Partager cet article

Le Mondial de rugby est le troisième événement sportif mondial (comme beaucoup d’autres)

Devant le stade de Twickenham, le 17 septembre 2015. REUTERS/Toby Melville.

Devant le stade de Twickenham, le 17 septembre 2015. REUTERS/Toby Melville.

Derrière la Coupe du monde de football et les JO d'été, c'est la mêlée ouverte pour monter sur le podium.

Cet été, c’était le Tour de France. Dans quelques mois, ce sera l’Euro de foot. Entre temps, le Superbowl aura montré ses muscles. Mais en ce moment, c’est la Coupe du monde de rugby qui fait la belle.

Dans le sport mondialisé, rien n’est plus grand que la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques d’été. Tout ce qui compte s’y chiffre en milliards. Derrière, la hiérarchie est plus floue et alimente tous les fantasmes.

Se situer dans la roue de la Coupe du monde et des JO, c’est avoir la meilleur place au soleil. Sur les 7,3 milliards d’habitants que compte la planète, près de la moitié (3,6 milliards) ont regardé «au moins une minute» des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Pour l’avant-dernière Coupe du monde de football, en 2010, ils étaient 3,2 milliards. Les deux événements ont été diffusés dans respectivement 220 et 219 pays à travers le monde, c’est-à-dire la quasi-totalité. Il y avait 21.000 journalistes présents à Londres, contre 16.000 au Brésil. 3 milliards d’interactions sur Facebook pendant le Mondial et 150 millions de tweets pendant les JO. Ces chiffres exceptionnels, voire irrationnels, font fantasmer tout les autres acteurs de l’industrie du sport-spectacle.

«En se proclamant comme le troisième plus gros [événement sportif], les organisateurs se positionnent au-dessus de tous les autres événements et créent l’illusion qu’ils jouent dans la même cour que les deux grands [JO et Coupe du monde, ndlr], expliquait récemment le professeur Simon Shibli, responsable du Centre de recherches en sport et industrie de l’Université de Sheffield, sur le site de la BBC. C’est très séduisant pour les potentiels partenaires commerciaux et les organismes publics.» Voici la liste des prétendants et leurs arguments, plus ou moins tirés par les cheveux.

1.Coupe du monde de rugbyLe plus légitime

La compétition n’a pas trente ans mais Bernard Lapasset, président de World Rugby, y va sans complexe: «La Coupe du monde de rugby est le troisième événement sportif mondial.»

Ce qui joue en sa faveur

World Rugby a de bons arguments. Avec une diffusion dans 207 pays à travers le monde, la Coupe du monde de rugby ne se situe pas très loin des JO et de sa grande soeur du foot. Mieux encore, une étude du projet «Global Sport Impact», se basant sur 700 événements sportifs des douze dernières années, classe la Coupe du monde de rugby 2011 quatrième plus gros événement sportif mondial, derrière les Jeux Olympiques 2012, la Coupe du monde de football 2014 et… les Jeux paralympiques de 2012. Le nombre de spectateurs soutient aussi la comparaison. Deux millions de tickets avaient déjà été vendus pour l’édition 2015 sur les 2,3 millions disponibles.

Ce qui lui manque

Le rugby souffre principalement de son manque d’universalité. Si on retrouve 102 pays au classement World Rugby, le sport n’est pratiqué au haut niveau que par une vingtaine de nations. Vingt-cinq ont déjà participé à une Coupe du monde lors des huit éditions organisées depuis 1987. Parmi les vingt qui font le voyage en Angleterre cette année, douze n’ont rien manqué: Nouvelle-Zélande, Australie, Angleterre, France, Ecosse, Irlande, Pays de Galle, Italie, Roumanie, Argentine, Canada et Japon. On est bien loin des 83 nations ayant participé à un Mondial de football. Pire encore, dans le dernier carré, on retrouve (presque) toujours les huit mêmes équipes: Australie, Nouvelle-Zélande, Angleterre, Afrique du Sud, France, Argentine, Ecosse et Pays de Galles.

Notre avis

L’imitation de la Coupe du monde de football est très fidèle. Et ça paye.

2.Le Tour de FranceLe plus populaire

A chaque été, la même rengaine: «Le Tour de France est le troisième événement derrière les JO et la Coupe du monde.» Les médias et son organisateur Amaury Sport Organisation ne s’embarrassent guère de doutes. Né en 1903, l’événement cycliste annuel a eu le temps de s’installer dans le paysage.

Ce qui joue en sa faveur

Christopher Froome, vainqueur du Tour de France 2015. REUTERS/Benoît Teissier.

Toutes compétitions confondues, le Tour de France est numéro un dans la catégorie du nombre de spectateurs. Entre 10 et 12 millions se ruent chaque année sur le bord des routes: difficile de faire mieux. C’est plus qu’aux Jeux olympiques (8,2 millions en 2012) ou à la Coupe du monde de football (3,4 millions en 2014). La gratuité du spectacle contribue à la bulle, mais ce n’est pas le sujet. La Grande Boucle se vante aussi de rassembler 3,5 milliards de téléspectateurs à travers 190 pays et d'être plus ouverte que d’autres événements sportifs. Des sportifs représentant 48 nationalités y ont pris part depuis ses débuts, des Belges aux Italiens pour les habitués, en passant par les Chinois et les Erythréens pour les plus rares.

Ce qui lui manque

De la rigueur dans le recensement des spectateurs. 3,5 milliards est un chiffre à nuancer: les audiences du Tour de France sont mesurées de manière cumulée, ce qui signifie qu’un même spectateur peut être comptabilisé à plusieurs reprises s’il regarde l’événement à différents moments. La compétition dure trois semaines, certains accrocs au cyclisme comptent pour vingt! Avec le même mode de calcul, les audiences cumulées des Jeux olympiques tournent autour de 35 milliards de téléspectateurs, soit dix fois plus que le Tour. La fierté gauloise eût-elle à en souffrir, la moitié des habitants de la Terre ne vibre pas chaque année devant la montée du col du Tourmalet ou du Mont Ventoux.

Notre avis

On ne dit pas assez que le cyclisme a un don pour rassembler les hommes. Le Tour des Flandres rassemble régulièrement près d’un million de Belges autour des routes, soit environ 10% de la population du pays et dix à quinze fois plus que toute finale de Ligue des champions.

3.JO d'hiverLe plus diffusé

Le triplé français en ski-cross lors des JO de Sotchi. REUTERS/Mike Blake.

Tous les quatre ans, on cherche les frissons en se disant que le ski de fond et le curling intéressent autant les Norvégiens que les Sénégalais. L’événement, qui fêtera ses cent ans d’existence en 2024, ne provoque pourtant pas autant de passions que son grand frère estival.

Ce qui joue en sa faveur

Côté diffusion, pas de différences entre les saisons. En hiver comme en été, les JO sont retransmis dans 220 pays à travers le monde. 412 chaînes de télévision ont diffusé l’événement en 2014 à Sotchi, contre 506 pour les Jeux d’été en 2012. Cela a permis à 2,1 milliards de téléspectateurs de regarder au moins une minute de l’événement, cérémonie d’ouverture comprise. De ce côté là, la compétition hivernale se place bien au chaud sur la troisième marche du podium devant les autres événements sportifs.

Ce qui lui manque

De la diversité. A Sotchi, en 2014, seules 85 nationalités étaient représentées, contre 204 à Londres en 2012. Certes, c’est pas mal comparé aux 32 pays participant à la phase finale de la Coupe du monde de football. Mais on parle tout de même des JO, dont la force du concept réside dans l'universalité. En Russie, les douze pays les plus représentés (Russie, Etats-Unis, Canada, Suisse, Allemagne, Autriche, Norvège, France, Japon, Italie, Suède et Finlande) regroupaient 63% des athlètes. En somme, la quasi-totalité des pays où l’on peut s’imaginer poser deux RTT pour un week-end prolongé au ski.

Notre avis

Le pouvoir d’attraction des JO reste unique. Se souvenir de l’hystérie qui a saisi tous vos voisins de bureau lors de la finale du ski-cross en 2014. Si si, du ski-cross.

4.Championnat du monde de cricketLe plus british

La victoire de l'Australie en finale de la Coupe du monde de cricket 2014.

En France, le cricket, c’est 1.200 licenciés. Cela ne change rien à l’affaire: la Coupe du monde de cricket fait bien partie des événements les plus suivis au monde. Elle réunit tous les quatre ans –la même année que la Coupe du monde de rugby– entre huit et seize des meilleures équipes nationales. En 2015, elle avait lieu en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Ce qui joue en sa faveur

Le cricket est joué dans peu de pays mais par beaucoup de monde. Il s’agit du sport numéro un en Inde, qui compte 1,3 milliard d’habitants, et au Pakistan, qui en compte 188 millions. 2,5 milliards de téléspectateurs étaient attendus pour l'édition 2015. Entre 1 et 1,5 milliard de personnes ont suivi la rencontre entre l’Inde et le Pakistan. Un chiffre hallucinant. Même si l’extrême longueur des parties explique en partie ce score, il vaut à la Coupe du monde de cricket d’être tout simplement l’événement sportif unique le plus regardé en simultané. Il est capable de rassembler environ 20% de l’humanité devant son poste.

Ce qui lui manque

Le cricket reste un sport essentiellement cantonné aux anciennes colonies britanniques. S’il est bien diffusé dans 200 pays, le championnat du monde ne se dispute qu’entre 14 équipes et 23 nations, sachant que l’équipe des West Indies est multinationale. Sur les onze éditions que compte la compétition, vingt équipes seulement y ont participé. Les vainqueurs sont toujours les mêmes: Australie, Inde, Pakistan, les West Indies et le Sri Lanka. Hors de ces pays, le nom de l’Australien Mitchell Starc, meilleur joueur du mondial 2015, est beaucoup moins familier que celui de Lionel Messi, meilleur joueur de la Coupe du monde de football 2014. En France, même les noms de Nicolas Douchez ou Etienne Didot en disent davantage au fan de sport moyen.

Notre avis

Il faut voir la réalité en face. Le cricket a une force de frappe internationale monstrueuse, même si elle est invisible en France.

5.Super BowlLe plus cher

Plus grand, plus show, plus cher. Telle pourrait être la devise du Super Bowl. Depuis 1967, la finale entre les deux meilleures équipes de football américain des Etats-Unis fait partie des événements planétaires de l’année. Son concert à la mi-temps et ses publicités inédites font du Super Bowl un spectacle absolu et global. Ses images font immanquablement le tour du monde. On y accède même si on ne fait pas vraiment la différence entre les Patriots et les Seahawks.

Ce qui joue en sa faveur

4 millions

Le coût en euros d'un spot publicitaire de 30 secondes pendant le Super Bowl

Le Super Bowl est l’événement sportif le plus rentable au monde, grâce notamment à ses fameuses publicités qui interviennent durant les arrêts de jeu. Un spot pub de 30 secondes coûte 4 millions d’euros. Pas étonnant, dans ces conditions, que les droits de diffusion du championnat de NFL soient les plus chers au monde: 2,78 milliards d’euros par an (3,1 milliards de dollars). En comparaison, la chaîne Eurosport a déboursé 1,3 milliard d’euros pour obtenir les droits de diffusion des Jeux olympiques d’été et d’hiver de 2018 à 2024 en Europe. Diffusé dans 180 pays, le Superbowl 2015 a réuni environ 160 millions de téléspectateurs. C’est un peu moins que la finale de la Ligue des champions. Un peu seulement.

Ce qui lui manque

Plus encore que tout autre sport, le football américain n’est pratiqué et regardé (quasiment) que par les Américains. Sur les 160 millions de téléspectateurs en 2014, plus de 60% venaient des Etats-Unis, malgré une diffusion dans 180 pays. Le foot américain peine à s’exporter.

Notre avis

Devrait s’allier à la Coupe du monde de rugby pour sécuriser la troisième place de l’un et l’autre de manière incontestable.

6.Ligue des championsLe plus unique

Demandez à un fan de football occidental où il était le 6 juin 2015, et il vous retrouvera sans aucun souci le bar ou le canapé dans lequel il était pour regarder la finale de la Ligue des champions. La compétition, qui s’étale sur une saison et oppose les meilleurs clubs des championnats européens, est le sommet annuel du football international en dehors des années de Coupe du monde.

Ce qui joue en sa faveur

Barcelone, vainqueur de la Ligue des champions 2015. REUTERS/Darren Staples

La finale de la compétition est l’événement annuel le plus regardé au monde. Ils étaient 180 millions devant leur poste de télévision pour voir la victoire du FC Barcelone face à la Juventus Turin (3-1), essentiellement en Europe puisque c’est de là que proviennent les 77 clubs de 54 pays.

La pénétration de la compétition sur les autres continents est loin d’être anecdotique. Parmi les équipes qualifiées en demi-finale en 2015, il y avait des joueurs de 24 nationalités différentes dont la moitié n’étaient pas européennes, au rang desquels des stars internationales comme l’Argentin Lionel Messi, quadruple Ballon d’or, et le Brésilien Neymar.

Ce qui lui manque

Son impact émotionnel, restreint aux fans des clubs en lice. Même si elle reste un événement très commenté, la Ligue des champions est un cran en-dessous sur les réseaux sociaux. Elle se vante de plus de 500 millions d’interactions sur Facebook pendant la saison (qui dure près de dix mois) mais c’est assez maigre face aux 3 milliards pendant la Coupe du monde de football (qui dure un mois). Sur un événement unique, la finale reste même bien loin du Super Bowl, avec 76 millions d’interactions contre 265 millions pour la finale américaine. En même temps, Katy Perry n’a jamais chanté à la mi-temps de la finale de Ligue des champions.

Notre avis

C’est une réussite exceptionnelle pour un événement si géographiquement centré.

7.L'Euro de footballLe plus compétitif

En 2016, le championnat d’Europe de football, qui se déroulera en France, va prendre un peu plus d’ampleur. 24 équipes participeront à la phase finale pour la première fois. C’est une petite évolution pour l’événement créé en 1960 avec quatre nations, mais elle pourrait remettre en cause ce qui en fait la force: sa compétitivité.

Ce qui joue en sa faveur

L’Euro est parfois considéré comme la compétition internationale de football la plus relevée au monde. «Il y a un match de moins à gagner mais c'est plus difficile de gagner un Euro, car c'est plus dur de sortir des poules que pendant la Coupe du monde, avait ainsi affirmé Laurent Blanc, sélectionneur de l’équipe de France en 2012. Gagner un Championnat d'Europe, c'est délicat. Il y a le gratin du foot européen, qui est actuellement pas loin d'être le gratin du foot mondial.» Ce "gratin" du football permet à la compétition d’attirer des fans du monde entier. Pour l’Euro 2016, les organisateurs estiment que 45 % de la demande de billets émane de l’étranger, avec 200 pays représentés.

Ce qui lui manque

28

Le nombre de participants
aux phases finales de l'Euro
depuis 1960

L’Euro reste une compétition assez fermée. Bien que les qualifications soient accessibles à 54 nations pour l’édition 2016, seules 28 ont déjà participé à une phase finale depuis 1960. Douze d’entre elles n’ont jamais fait mieux que trois participations. L’équivalent en Amérique du sud, la Copa America, a déjà invité six équipes non sud-américaines à participer à la compétition: le Mexique (9 participations), le Costa Rica (4), les Etats-Unis (3), la Jamaïque (1), le Honduras (1) et le Japon (1). Cette ouverture, l’Euro ne l’a jamais tentée. Mais elle démange Michel Platini.

Notre avis

Même s’il ne sera jamais un pur événement mondial, il n’est pas encore allé au bout de son potentiel.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte