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Aux États-Unis, une erreur lors d'une enquête pour viol tourne à la tragédie

Temps de lecture : 2 min

Le retournement de la police contre Lara McLeod, qui avait déposé plainte pour viol contre son beau-frère, et ses conséquences dramatiques rappellent à quel point les victimes doivent être mieux écoutées.

Don't Rape | Richard Potts via Flickr CC License by CC
Don't Rape | Richard Potts via Flickr CC License by CC

Michel Foucault, qui s’était particulièrement intéressé dans un ouvrage qu'il a dirigé au cas de Pierre Rivière, un homme ayant égorgé sa mère, sa sœur et son frère au XIXe siècle, disait du fait divers qu’il pouvait parfois nous permettre de faire des liens entre la petite et la grande Histoire. À la manière du philosophe, on pourrait dire que le cas de Lara McLeod, une jeune Américaine qui a porté plainte pour viol contre son ex beau-frère Joaquin Rams et dont l'histoire est révélée par Buzzfeed news, est un «échangeur entre le familier et le remarquable».

Si les plaintes pour viol étaient mieux traitées et les présumées victimes mieux écoutées, de nombreuses affaires sordides pourraient être évitées, tente de démontrer Buzzfeed, en examinant le cas de cette jeune femme aujourd’hui âgée de 23 ans, dont la vie ainsi que celle de sa famille a été détruite.

«À 23 ans, Lara ne sait toujours pas pourquoi la police lui a dit de rapporter ce crime, et l’a ensuite arrêtée pour s’en être expliquée. Elle n’est désormais sûre que d’une chose: personne ne devrait jamais rapporter un viol à la police», écrit Buzzfeed News, qui explique qu'elle a dû quitter son travail et a plongé dans la dépression suite à cette histoire.

Conséquences tragiques

Surtout, les réputations de la jeune femme et de sa sœur, Hera, ont été ternies par cette affaire. Et lorsqu'est venu le procès pour la garde de l'enfant de Joaquin, le violeur présumé, celui-ci a pu bénéficier de la bienveillance de la justice malgré les accusations d'Hera de violence. Et malgré la remontée d'autres accusations non prouvées plus anciennes l'impliquant dans la mort d'une ex-petite amie notamment et d'abus sexuels sur un fils né d'une précédente union. S'il n'a pas eu la garde de l'enfant d'Hera, il a pu bénéficier d'un droit de visite non surveillé. Sauf qu'aujourd'hui, l'enfant est mort et Joaquin est accusé de l'avoir assassiné.

Dans un document audio obtenu par Buzzfeed, le responsable du département de police du comté de Prince William, en Virginie, sommé de s’expliquer, reconnaît que des erreurs ont été commises. L’enquête a été négligée selon lui, et des aspects en ont été court-circuités. Parce qu’ils étaient persuadés que Lara McLeod ne disait pas vrai, notamment à cause d'une vidéo du viol, dans un premier temps effacée par Hera suspectait la police (les charges seront ensuite abandonnées), dans laquelle la victime ne manifestait pas assez de signes de lutte, selon les forces de l'ordre. Tombée dans les mains des avocats de Joaquin qui ne l'ont jamais montrée au tribunal, celle-ci a servi un peu plus à dédouaner l'agresseur qui s'est posé en victime lors du procès pour la garde de l'enfant.

En France, selon l’Observatoire national de la délinquance et des répressions pénales, seulement 4% des femmes de 18 ans à 75 ans déclarant avoir été victimes de violences sexuelles disent avoir porté plainte. Et aux États-Unis, seulement 7% des enquêtes pour viol mènent à des arrestations, et seulement 3% à des procès, selon le Rape, Abuse & Incest National Network. Globalement, selon différentes enquêtes, environ 8 à 10% des accusations pour viol se révéleraient fausses ou insuffisamment étayées, avec des conséquences tragiques lorsqu’une personne est accusée de viol à tort. Mais parfois terriblement tragiques aussi quand une souffrance est rangée à la va-vite dans la catégorie «mensonge».

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