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Poutine, la fin de la quarantaine?

Deux hommes déguisés en Barack Obama et Vladimir Poutine, le 26 juillet 2015, lors de la compétition d’engins volants Red Bull Flugtag Russia 2015 | REUTERS/Sergei Karpukhin

Deux hommes déguisés en Barack Obama et Vladimir Poutine, le 26 juillet 2015, lors de la compétition d’engins volants Red Bull Flugtag Russia 2015 | REUTERS/Sergei Karpukhin

Le dialogue avec la Russie reprend. Les Européens et Américains n’ont guère le choix.

L’Assemblée générale annuelle des Nations unies est toujours l’occasion de rencontres au sommet improbables. La 70e édition de cette année ne fera pas exception. Le point d’orgue aura lieu dès le premier jour. Le lundi 28 septembre, Vladimir Poutine et Barack Obama devrait avoir leur premier entretien bilatéral depuis plusieurs années. La demande vient du président russe, précise-t-on à Washington, où on a été quelque peu embarrassé par la démarche de Moscou. «Il eût été irresponsable de ne pas accepter», a fait savoir la Maison blanche.

La dernière rencontre entre les deux présidents remonte à 2013. En marge du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, on avait vu Barack Obama et Vladimir Poutine tirer leurs chaises dans un coin de la salle pour avoir un aparté. Aucun entretien officiel n’avait été prévu, la tension entre les États-Unis et la Russie étant déjà à son comble à cause de l’affaire Snowden, du nom de ce «lanceur d’alerte» qui avait trouvé refuge en Russie après avoir dénoncé les méfaits de la NSA. La crise en Ukraine et l’annexion de la Crimée n’ont rien arrangé. Vladimir Poutine a été suspendu, sinon exclu, du sommet des principales puissances industrielles du monde, dit G7 puis G8 après l’entrée de la Russie. Mise à part une brève rencontre lors des célébrations marquant le 70e anniversaire du débarquement en Normandie en juin 2014, les deux hommes ne s’étaient pas revus.

Relatif ostracisme

Il serait excessif d’en conclure que Vladimir Poutine était «isolé» dans la communauté internationale. Certes, sa fréquentation était mal vue dans la plupart des pays occidentaux mais le chef du Kremlin a tenté de compenser ce relatif ostracisme en multipliant les rencontres avec divers responsables internationaux, pas toujours recommandables, et en mettant en scène un rapprochement ambigu avec la Chine. Tout en refusant qu’il soit réintégré dans le cénacle des grands dirigeants du monde, François Hollande et Angela Merkel n’ont pas rechigné à le rencontrer à plusieurs reprises – et une nouvelle réunion tripartite devrait avoir lieu début octobre à Paris. Ils n’avaient guère le choix. Dans la crise ukrainienne, il est un interlocuteur incontournable et, si l’on veut trouver une issue négociée, il n’y a pas d’autre choix que de parler avec Vladimir Poutine. Et ce que font directement ou indirectement tous les responsables occidentaux, qu’ils le reconnaissent ou non, qu’ils s’en vantent ou qu’ils le cachent honteusement. Le dialogue avec la Russie du côté européen –et américain– n’a jamais cessé, ce qui relativise beaucoup les exhortations de certains hommes politiques français à «parler avec Vladimir Poutine».

Il est fondamental pour Poutine de se présenter comme l’égal du chef de la Maison Blanche

Mais il est vrai que les réunions au sommet entre présidents américain et russe a une symbolique d’une autre portée. Le ballet à Moscou de dirigeants de puissances de seconde zone ne saurait faire oublier qu’il est fondamental pour Vladimir Poutine de se présenter comme l’égal du chef de la Maison Blanche. Pour Barack Obama, il était essentiel de montrer que la violation du droit international que représentent l’annexion de la Crimée et le soutien armée apporté aux séparatistes de l’est ukrainien ne pouvaient pas rester sans conséquence. Si le président américain a changé d’avis, c’est parce qu’il a fini par faire sien le raisonnement de François Hollande ou d’Angela Merkel. C’est l’Ukraine qui a poussé le président français et la chancelière allemande à négocier avec Vladimir Poutine. C’est la Syrie qui oblige Barack Obama à rencontrer le président russe à New York.

À l’été 2013, Vladimir Poutine avait déjà tiré Barack Obama d’un mauvais pas. Après avoir défini l’utilisation des armes chimiques par Bachar el-Assad comme une «ligne rouge» dont le dépassement devait provoquer une intervention aérienne des États-Unis, le président américain a reculé devant un refus éventuel du Congrès. Était-ce une idée de John Kerry, secrétaire d’État américain, ou une initiative d’origine russe? Toujours est-il que Vladimir Poutine s’est donné le beau rôle en imposant une destruction des armes chimiques syriennes.

Escalade militaire

Deux ans après, Vladimir Poutine a de nouveau repris la main en Syrie. En consolidant la présence militaire russe dans le pays et en cherchant, avec un succès inégal, de constituer autour de la Russie une coalition destinée à combattre Daech, il est devenu un acteur central de l’imbroglio moyen-oriental. Il a déjà obtenu un succès, en aggravant la perplexité des Occidentaux quant à ses objectifs. Ce qui paraît sûr est qu’il a fait monter les enchères dans la perspective d’une négociation. On notera que cette négociation a déjà eu lieu, sous la forme de deux conférences à Genève, en 2012 et 2014. Il s’agissait alors d’organiser la transition entre le régime de Damas et un gouvernement d’union nationale. La Russie était partie prenante mais elle a refusé d’exercer une pression suffisante sur Bachar el-Assad pour qu’il accepte de quitter le pouvoir.

Poutine est devenu un acteur central de l’imbroglio moyen-oriental

Depuis, l’équation s’est largement modifiée. L’État islamique a progressé. Les différents groupes d’opposition en Syrie ont gagné du terrain à tel point que Damas parait menacée. Si l’on ajoute que Vladimir Poutine s’inquiète que quelque 3.000 russophones se battent dans les rangs de Daech et peuvent téléguider des attentats en Russie, on comprend qu’il y ait une urgence pour le chef du Kremlin. Moscou ne peut pas perdre la Syrie. La base de Tartous est son seul point d’appui dans la Méditerranée orientale et le régime baasiste –au-delà de la personnalité d’Assad lui-même– son dernier allié, que l’Iran cherche à lui contester.

Dans un premier temps, les Américains veulent tester les intentions de la Russie. L’escalade militaire a-t-elle uniquement pour but de se battre contre l’État islamique? En quoi les fusées sol-air qui ont été transférées en Syrie peuvent-elles servir contre Daech, qui ne possède pas d’aviation? Jusqu’à quel point le Kremlin fait-il une différence entre le régime baasiste de Damas et la personne de Bachar el-Assad? Pour Vladimir Poutine, l’essentiel est que Barack Obama lui pose des questions. Le fait même souligne son rôle central. Les réponses viendront –peut-être– dans un deuxième temps.

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