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Patrick Pelloux: «Je reste Charlie Hebdo dans l'âme, mais il faut savoir tourner la page»

Luz et Patrick Pelloux, le 13 janvier 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Luz et Patrick Pelloux, le 13 janvier 2015. REUTERS/Philippe Wojazer.

Après le dessinateur Luz, c'est l'urgentiste qui annonce son départ de l'hebdomadaire satirique.

Après le dessinateur Luz, c'est un autre cadre de Charlie Hebdo qui va s'en aller début 2016, un an après l'attentat qui a endeuillé le journal: l'urgentiste Patrick Pelloux a annoncé, dans un entretien à la radio étudiante Web7Radio mis en ligne samedi 26 septembre, qu'il quitterait prochainement le magazine satirique

«Si j'ai décidé d'arrêter d'écrire dans Charlie Hebdo, c'est parce qu'il y a quelque chose qui est fait, quelque chose qui est peut-être abouti, qui est terminé. [...] Je reste Charlie Hebdo dans l'âme mais il faut savoir tourner la page un jour. [...] Je pense que je n'apporte plus rien à ce journal, qu'il y a des espèces de haines que je peux comprendre, latentes, sur les faits, sur ce qui s'est passé et il arrive un moment où il faut savoir s'en aller quand les choses sont terminées, explique-t-il dans cet entretien où il se plaint notamment des polémiques médiatiques autour des attentats. Je finirai l'année et sans doute début janvier, un truc comme ça, je m'en irai sans tambours ni trompettes. C'est pour ça que je suis très content de l'annoncer dans une radio de lycéens parce que les autres médias ont tiré un peu trop sur Charlie Hebdo avec des choses toutes faites.»

Cette démission a été confirmée à l'AFP par Zineb El Rhazoui, une journaliste de Charlie Hebdo opposée à la direction actuelle, selon qui ce départ et celui de Luz sont «le signe que ça ne se passe pas bien avec la nouvelle direction». Le rédacteur en chef, Gérard Biard, a indiqué à l'AFP ne pas être au courant de la décision de Patrick Pelloux.

Le départ de Patrick Pelloux avait été évoqué en juin par le Nouvel Observateur. Dans une enquête publiée dans son numéro d'octobre, le magazine Vanity Fair raconte que l'urgentiste avait failli annoncer son départ cet été, préparant une dernière chronique titrée «Raccrocher les crayons» qui se concluait par «Je m’en vais sans tambours ni trompettes, avec le bonheur d’avoir été pendant un temps de ma vie dans un magnifique journal»:

«Les quelque 300.000 lecteurs de Charlie Hebdo n’ont pas eu droit à ce vibrant au revoir. Au dernier moment, Patrick Pelloux a préféré le remplacer par une chronique sur les vertus du yoga. [....] Les raisons de sa volte-face semblent un peu confuses. "Quand je suis passé au journal, bafouille-t-il, la secrétaire de rédaction, Luce, était en larmes. Je n’aime pas faire de mal, vous savez, je déteste faire de la peine aux gens." Il verse du thé vert dans sa tasse Mickey, avant d’ajouter avec ce ton toujours lyrique, plein d’emphase, comme s’il tenait une AG: "Imaginez un peu mon départ en plein été, dans une actualité creuse, ça aurait fait la 'une' des journaux: 'Pelloux s’en va', quel bazar! Alors je suis allé voir Riss et je lui ai dit que finalement, je restais."»

Le dessinateur Luz, qui avait fait part de son intention de quitter l'hebdomadaire satirique il y a plusieurs mois, va officiellement cesser sa collaboration la semaine prochaine. Dans un entretien qu'il nous avait accordé fin mai, il expliquait:

«J’aurais pu choisir de garder tout ça pour moi et de continuer à faire des caricatures d’Hollande dans Charlie. Mais, à un moment donné, le dessin m’a dit: "Amuse-toi". Sauf que ce ne pouvait plus se passer plus dans la cour de récré de Charlie. Et ce qui est purement politique politicienne ne me fait plus marrer.»

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