Science & santé

On a enfin photographié le (très beau) martin-chasseur à moustaches

Rachel E. Gross, traduit par Leïla Marchand, mis à jour le 25.09.2015 à 16 h 57

Le peuple des Uluna-Sutahuri de Guadalcanal parle depuis longtemps de cet oiseau légendaire. Jusqu’à présent, seules trois spécimens femelles avaient été capturés et étudiés.

Martin-Chasseur à moustaches | Crédits: American Museum of Natural History/Rob Moyle

Martin-Chasseur à moustaches | Crédits: American Museum of Natural History/Rob Moyle

Que le martin-chasseur à moustaches soit un véritable oiseau est difficile à croire. Premièrement, il ressemble plus à une peluche qu'à un oiseau. Deuxièmement, on ne le trouve que dans des îles reculées battues par les embruns, tout comme le pokémon légendaire Artikodin. Enfin, il a longtemps échappé aux hommes, avec seulement trois spécimens capturés, trois femelles.

«Beau, mais très énigmatique, c'est la façon dont le décrit birdlife.org. Très peu d'observations faites, et le plumage des mâles reste inconnu.»

Jusqu'à maintenant. La semaine dernière, une équipe menée par Chris Filardi, directeur du programme Pacifique au Centre pour la biodiversité et la conservation du Muséum d'histoire naturelle américain a identifié et photographié le tout premier martin-chasseur à moustaches mâle.

Gloire moustachue

C'est arrivé un beau matin alors que leur équipe analysait la biodiversité dans les forêts montagneuses de Guadalcanal, dans les îles Salomon. Soudain, Chris Filardi a entendu un cri sans équivoque: «Ko-ko-ko-kokokokokokokoko-kiou!» Une forme noire a traversé le chemin. Puis, une fois la silhouette en plein soleil, il l'a reconnu: le martin-chasseaur à moustaches dans toute sa gloire moustachue.

Crédit: American Museum of Natural History/Sammy Qalokale

Il a posé ses jumelles. Il n'en avait plus besoin:

C'était comme de trouver une licorne

Chris Filardi, directeur du programme Pacifique au Centre pour la biodiversité et la conservation du Muséum d'histoire naturelle américain

«C'était comme de trouver une licorne, raconte-t-il à Slate.com. C'est inimaginable. Vous en avez rêvé. Vous pouviez presque le sentir. Et soudain, il est là».

Cet oiseau, «je l'ai cherché pendant près de vingt ans», dit-il dans un post de blog magnifiquement écrit. L'un des oiseaux les plus mal connus au monde était là, devant moi, comme une créature de mythe devenue réalité»

Chris Filardi tenant une peluche non, un martin-chasseur | Crédit: American Museum of Natural History/Rob Moyle

Mbarikuku légendaire

Grâce à Chris Filardi et à son équipe, nous pouvons maintenant décrire le plumage du mâle: sa tête est d'un orange roussi, son bec est comme une carotte ouverte en deux, et sa «moustache» a la forme de deux bandes violettes, une partant de son menton, et l'autre de ses yeux, lui donnant à la fois un air apprêté et digne. Plus bas, son plumage pelucheux déborde, comme courroucé, sur sa poitrine ronde et pâle.

Le nombre de spécimens est estimé entre 250 et 1.000, et il va en diminuant

Le peuple des Uluna-Sutahuri de Guadalcanal parle depuis longtemps de cet oiseau légendaire, qu'ils appellent le Mbarikuku. Mais c'est la première fois qu'il est photographié et enregistré. À cause de la dégradation de son habitat naturel (exploitation forestière) et l'augmentation de ses prédateurs (des chats envahissants), le martin-chasseur est excessivement rare. Le nombre de spécimens est estimé entre 250 et 1.000, et il va en diminuant.

Les forêts montagneuses de Guadalcanal | Avec l’aimable autorisation de l’American Museum of Natural History et Patrick Pikacha

Auparavant, les taxonomistes le regroupait avec un autre très similaire, le martin-chasseur moustachu de Bougainville. Les nouvelles observations menées par l'équipe de Chris Filardi révèlent qu'il s'agit certainement d'une espèce différente, comme le montre son cri distinctif, son isolation reproductive et son histoire, et son «plumage radicalement différent». L'étape suivante sera les résultats des tests génétiques, faits sur le spécimen capturé, pour voir à quel point les deux espèces sont différentes. 

Comme Chris Filardi le résume: «La question est: sont-ce un tigre de Sibérie et un tigre du Bengale, ou sont-ce un tigre du Bengale et un lion?»

Rachel E. Gross
Rachel E. Gross (9 articles)
Journaliste scientifique
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