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Et si l’art contemporain trouvait un nouveau souffle grâce à l’auto-édition?

Nicolas Haeni et Thomas Rousset pour Self Publish, Be Happy.

Nicolas Haeni et Thomas Rousset pour Self Publish, Be Happy.

Entre croissance de l’auto-édition et hermétisme des lieux d’art à la jeune création, le livre d’artiste devient un support privilégié de l’art contemporain.

http://www.kesselskramerpublishing.com/«La photographie entretient une relation particulière avec l’édition indépendante et l’auto-édition. C’est là où l’on trouve l’innovation, l’originalité et un système D fécond.» Des propos tenus par Simon Baker, conservateur à la Tate, il y a très exactement un an de cela lorsque Libération le questionnait sur sa photo du moment. M. Baker voit juste –sans doute une déformation professionnelle–, l’auto-édition offre tout l’espace d’audace et d’authenticité faisant cruellement défaut à l’artiste contemporain.

Ces dernières années, la cote de l’artiste-éditeur (ou artistes du livre) culmine, voyant de plus en plus d’artistes –photographes comme plasticiens– investir l’objet livre pour générer une œuvre d’art à son échelle (en édition généralement très limitée). Le livre d’artiste (ou livre objet), dont la bonne santé est souvent apparentée à l’essor de l’auto-édition, connaît pourtant une tradition singulière. Et c’est avec cette même tradition que la création contemporaine, même parmi la plus avant-gardistes, renoue pour répondre à l’asphyxie de l’art contemporain. L’artiste-éditeur de 2015 voit dans l’auto-édition un support idéal et incorruptible pour faire circuler ses idées, à l’instar des futuristes (années 1930) et des constructivistes (années 1910). Il trouve dans l’auto-édition un médium malléable pour questionner le statut de l’œuvre, comme Dada (années 1910) et les surréalistes (années 1920). Il s’inscrit dans l’esprit de débrouille DIY et d’indépendance du fanzine de la contre-culture 60’s et du punk 70’s. L’auto-édition promet à l’artiste une autonomie totale dans sa manœuvre. Elle finit par bouleverser le statut de l’artiste (devenant éditeur ou graphiste et réciproquement) ainsi que la manière de produire et diffuser l’art contemporain et exacerbe les failles de plus en plus béantes de l’exposition comme manifestation.

Point d’orgue d’un mouvement qui prend conscience de lui-même, paraîtra à la rentrée Self Publish, Be Happy, ouvrage supervisé par Bruno Ceschel et voulu par son auteur comme un grand précis du photobook DIY, un manifeste et un panorama (imprimé) sur le dynamisme de cette scène. Bruno Ceschel, Italien installé à Londres, est à la tête d’une plateforme aussi nommée Self Publish, Be Happy, valorisant depuis plusieurs années le renouveau du livre d’artiste. Ce premier ouvrage, il l’a conçu comme «un appel aux armes, un cri de ralliement pour prendre partie, pour agir, pour partager». Acteur de cette scène et témoin en surplomb de sa vivacité, Bruno Ceschel voit dans l’amour porté au livre d’artiste un changement culturel épaulé par la facilitation technologique:

«D’un point de vue technologique, tu as la possibilité d’imprimer des photobooks très facilement aujourd’hui, même si ça reste relativement onéreux. Il existe quantité d’imprimeurs qui proposent d’imprimer en petite quantité, aussi bien online que offline, dans des imprimeries physiques. Et puis Internet a permis de trouver un réseau plus simplement. Tu peux créer un site facilement, promouvoir le livre sur les réseaux sociaux très amplement et recevoir de l’argent sur un compte paypal. Et puis d’un point de vue culturel, on a regagné de l’intérêt dans l’éthique et la philosophie DIY.»

Couper avec la machine capitaliste

Il est vrai que le contexte technologique raccourcit considérablement le chemin entre un artiste et son ouvrage imprimé. Les options d’impressions sont nombreuses. On trouve aussi bien Blurb (online), comme le made in China, assommant toute concurrence pour une qualité plus que décente. Escourbiac (Toulouse) et STIPA (Montreuil) sont des noms fréquemment nommés lorsque l’on privilégie le made in France. Raccourci, le trajet vers son public l’est tout autant, les réseaux sociaux permettant une promotion à moindre frais auprès d’une communauté que l’on s’est massivement constituée online.

Néanmoins, l’essor du livre d’artiste prendrait appui sur une réalité conjoncturelle de l’art contemporain. Dans l’art, on ne s’auto-édite pas par rejet des maisons d’éditions comme dans l’édition traditionnelle. L’avant-garde dialogue mal avec les logiques rentables des institutions culturelles et le livre-objet s’avance comme la meilleure réponse de la création contemporaine face à la fermeture que lui oppose le très courtisan milieu de l’art. C’est ainsi que s’est crée il y a cinq ans, à Paris, Offprint, salon des pratiques émergentes dans l’édition consacrée à la création contemporaine. Offprint est voulu comme un moment pour que se rencontrent, dialoguent et exposent ces artistes de l’édition. Yannick Bouillis, son fondateur, analyse l’émergence du mouvement:

Dans l’art, on ne s’auto-édite pas par rejet des maisons d’éditions comme dans l’édition traditionnelle

«[L’auto-édition est un] mouvement qui est très puissant dans l’art contemporain. L’auto-édition et les éditeurs d’art sont en train de reprendre la main sur les avant-gardes face à la muséalité.

 

Cette fermeture progressive des musées à l’avant-garde est due non pas tellement au personnel des musées, comme les commissaires d’expo, mais aux contraintes qui pèsent sur un musée, essentiellement budgétaires. Il n’y a plus d’argent, il faut faire rentrer du public, vendre des tickets. Il y a des mécènes qui pèsent aussi sur l’image et veulent des rendements d’images. Il y a des villes qui veulent donner une bonne image de la ville par l’art, par la gentrification. On trouve tout un ensemble de facteurs qui changent la mission d’un musée et cela devient très difficile à gérer pour les conservateurs et commissaires d’expo. Ça devient très difficile de conserver l’ambition de défendre la jeunesse. Les musées sont contraints par les politiques économiques, les politiques de la ville, d’aller vers du plus certain et délaissent les avant-gardes, qui trouvent dans le livre une manière de s’exprimer. […]

 

Le monde de l’art est assez hostile, il est conçu comme une forteresse, il est assez violent. Pour un artiste, à choisir entre essayer de réseauter pendant des années pour obtenir une petite expo de trois mois dans un petit espace et faire un livre qui existe pendant des années, le choix se fait facilement.»

«L’art contemporain aujourd’hui c’est plus du tout une contre-culture, il accompagne complètement la violence du monde voire la légitimise malheureusement avec le mécénat de grandes entreprises. Les jeunes générations sont redevenues vachement plus critiques vis-à-vis de ça», confirme Yannick Bouillis. L’auto-édition quant à elle transmet le plus fidèlement la parole d’un artiste. Il est cet espace fertile d’audace, d’innovation voire de transgression que l’art aontemporain ne peut plus se permettre. Paramètre qui inquiétait Yves Michaud, en 2009, lors d’un entretien paru dans Télérama«les seules transgressions qui persistent sont clandestines, ignorées même du milieu de l'art»; avant d’engager un plus loin une idée plus précise: «La véritable audace, aujourd'hui, c'est de se déplacer, de passer à d'autres formes.»

Paradoxalement, l’avant-garde qui avance par rupture avec le passé doit aujourd’hui renouer avec la tradition du livre pour porter sa parole auprès du public. C’est le cas plus largement, de la création contemporaine, qui, dans son grand ensemble, est abandonnée au seuil de l’institution. Mais si le monde de l’art n’a plus les moyens d’entendre l’avant-garde et les artistes contemporains, l’avant-garde et les artistes contemporains deviennent de plus en plus sourds au monde de l’art. La dimension politique et morale qui amène l’artiste à s’auto-éditer est de plus en plus importante. Entre critique, lassitude et désillusion engendrée par l’impuissance des institutions publics et le jeu de séduction à livrer face au mécénat ou l’investissement privé, l’artiste-éditeur veut couper avec la machine capitaliste et laisser parler l’art pour et par lui.

Entre essayer de réseauter pendant des années pour obtenir une petite expo de trois mois dans un petit espace et faire un livre qui existe pendant des années, le choix se fait facilement

Yannick Bouillis, fondateur d’Offprint

Rapport à l’objet

Ce passage à d’autres formes n’est pas nécessairement une réponse à l’heure digitale, comme il serait légitime de le penser de prime abord. Contrairement au retour du vinyle en musique, l’artiste-éditeur ne s’oppose pas à la numérisation massive des contenus ni à l’ère de la dématérialisation. Déjà parce que l’auto-édition se considère au sens large –parlons de publishing–, les blogs ou entités internet sont largement consacrés au sein du mouvement. Néanmoins, réside et résiste dans la dernière génération d’artistes contemporains –celle des enfants du numérique– un véritable amour de l’objet. En avril dernier, le monde commémorait le centenaire du génocide arménien. À cette occasion paraissait Menq Enq Mer Sarere («Nous Sommes Nos Montagnes»), ouvrage sondant la mémoire arménienne par l'intime et le souvenir familial, auto-édité par les sœurs d'Orpheus Standing Alone (Anna Lounguine, 21 ans, à l’écrit et Camille Lévêque, 29 ans, à la photo). Un travail sur la mémoire si intimiste qu’il n’aurait pu prendre corps autrement qu’en un livre-objet, comme le raconte Camille, un des hémisphères du duo:

«Notre rapport à l'objet est tout à fait spirituel, quasi religieux, nous sommes grandes collectionneuses et affectionnons l'objet, et les objets de la mémoire. Le livre symbolise magnifiquement une sorte de mémoire éternelle, de transmission d'arts et de savoir. […] Nous travaillons sur l'objet livre mais en repoussant ses limites, avec des accompagnements sonores, des éléments uniques (photos) comme une boîte de famille.

 

Le contenant est aussi important que le contenu. En ça, nous ne sommes pas du tout intéressées par des expositions. Nous adorons ça et attachons grand intérêt à un beau travail de scénographie mais ce n'est en aucun cas la façon dont nous imaginons approcher notre travail et le présenter à un public.

 

Donc l'auto-édition a été une évidence depuis le début, et ce, pour une raison simple: la liberté. Nous voulons être maitres de l'objet de A à Z et nous envisageons la création de nos livres en prenant l'aspect de la confection en compte dès le début.»

Espace de publication

Camille Lévêque qui admet voir une action de l’époque s’exercer sur le livre d’artiste: «L’époque est favorable pour s'auto-éditer. Dans un contexte où l’on voue un culte à l'éphémère, au rapide, beaucoup de gens se tournent, se retournent sur l'objet du livre.»

Photo du compte Instagram de Self Publish, Be Happy | Capture d’écran

Cette substitution de l’espace physique à l’espace de publication, le lieu d’édition, permet de penser intégralement le contenant de l’œuvre. De sa couverture au grammage de ses pages, l’interactivité à entretenir avec le lecteur, la relation intime à tisser avec lui. David Alan Harvey notamment, a constitué son ouvrage photo Based On True Story de pages volantes pour que le lecteur le repagine et lui donne la narration souhaitée. Sans compter que ce lieu d’édition se vend, circule et perdure.

Naturellement, l’art contemporain se dissout d’un côté pour se recomposer doucement d’un autre. Les publications et les éditeurs prolifèrent. Le nombre de manifestations, toujours croissant, joue un rôle essentiel. Il y en a «quasiment une par semaine maintenant dans le monde», confirme Yannick Bouillis, qui sait que, pour une population ne pouvant s’offrir le loyer d’une librairie, ces événements sont devenus «un grand moment économique, autant de ventes que de partages de projets». Plus d’événements, c’est en filigrane un public que l’on voit s’agrandir. Ils étaient 43.000 au NYC Art Book Fair et LA Art Book Fair combinés. Dès sa première édition en 2010, Offprint recevait 4.000 visiteurs.

Dans un contexte où l’on voue un culte à l'éphémère, au rapide, beaucoup de gens se tournent, se retournent sur l'objet du livre

Camille Lévêque, auteure avec Anna Lounguine de Menq Enq Mer Sarere

Face à un tel succès, des grandes rencontres françaises de la photo se sont dotées d’appendices dédiés aux livres d’art. Le Cosmos Arles Books du côté des Rencontres photographiques d’Arles et le Paris Photo–Aperture Foundation PhotoBook Awards côté Paris Photo. Le premier, via son dummy book award, dote son vainqueur de 25.000 euros d’aide à la publication, le second de 10.000 dollars. Pas encore la part belle à l’auto-édition. Ironie du sort, internationalement, les dernières manifestations importantes d’artistes-éditeurs ont été accueillies par les grandes institutions de l’Art contemporain que sont la Tate, l’ICA, le PS1 ou le MoCA. Quand les artistes-éditeurs tentent de s’avancer vers un plus large public dans l’Art contemporain, les musées d’Art contemporain, eux, profitent d’une énergie qu’ils ont failli à valoriser. Quand l’Académie ouvre ses portes au «salon des refusés»

«Prolétariat culturel»

Pour Bruno Ceschel, le succès actuel des artistes-éditeurs se mesure hors des chiffres. Il réside dans le bouleversement des modèles qu’a engendré le livre d’artiste: «On voit de tout: de l’affreux au sublime. Et toutes les nuances comprises entre. Et la part sublime a vraiment été un défi stimulant pour les modèles traditionnels d’édition. Pendant que le milieu s’écroulait ces dix dernières années, notamment à cause d’Amazon, on voyait apparaître paradoxalement parmi ce que le livre d’art compte de plus sophistiqué. D’un côté on note des baisses autant dans la vente que dans l’édition de livres et de l’autre on remarque que l’auto-édition grandissante a vraiment eu un impact dans la manière dont le livre est considéré.» Mais si vous questionniez la plupart des acteurs du milieu sur la signification du succès dans la discipline, on vous répondrait que c’est de pouvoir financer son prochain projet.

Si la taille et le nombre de manifestations augmentent remarquablement d’années en années, si le public est de plus en plus important, la question des flux financiers brûle les lèvres. Le marché de l’art, forteresse hermétique dont bénéficie peu d’élus, voit-il une alternative se former sur sa gauche? Non. À vrai dire, s’il existe bien un marché du livre d’artiste, pas ou peu d’argent qui circule et il est encore trop peu structuré pour devenir un objet spéculatif. Et c’est sûrement mieux ainsi, la force et la vigueur de la proposition artistique demeurent intactes, comme l’analyse Yannick Bouillis:

«Les artistes vendent à perte, personne ne peut en vivre. Et ceux qui arrivent à en vivre en vivent plus que modestement. C’est le prolétariat culturel, on n’est même pas dans la classe moyenne. Il y a une dimension économique qui est inexistante. La plupart des artistes ont un autre boulot. Si je vivais d’Offprint, je serais dans une dynamique de rentabilité et Offprint aurait un autre visage. […] L’artiste-éditeur ne fait d’argent, c’est un passionné. S’il voulait gagner de l’argent, il ferait un autre livre.»

Quant à une alternative au marché de l’Art: «Sur le livre d’artiste, il y a un marché qui s’est créé. Ce sont des marchés de niche avec des prix ridicules. [...] C’est anecdotique comme marché. C’est similaire à collectionner les pin’s». Pas de marché parallèle donc mais un court-circuit très paisible, où ça n’est plus la demande qui fixe le prix. Et il est indéniable que le prix des pièces, leur format, le livre et leur tirage à plusieurs exemplaires ouvrent une nouvelle accessibilité, plus populaire, plus démocratique à l’art contemporain, l’installant à loisir chez le quidam.

Terreaux fertiles

Le prix des pièces, leur format, le livre et leur tirage à plusieurs exemplaires ouvrent une nouvelle accessibilité plus démocratique à l’art contemporain

Et comme le confirme Camille Lévêque, «c’est un domaine où il y a très peu d'argent, quasiment pas, mais qui regroupe de grands passionnés, de grands artistes qui montrent une grande dévotion dans leur travail et c'est incroyablement inspirant d'évoluer professionnellement dans un entourage pareil». Camille Lévêque qui, comme sa sœur Anna Lounguine, a dû s’expatrier pour faire vivre leur projet Orpheus Standing Alone et exister en tant qu’artiste:

«La France n'a pas une culture d'initiative individuelle comme les pays anglo-saxons, déplore-t-elle. Elle fonctionne beaucoup par dépit. On s'auto-édite parce que personne ne veut nous éditer, on monte son entreprise parce que personne ne veut nous engager. L'initiative est rare, isolée, mal aidée par le gouvernement, mal assimilée ne serait-ce que par son statut social ou même dans l'opinion générale. Je suis basée aux États-Unis et Anna à Londres, nous baignons donc dans deux cultures qui encouragent très fortement l'auto-entreprenariat et soutiennent énormément l'édition.»

Même constat cinglant du côté Yannick Bouillis, pour qui l’initiative et la création française sont pénalisées par des institutions figées:

«En France, tu es jeune, tu as une idée, tu es mort dans la seconde. C’est non tout de suite. C’est le pays qui dit non. Il y a une inertie structurelle terrible, c’est très compliqué en France de monter un projet. […] Ce qui crée, génère du mouvement, ça modifie la structure sociale et ça fait peur. Donc ça doit être contrôlé. L’administration française à un rôle de contrôle via un système règlementaire, ça pénalise les initiatives. On n’est pas dans une culture de service».

Il est vrai que, sur la cartographie de livre d’artiste, la Californie comme Londres demeurent deux des capitales actuelles du livre d’artiste. La première jouie toujours du passé hippie de San Francisco et de la présente communauté punk d’Oakland. Sans compter l’esprit d’initiative primordiale chez les américains. Le Public Notice de Nathaniel Russel, véritable recueil (évidemment auto-édité) de farces situationniste, aurait eu du mal à connaître pareille notoriété en existant ailleurs. Londres, quant à elle, bénéficie du culte voué à l’avant-gardisme en Angleterre associé à une absence quasi totale d’espace en galerie pour la jeune création dans la capitale (point de vu partagé par Simon Baker, de la Tate).

Fait curieux, les Pays-Bas sont unanimement cités comme un eldorado créatif. «C’est dû à une efficacité institutionnelle, nous explique Yannick Bouillis. Les mecs ont faim, il y a des milliers de choses qui se sont montées. Et si tu te plantes, il y a un filet au sol. C’est une social-démocratie à la scandinave, tu es repris en main. C’est très stimulant, ils ont une culture du risque et de l’innovation et en même temps ils n’abandonnent pas les gens.» C’est de ce terreau fertile qu’ont éclos Erik Kessels et Maurice Van Es, sûrement deux des artistes-éditeurs les plus marquants de leur génération.

Selon Bruno Ceschel, l’isolement peut être vecteur de créativité: «Nous recevons beaucoup de choses de Pologne et de coins très isolés du marché de l’art. L’auto-édition permet de mettre en valeur et de faire circuler leurs travaux.» L’isolement, même provoqué par la censure, a poussé l’artiste-éditeur chinois Ren Hang à s’auto-éditer pour faire circuler ses travaux. Il s’est propulsé depuis au premier rang mondial.

Si la France ne fait pas honneur à son passé d’avant-garde et d’honorables artistes-éditeurs (Dada, les surréalistes) ou de penseurs du livre objet (Sophie Calle), elle jouit d’événements à la résonance mondiale comme Offprint, une des trois foires les plus importantes mondialement dans le domaine. Hélas, si des espaces dédiés aux livres poussent dans d’importants évènements comme Paris Photo ou Arles, ils semblent s’aligner sur d’autres festivals internationaux et se positionnent presque en queue de comète. Chose plus étonnante dans le cas de Paris Photo puisque son créateur fut à l’initiative de l’International Photobook Award au milieu des années 1990. Gageons que la dernière génération d’artistes français, plus autonome voyageuse et critique, offre des perspectives plus prolixes à la création nationale.

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