France

Les sites des partis politiques condamnés à être ringards (MàJ)

Titiou Lecoq, mis à jour le 08.01.2010 à 18 h 31

Plus modernes que le site de Ségolène Royal et coulé dans la foulée, les sites de l'UMP et de Villepin ont quand même un train de retard.

Le site des créateurs de possibles est désormais en ligne. A cette occasion, nous republions cet article de septembre dernier qui s'appuyait sur l'étude de la version bêta. Pas de différence majeure entre les deux versions du site, si ce n'est que l'horripilant substantif «nécessaire» a été supprimé, remplacé par «initiative».

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Depuis la mise en ligne de ses désirs d'avenir, Ségolène Royal se fait éreinter par les gens de l'Internet sous prétexte qu'un site 1.0 ne serait pas la pointe de la modernité. Après avoir dénoncé le «lobby internet» qui la persécuterait, formule malheureuse qui aurait facilement pu être remplacée par un éclair de lucidité sur le fait que oui, sur Internet, on a la critique facile et le mauvais esprit aisé, elle aurait lancé la construction d'une nouvelle version du site. De son côté, le «lobby internet» aurait pu apprécier la beauté nostalgique, le clin d'œil au web d'avant qu'était ce désir d'avenir dont la structure est à vendre 200 dollars sur Joomla. Pendant ce temps, la droite prépare sa propre révolution 2.0. Ça s'agite sévèrement de ce côté-là de l'échiquier politique et avec plus d'innovations. D'un côté le site de l'UMP les créateurs de possibles, et de l'autre le réseau social villepincom.net. A l'heure du procès Clearstream, la simultanéité de la mise en ligne des deux sites, en phase bêta, ouvre la voie à un nouvel affrontement.

 

La droite à l'heure du participatif

Si le plus surprenant avec le site de Désirs d'avenir a été de voir la porte-étendard de la démocratie participative opter pour un site web non-participatif, nouvel étonnement en découvrant que la droite, elle, mise sur l'exact inverse: des réseaux sociaux militants. Evidemment, les sites institutionnels et politiques ont toujours quelque chose d'inéluctablement ringard - sans doute lié à leur obligation de diffuser un discours univoque qui parait souvent outrancier - comme en témoigne la vidéo de lancement du site de l'UMP.

Nul doute que certains vont se gausser de l'enthousiasme naïf de Virginie qui, pour illustrer le propos de la voix off («elle réagit souvent aux décisions sur le pays»), bondit tel un cabri drogué au bonheur, d'autres ricaneront devant cette séquence type thriller où l'on découvre que Virginie souffre d'un trouble clairement psychotique qui la pousse à taper frénétiquement le nom de Frédéric Lefebvre dans Google car elle «traque ses interventions» (sic). De même, le slogan «rendre possible ce qui nécessaire» accomplit l'exploit de suggérer l'inverse de son sens, à savoir qu'à l'origine ce qui est nécessaire est impossible. Et le mauvais emploi de «nécessaire» sur tout le site est assez crispante. On demande aux nouveaux inscrits de «proposer un nécessaire», de «participer à un nécessaire», «de suivre un nécessaire». On peut se demander pourquoi avoir décidé de jeter aux ordures de la langue française la lexie «nécessité». Deux hypothèses non exclusives: «nécessité» peut être connoté négativement (associé à nécessiteux), proposer un nouvel emploi d'un mot donne l'impression de proposer un nouvel objet.

Les créateurs de possibles n'est pas un échec

Pour autant, la logique même qui anime les créateurs de possibles marque une compréhension assez nouvelle en France de l'utilisation qu'un parti politique peut faire du web. Il ne s'agit plus d'un site cherchant à mettre en valeur un homme politique précis à travers la publication de textes mal aérés qui fait l'essentiel du web politique traditionnel, mais de placer au centre du système le sympathisant, l'internaute, le citoyen et surtout de mobiliser sa force de travail au profit du parti. La fameuse méthode du maillage qui a permis au candidat démocrate Obama de ratisser l'ensemble du territoire américain, ville par ville. Les concepteurs ont compris qu'à l'heure de Facebook, un site ne pouvait se résumer à être une vitrine inamovible que l'internaute regarde passivement mais qu'il fallait le laisser générer du contenu - ce qui permet d'une part de créer un sentiment d'appartenance, d'utilité et d'engagement chez lui et d'autre part d'utiliser concrètement le web comme un moyen de rassembler des forces militantes éparses.

Le club Villepin

Du côté de la communauté du club Villepin, qui compte pour le moment 570 inscrits, la logique est sensiblement la même. Pourtant, le marketing du site semble moins réfléchi et donc moins verrouillé - une différence de budget? Le site n'est pas centré autour d'une priorité - comme «créer des nécessaires» - mais ressemble davantage à Facebook: on crée des événements, des groupes, sur les profils des utilisateurs on trouve de manière classique un mur, la liste des amis et les dernières activités en ligne. Les deux sites ont en commun d'insister sur une dimension peu présente sur Facebook: l'aspect local. Dans la communauté Villepin, une carte sur le profil de chaque membre permet même de visualiser précisément sa localisation. Au-delà des enjeux politiques nationaux, il s'agit donc d'inciter les militants à prendre des initiatives et s'organiser à leur niveau, par localisation géographique, en espérant que l'activité sur Internet se transformera en action concrète sur le terrain.

Les principaux écueils

Restent deux problèmes. D'abord, comment les modérateurs peuvent-ils agir dans ce contexte? Avec un espace de libre expression, on peut craindre les discours enflammés et les dérapages des militants les plus fervents qui ne comprendront pas forcément des mesures de modération. Le second problème relève davantage du paradoxe. L'incitation à l'initiative citoyenne, de la part de la majorité politique actuelle, pour améliorer le quotidien ne risque-t-elle pas de se révéler en contradiction avec l'action du gouvernement? Ce genre de regroupement se créant souvent pour réagir contre une institution, se positionner justement en opposition. A moins que les seules cibles de ces groupes soient les régions dirigées par la gauche. Une chose est certaine, les élections régionales de mars 2010 seront l'occasion d'évaluer la capacité de mobilisation de ces sites et les changements qu'ils peuvent entraîner dans les campagnes électorales.


Alors que Royal avait déclaré que les équipes d'Obama s'étaient largement inspirées de sa démocratie participative, dans la course au web entre les politiques français, la droite est en train de rattraper son retard. Le PS mise beaucoup sur LaCooPol, le site communautaire socialiste que Martine Aubry a évoqué cet été mais dont on attend toujours la mise en ligne. Pour autant, il y a bien longtemps que les spécialistes du Net ont abandonné l'utopie communautaire du web 2.0 qui devait bouleverser la place de l'individu au sein du système et si les politiques commencent à reprendre à leur compte cette rhétorique, ils risquent d'en agacer plus d'un au sein du «lobby internet». Un réseau social politique, qu'il soit dédié à un Dominique de Villepin ou un Nicolas Sarkozy, sert avant tout l'instigateur du site.

Titiou Lecoq

Image de une : photos des sites de l'Elysée, Villepincom, les Créateurs de possibles.

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