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Les smartphones (même éteints) nous rendent superficiels

Kate Middleton et le prince William regardent un téléphone devant une démonstration de gymnastique lors des jeux du Commonwealth à Glasgow le 28 juillet 2014. REUTERS/Phil Noble

Kate Middleton et le prince William regardent un téléphone devant une démonstration de gymnastique lors des jeux du Commonwealth à Glasgow le 28 juillet 2014. REUTERS/Phil Noble

Ou au moins nos discussions.

Vous avez peut-être déjà vécu la scène 100 fois (chez Slate, nous sommes plusieurs en tout cas): vous êtes au restaurant avec un(e) ami(e), votre +1, votre femme/mari et votre téléphone est sur la table. Un texto, un message Facebook, une alerte. Votre regard est attiré vers l'écran. La conversation est interrompue. En permanence.

Ce n'est pas anodin, raconte Sherry Turkle, professeure au MIT, sur le site du New York Times. Depuis cinq ans, Turkle étudie spécifiquement la façon dont les technologies ont transformé nos conversations de visu, et elle en est venue à la conclusion (expliquée dans son livre Reclaiming Conversation: The Power of Talk in a Digital Age ou, en français, Reprendre la conversation: le pouvoir de la discussion à l'ère du numérique) que lorsque deux personnes discutent, quel que soit leur degré d'intimité, la simple présence d'un téléphone sur la table, ou à portée de vue, modifie à la fois le contenu de leur conversation et le degré de connexion qu'ils peuvent ressentir.

En 2015, 89% des gens qui possèdent un téléphone portable disent l'avoir utilisé lors de la dernière fête, réunion ou événement public où ils sont allés, souligne cette étude du Pew Research Center. 82% admettent pourtant ne pas être contents de l'avoir fait. S'ils se ne sentent pas bien, c'est aussi parce que cela a potentiellement parasité les conversations qu'ils ont pu avoir ou auraient pu avoir. Pour Turkle, si un téléphone n'est pas loin, les gens parlent de sujets plus légers: des sujets qui peuvent être interrompus sans que ce soit gênant. 

A l'inverse, quand deux personnes ont une conversation sans téléphone à proximité, elles font preuve de davantage d'empathie, car chacun est concentré sur ce que la personne en face peut exprimer. Sherry Turkle précise:

«C'est dans ce genre de conversations— lors desquelles on peut maintenir un contact visuel avec son interlocuteur, remarquer le ton, et la posture de la personne en face, se réconforter réciproquement ou débattre avec respect — c'est dans ce genre de conversations que l'empathie et l'intimié s'épanouissent. C'est dans ces conversations que l'on apprend aussi qui on est».

Turkle raconte l'expérience fascinante d'un groupe-test: des enfants auxquels on avait retiré leur téléphone pendant quelques jours, en colonie de vacances, savaient mieux lire les émotions sur les visages de leurs camarades que des enfants qui n'en avaient pas été privés. Ou encore: un professeur constate que ses élèves ne développent plus le même lien d'amitié que les générations précédentes parce qu'ils passent leur déjeuner à échanger via leur smartphone à la cantine.

Loin de dire «c'était mieux avant», Sherry Turkle interroge en détail la façon dont les téléphones devraient nous servir à différentes tâches et ne pas nous stimuler en permanence. Pour que l'on puisse encore respecter les silences dans les conversations, ces silences et hésitations qui permettent d'en apprendre beaucoup sur la personne avec laquelle on échange.

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