soumis à un principe d’opportunisme. Si les militants sont séduits par le plus radical, les électeurs préfèrent celui qui est le plus susceptible de leur apporter la victoire finale. A condition, bien sûr, que la primaire de droite se déroule sans trop de fraudes.

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