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Le pape François et Xi Jinping ont (au moins) trois points communs

Le pape François à bord de son avion sur le vol qui le ramène des États-Unis en Italie, le 28 septembre 2015 ( REUTERS/Tony Gentile) etXi Jinping aux Nations unies, à New York, le 27 septembre 2015 (REUTERS/Carlo Allegri)

Le pape François à bord de son avion sur le vol qui le ramène des États-Unis en Italie, le 28 septembre 2015 ( REUTERS/Tony Gentile) etXi Jinping aux Nations unies, à New York, le 27 septembre 2015 (REUTERS/Carlo Allegri)

Le souverain pontife et le président chinois tentent d’adapter des organisations millénaires au monde moderne.

Voilà deux chefs d’État on ne peut plus différents. L’un est le guide spirituel de 1,2 milliard de catholiques (dont 40% sont latino-américains). L’autre gouverne 1,4 milliard de personnes. Le pape François est un dirigeant religieux, Xi Jinping est un dirigeant politique.

Mais ce distinguo n’est pas si clair. Lorsque le pape se rend à Cuba et décide d’ignorer les dissidents du régime de Castro, c’est une stratégie politique. Quand il émeut le Congrès américain par ses judicieuses exhortations à adopter une attitude différente vis-à-vis des immigrés, des inégalités ou du changement climatique, le souverain pontife joue le rôle d’un responsable politique. De son côté, lorsque Xi Jinping engage son peuple à se battre pour le «rêve chinois», un concept dont il a fait son slogan, ou à se comporter conformément aux «valeurs chinoises», il semble évident qu’il entend inculquer une certaine spiritualité par le biais de ses politiques et de son leadership.

Les deux hommes sont à la tête d’organisations façonnées par une culture millénaire aujourd’hui ébranlée par les mutations qu’a connues le monde. Le Vatican et le Parti communiste chinois (ainsi que la Chine) doivent s’adapter pour mieux être en phase avec les réalités d’aujourd’hui. Et c’est en cela que, en dépit de leurs caractéristiques très différentes, le pape et le président chinois sont tous deux des dirigeants réformistes confrontés à des enjeux très semblables.

1.Vaincre les conservateurs et transformer la bureaucratie

En Chine, il s’agit du Parti communiste; au Vatican, de la Curie romaine. Désireux de refonder ces puissantes organisations bureaucratiques, Xi Jinping et François se retrouvent inévitablement confrontés à des obstacles: individus et groupes qui, de par leurs croyances, leur attachement aux traditions, au pouvoir et pour défendre leurs intérêts, s’opposent à toute réforme.

Le pape a dressé publiquement un réquisitoire contre la Curie, avertissant ses membres qui se considèrent comme «immortels, immuns et indispensables» que cela est un signe de leur sentiment de vulnérabilité. Il les a assimilés à des victimes de «pétrification mentale et spirituelle», d’«Alzheimer spirituel», de «schizophrénie existentielle». Il les accuse encore, entre autres, de s’adonner au commérage et à la calomnie, de lécher les bottes de leurs supérieurs et de ne penser qu’à eux…

Xi Jinping n’est pas en reste pour dénoncer la bureaucratie chinoise, sa lenteur et son inertie. Il reproche aux responsables et aux fonctionnaires de chercher à se remplir les poches au détriment du service rendu à la nation.

2.Lutter contre la corruption et le matérialisme

Il est surprenant de constater que les deux hommes ont fait de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. Le pape a remis de l’ordre au sein de la banque du Vatican; il a adressé un signal fort en suspendant un archevêque allemand connu pour son train de vie dispendieux; il ne cesse de combattre avec détermination les scandales liés à des abus sexuels qui éclaboussent l’Église catholique.

Parmi les maux qui menacent la Curie, le pape François cite «l’accumulation de biens matériels, la recherche de bénéfices terrestres et l’exhibitionnisme». Le chef de l’État chinois s’est montré plus draconien: 414.000 fonctionnaires ont subi des sanctions disciplinaires pour des faits de corruption; 201.600 autres ont été jugés. Un certain nombre d’agents de l’État ont été exécutés et Pékin cherche activement à rapatrier des centaines d’accusés qui ont fui à l’étranger.

3.Préserver l’unité et la cohésion

Tout comme le Vatican, le gouvernement chinois est en proie à des pressions contradictoires et des querelles intestines dues à des convictions et des intérêts incompatibles. Ajoutez à cela l’avènement des nouvelles technologies, qui impose de nouvelles exigences, et les convulsions économiques aussi bien que politiques de notre époque.

Ces deux immenses organisations millénaires doivent s’adapter au changement sans perdre leur essence ni leur légitimité

Les populations sont aujourd’hui mieux informées, se sont autonomisées et sont plus actives sur la scène politique, de sorte que leurs attentes et leurs aspirations ont radicalement changé. Cette nouvelle donne constitue également un défi pour ces deux dirigeants. Depuis 2000, en Amérique latine, le nombre de catholiques a baissé de 21% et, aux États-Unis, pour chaque nouvelle personne qui embrasse la confession catholique, il y en a six qui abandonnent l’Église catholique romaine. Beaucoup d’entre elles vont grossir les rangs des Églises évangéliques, épiscopales et pentecôtistes. Séduire de nouveaux fidèles est une tâche soumise à rude concurrence à travers le monde.

En Chine, malgré la présence d’un implacable État policier qui réprime les dissidents et fait taire ses détracteurs avec efficacité, le gouvernement est régulièrement confronté à des manifestations de rue et à un nombre croissant d’appels à «réviser son modèle». Défendre ce modèle était plus aisé lorsqu’une croissance économique soutenue était au rendez-vous, créant des emplois, augmentant les revenus des ouvriers et arrachant, année après année, des millions de personnes à la pauvreté. Mais alors que la croissance cesse d’être une réalité certaine, le pacte social qui a permis au Parti communiste de gouverner sans faire face à une forte opposition risque de s’éroder.

Voilà donc trois points communs entre le Pape et le président de la République populaire de Chine. Il y en a d’autres, et tous vont dans le même sens: deux immenses organisations millénaires doivent s’adapter au changement sans perdre leur essence, sans se fragmenter et, par-dessus tout, sans perdre leur légitimité qui sert de base au pouvoir dont jouissent leur chef sur plus d’un milliard de personnes.

Lequel, du gouvernement chinois ou du Vatican, naviguera le mieux sur des eaux turbulentes? Cela reste à voir. Une chose est sûre, en tant qu’organisations gigantesques, hiérarchiques, centralisées et lentes, elles vont devoir évoluer dans un monde où vitesse et souplesse sont les maîtres mots du succès. Transformer une hiérarchie rigide: tel est l’un des grands défis que vont devoir relever le pape François et Xi Jinping. Naturellement, les effets de leurs actions se feront sentir bien au-delà des populations catholique et chinoise.

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