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Sida: le vaccin n'est plus un mirage

Jean-Yves Nau, mis à jour le 27.09.2009 à 21 h 43

Une étape importante a été franchie mais il faudra encore beaucoup d'investissements pour obtenir un vaccin d'une efficacité équivalente à celui contre la grippe.

Un quart de siècle après la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) une étape fondamentale semble avoir été franchie vers la mise au point d'un vaccin protecteur efficace contre le sida. Jeudi 24 septembre un groupe de chercheurs thaïlandais et américains a annoncé, à Bangkok, avoir démontré qu'un vaccin expérimental issu de la recherche de Sanofi-Pasteur (groupe Sanofi-Aventis) était capable de réduire de manière statistiquement significative le risque de contamination par le virus du sida.

Cette démonstration a été faite au terme d'un essai clinique conduit sur plus de 16.000 personnes, sous l'égide des autorités sanitaires thaïlandaises et de l'armée américaine. Il s'agit là de l'un des plus importants essais jamais conduit  dans ce domaine expérimental et c'est le premier qui conclut à réduire le risque d'infection  dans près d'un tiers des cas (31,2%).

«Ce résultat représente une percée car c'est la première fois qu'il y a une preuve qu'un vaccin contre le VIH  a une efficacité préventive» souligne-t-on auprès de Sanofi-Pasteur où l'on ajoute que ces résultats constituent la «première démonstration concrète» qu'un vaccin contre le sida  pourra un jour devenir une réalité». Il s'agit en d'autres termes, toujours pour Sanofi-Pasteur, d' «une étape scientifique marquante». L'essai du vaccin (dénommé ALVAC)  a en pratique été réalisé par le ministère thaïlandais de la santé publique. Le médecin-chef de l'armée américaine en était le promoteur officiel, et il a été financé par le gouvernement américain.

L'une des données importante tient à la fois au nombre des personnes qui ont participé à cet essai et au fait qu'il s'agissait d'un essai dit de «phase «3», dernière étape avant une possible commercialisation. Les chercheurs précisent que le protocole vaccinal est «bien toléré». Et au terme de six années de suivi il apparaît que le taux de contamination par le VIH dans le groupe des personnes qui ont été vaccinées est de 31,2% inférieur à celui observé dans le groupe des personnes ayant été vaccinées avec un placebo; le postulat étant que les comportements sexuels «à risque» ont été les mêmes dans les deux groupes. Cette réduction est à la fois qualifiée de «modeste» et de «significative» par Sanofi-Pasteur.

On ne peut toutefois manquer d'être surpris des conditions dans lesquelles ont été communiqués (conférence et communiqué de presse) des résultats d'une telle importance. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Onusida ont déclaré jeudi 24 septembre avec prudence leur «optimisme» après l'annonce à Bangkok de la mise au point d'un vaccin capable de réduire dans un tiers des cas
le risque de contamination par le virus du sida.

«Beaucoup de travail reste à faire», avertissent les deux organisations onusiennes en soulignant qu'il reste notamment à déterminer la durée de la protection, si le vaccin peut être administré dans d'autres parties du monde et s'il est efficace sur d'autres sous-types du VIH. Le vaccin, mis au point par des chercheurs américains et thaïlandais, a un «un effet protecteur modeste» (31,2% des 16.000 personnes testées en Thaïlande), relèvent dans un communiqué l'OMS et l'Onusida pour qui ces résultats soulèvent cependant «un nouvel espoir».

De tels vaccins présentant des «niveaux modestes d'efficacité semblent ne devoir être que des outils complémentaires d'autres stratégies visant à changer les comportements et les normes sociales, à promouvoir l'usage correct et raisonné du préservatif, l'accès à du matériel d'injection sûr, ainsi que la
circoncision», soulignent l'OMS et l'Onusida.

Quelques heures après la conférence de presse de Bangkok, depuis leur siège de Genève l'Organisation mondiale de la santé et  l'Onusida ont fait preuve de prudence se bornant à exprimer leur «optimisme» et considérant qu'il s'agit d'un «nouvel espoir». «Beaucoup de travail reste à faire» avertissent les deux organisations onusiennes qui prennent soin de rappeler qu'il reste notamment à déterminer la durée de la protection, si le vaccin peut être administré dans d'autres parties du monde et s'il est efficace sur d'autres sous-types du VIH que celui présent en Thaïlande.

Pour les deux organisations onusiennes un tel vaccin, compte-tenu de ses «niveaux modestes d'efficacité» semblent ne pouvoir être qu'un outils complémentaire des autres stratégies préventives : modification des comportements sexuels à risque, promotion du recours au préservatif, accès à des matériels d'injection stérile, promotion du dépistage, voire incitation à la circoncision.

«Du travail reste à faire pour mettre au point et tester un vaccin qui puisse être homologué et utilisé à l'échelle mondiale» reconnaît Michel DeWilde, vice-président recherche et développement de la division vaccin du groupe Sanofi-Aventis. Pour Christopher Viehbacher, directeur général du groupe un tel enjeu sanitaire et planétaire «dépasse ce que peut faire une seule société ou un seul pays».

En toute hypothèse seuls des investissements majeurs dans le domaine de la recherche fondamentale permettront d'envisager la mise au point d'un vaccin contre le VIH qui atteignent les même taux d'efficacité  que ceux qui existent aujourd'hui contre, par exemple, les virus de la grippe ou de l'hépatite B.

Jean-Yves Nau

Image de Une: Des manifestants demandant plus de moyens pour la lutte contre le Sida à Pittsburgh à l'occasion du G20 ERIC THAYER / Reuters

Jean-Yves Nau
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