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Accueillons nos frères et sœurs LGBT parmi les réfugiés

Vingtième Canal Gay Parade à Amsterdam (Pays-Bas), le 1er août | REUTERS/Cris Toala Olivares

Vingtième Canal Gay Parade à Amsterdam (Pays-Bas), le 1er août | REUTERS/Cris Toala Olivares

Ce sujet mineur dans le drame syrien mérite d'être discuté au grand jour.

L'arrivée de milliers de réfugiés en France est une source d'inquiétude pour une majorité de Français. Mais le tissu associatif s'est déjà engagé pour faciliter une intégration qui ne se limite pas à la recherche d'un toit. Et les associations ont de nombreuses prérogatives en ce qui concerne la prévention et l'accès à la santé. Elles peuvent ainsi aborder des thèmes de prise en charge qui font cruellement défaut dans les pays d'origine de ces migrants.

Pour la première fois, le conseil de sécurité de l'ONU a délibéré du sort dramatique des minorités LGBT dans les pays arabes et notamment en Syrie. Au plus haut niveau, on s'attaque désormais à un sujet mineur dans le drame syrien, mais qui mérite d'être discuté au grand jour. Parmi les centaines de milliers de réfugiés qui tentent de rejoindre l'Europe, le pourcentage de personnes LGBT est probablement de 10%, comme dans n'importe quel pays du monde.

Ces femmes et ces hommes, gays, lesbiennes, bi ou transgenres, ont vécu dans des pays où l'homosexualité est interdite, comme cette jeune Nigériane récemment arrivée en France ou ce jeune Syrien qui annonce être réfugié et gay. Une grande majorité a souffert d'une double vie par obligation familiale ou sociale. Beaucoup n'ont pas eu le luxe de s'affirmer sur cet aspect identitaire et intime de leur personne. Quand ils arrivent en Europe, leur urgence n'est pas de vivre cette sexualité mais leur intégration en dépend. Et la France dispose d'un important maillage associatif, LGBT ou sida, qui pourrait intervenir dans la prise en charge de celles et ceux qui en ressentent le besoin.

Il n'est pas question ici de les forcer à aborder frontalement un sujet qui a été la source de terreur pendant leur vie entière. Il n'est pas non plus question de les effrayer en les questionnant sur leur degré de connaissances des droits LGBT. Ces réfugiés ont d'autres inquiétudes en tête. Mais les conseils de santé publique s'adressent à tout le monde, surtout pour des populations de réfugiés qui ont vécu la violence et qui ont quitté leur pays avec le strict nécessaire –ou rien du tout.

L'exemple de la lutte contre le sida

Quand ils arrivent en Europe, leur urgence n'est pas de vivre cette sexualité mais leur intégration en dépend

Le Conseil de l'Europe a émis un rapport sur la lutte contre le VIH auprès des migrants et des réfugiés. On pourrait imaginer aujourd'hui un dépistage rapide du VIH d'une manière quasi systématique. L'outil est performant. Depuis plusieurs années, les associations AIDES et Médecins du Monde procèdent à des dépistages rapides dans les quartiers français, c'est un moyen sûr et expérimenté pour aborder les interrogations sur la sexualité. C'est une question de bon sens: il vaut mieux dépister avant que des cas éventuels de contamination aient lieu. Parmi toutes les aides qui peuvent être offertes à ces populations, une mise à disposition de brochures, préservatifs et gels lubrifiants est quelque chose que les associations européennes savent bien faire, sans choquer les personnes. Il n'y a pas de pénurie de matériel de prévention en France. Les brochures existent ou peuvent être imprimées en urgence et il est facile d'en trouver traduites dans d'autres langues. Les associations en ont les moyens.

Bien sûr, on peut s'attendre à ce que les partis de droite ou le Front national s'insurgent contre la prise en charge médicale des affections de longue durée (ALD) de ces étrangers. Pourtant, en matière de santé publique, le rapport coût/efficacité du dépistage est toujours plus efficace que l'inaction. Rappelons que toute personne séropositive bénéficie théoriquement, dans notre pays, d'une prise en charge à 100%. Et cette loi s'applique pour tous.

L'aide LGBT et sida, aussi mineure soit-elle, doit être la contribution de la communauté LGBT en direction des réfugiés. Surtout que l'Europe reste en retard sur le sujet de l'accueil des demandeurs d'asile LGBT, comme le raconte cet article de The Advocate qui décrit la vie intenable de ces personnes dans les centres de rétention. L'exode actuel est une occasion de faire pression sur les autorités pour que ces personnes puissent être accueillies et suivies.

La France est riche de nombreuses structures héritées du combat contre le VIH, avec un matériel de prévention efficace. Par exemple, notre pays a su faire face à une migration subsaharienne à la fin des 1990 et début 2000 qui a permis de sensibiliser des milliers de familles sur la prévention et l'accès au traitement. Le Conseil national du sida a émis l'année dernière un avis qui détaille la protection sociale des étrangers vivant avec le VIH en France et l'intérêt de son évolution vers le droit. Si les Africains séropositifs sans traitement restent un sujet d'urgence, de grands efforts ont été accomplis et cette politique a porté ses fruits. C'est la preuve que des groupes fragiles face au risque du sida peuvent très vite intégrer des messages de prévention, dans le couple mais aussi dans la famille et la communauté. Ce qui a marché pour les migrants Africains peut donc marcher pour les réfugiés d'aujourd'hui.

Relancer la dynamique LGBT

 Ce qui a marché pour les migrants Africains peut marcher pour les réfugiés d'aujourd'hui

Les associations LGBT, dont certaines sont d'utilité publique, ont des prérogatives en termes de prévention et elles sont habituées à l'accueil des personnes démunies. Mais depuis l'accès au mariage pour tous, le mouvement associatif gay s'essouffle en France. L'accueil des réfugiés pourrait être un moyen de relancer cette dynamique.

L'exode massif qui se présente aux portes de l'Europe doit être facilité grâce à toutes les structures présentes, nombreuses en province, souvent financées par les pouvoirs publics. Par exemple, l'association Le Refuge est présente dans plusieurs villes de province, son savoir-faire est reconnu par les maires. Quand on réfléchit à l'accueil pluridisciplinaire envers une population fragilisée, sans futur, toutes les occasions de préparer un meilleur accueil doivent être mises en place.

La gestion de cet exode ne doit pas être vue sous le mode du business as usual. La situation est nouvelle, d'une ampleur jamais vue: toutes les associations doivent ouvrir leurs portes. Ce défi doit les inciter à lancer de nouveaux programmes. L'Inter-LGBT, reconnue d'intérêt général, devrait coordonner les initiatives.

La communauté LGBT doit s'organiser pour accueillir nos frères et sœurs LGBT parmi les réfugiés. Pour l'instant, le débat ne semble pas être lancé, seuls certains groupes minoritaires s'engagent comme cette soirée au Tango dimanche 20 septembre, organisée par la Coordination lesbienne en soutien aux lesbiennes qui dépassent les frontières. Le début d'un mouvement?

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