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Chine-France: le ying et le yang

Richard Arzt, mis à jour le 24.09.2009 à 18 h 47

Les relations entre Paris et Pékin se sont soudain améliorées au cours des dernières semaines après des mois difficiles.

A Pékin, c'est une évidence: quand le Président Hu Jintao va dans un sommet international, il incarne la montée en puissance de la Chine. Il ne serait pas de son niveau d'être en conflit avec un des participants. Les relations franco-chinoises se sont donc améliorées au rythme des rencontres de chefs d'Etats où Hu Jintao et Nicolas Sarkozy se retrouvent inévitablement. A New-York le 21 septembre, avant la réunion sur le climat suivie de l'Assemblée générale de l'ONU, la poignée de main et les sourires des Présidents français et chinois sont l'aboutissement d'un patient travail de réalisme diplomatique.

Lorsqu'il le rencontre pour la première fois, en 2003 au G8 d'Evian, Nicolas Sarkozy (alors ministre de l'intérieur) n'est pas séduit par la placidité du numéro un chinois. Et celui-ci est décontenancé, en novembre 2007 à Pékin, quand le Président français lui saisi le revers de veste en lui disant familièrement «on va bien s'entendre tous les deux!» Mais surtout en deux ans, la relation franco-chinoise a connu de redoutables soubresauts.

Avril 2008: Jean-David Lévitte, le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, est très fraîchement reçu dans la capitale chinoise. Les Chinois sont furieux du parcours chahuté de la flamme olympique quelques jours avant dans Paris. Et il est vivement reproché à Nicolas Sarkozy de conditionner sa présence lors de l'inauguration des Jeux Olympiques à un apaisement de la répression au Tibet. Finalement, Pékin accepte un dialogue - qui sera sans suites - avec des émissaires du dalaï-lama. Et le 8 août, le Président français vient aux JO en faisant savoir qu'à son retour il ne verra pas le leader tibétain. Celui-ci se trouve en France en même temps que se déroulent les compétions sportives à Pékin. Carla Bruni- Sarkozy et Bernard  Kouchner se chargent de lui rendre visite dans un temple bouddhiste des hauts-plateaux languedociens.

En décembre 2008, la colère chinoise se rallume. Le Premier ministre Wen Jiabao annule un sommet économique qui devait se tenir à Lyon: pas question de serrer la main de Nicolas Sarkozy qui, cinq jours après, va rencontrer le dalaï-lama au cours d'un déplacement en Pologne. Pendant quatre mois, la Chine boude la France. Selon Nicolas Sarkozy, Pékin avait été prévenu de cette rencontre qui, de plus, a eu lieu loin de l'Elysée.

Tout s'arrange le 1er avril, à la veille du sommet du G20 de Londres. Pour que Hu Jintao et Nicolas Sarkozy n'aient pas à se tourner le dos, un communiqué franco-chinois de réconciliation est signé. La France «récuse tout soutien à l'indépendance du Tibet» (le dalaï-lama ne réclame que l'autonomie culturelle). Les deux chefs d'Etat ont un entretien de près d'une heure.

Le 1er septembre Jean-David Lévitte revient à Pékin. Il est accompagné de Jean-Marie Paugam, haut fonctionnaire de Bercy en charge de l'internationalisation des entreprises et de Michel Miraillet, directeur des affaires stratégiques au Ministère de la Défense. Objectif: rétablir le «dialogue stratégique» instauré en son temps par Jacques Chirac. Pendant cinq heures d'entretiens suivies d'un diner, Jean-David Lévitte et Dai Bingguo, le conseiller diplomatique de Hu Jintao, échangent des points de vue sur l'administration Obama, le Proche Orient ou le Darfour. Une formule est énoncée, qui sera reprise lors de la rencontre des deux Présidents à New-York: «la relation franco-chinoise est remise sur ses rails et elle avance à une vitesse de TGV».

Des sujets économiques sont aussi abordés avec le vice Premier-ministre Wang Qishan. Notamment, la poursuite des ventes d'Airbus et les perspectives d'une usine de retraitement des déchets nucléaires. Des thèmes à développer lors de la visite de Christine Lagarde annoncée fin octobre.

Le 21 septembre, Nicolas Sarkozy  indique à Hu Jintao qu'il est favorable au renforcement de la représentation de la Chine au FMI (Fonds monétaire international).  Le lendemain, à la conférence de l'ONU sur le climat, le Président chinois va dans le sens de ce que souhaite la France: il annonce que son pays va réduire «notablement» ses émissions de dioxyde de carbone d'ici 2020. La conférence mondiale sur le sujet se réunit à Copenhague en décembre. Jean-Louis Borloo devrait venir en novembre à Pékin pour examiner les possibilités de rapprochement des positions françaises et chinoises.

La rencontre de New-York a confirmé d'autres voyages. Celui de François Fillon à Pékin est prévu à la mi-décembre. En 2010, Hu Jintao viendra en France (sa dernière visite était en 2004) et Nicolas Sarkozy ira en Chine sans doute en octobre pour assister à la clôture de l'exposition universelle de Shanghai. Aux journalistes chinois, Hu Jintao a indiqué qu'un «bon élan est récemment apparu dans les relations entre la Chine et la France (...) et que cela a contribué à l'amélioration de la confiance politique mutuelle». C'est, de sa part, une formulation aussi positive que possible.

Richard Arzt

Image de Une: Hu Jintao et Nicolas Sarkozy à New York  Reuters

 

 

 

 

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