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En réalité, la Guerre froide s'est gagnée dans un site secret du Nevada

Premier test atomique dans le Nevada en 1953. Reuters

Premier test atomique dans le Nevada en 1953. Reuters

Le Guardian a eu exceptionnellement accès à la zone où les États-Unis ont perfectionné pendant des décennies leur dissuasion nucléaire.

C'est «le lieu le plus bombardé de toute la planète». Un site secret, perdu au milieu du Nevada aux États-Unis, sur lequel s'est joué une bonne partie de la Guerre froide. Et dont le Guardian, qui mêle pêle-mêle des cartes interactives, des vidéos et des témoignages, retrace l'histoire. 

Ce site, où a été mené entre 1951 et 1992 (date de fermeture) 928 essais nucléaires, est sans surprise, difficile d'accès. Le Guardian a exceptionnellement pu pénétrer les lieux et filmer. On apprend que, dans la hantise d'une guerre nucléaire déclarée face aux Soviétiques, les Américains ont testé de manière extrêmement poussée leur résistance et leur survie à la bombe atomique. Ils travaillaient du même coup leur pouvoir de dissuasion.

Après avoir suscité l'enthousiasme dans les années 1950 et représenté une véritable attraction patriotique (les gens viennent alors de Los Angeles voir les explosions), les tests nucléaires dévoilent progressivement leurs effets dévastateurs sur l'environnement. Claudia Peterson, une habitante de St. George dans l'Utah (qui touche le Nevada), se rappelle dans son enfance d'agneaux morts à la transhumance, certains avec «deux têtes ou une patte». Elle se dit certaine que le cancer qui a emporté sa petite-fille de 3 ans et sa sœur sont des répercussions différées de leur vie à proximité du site. 

Imaginer des villes de survivants

La zone test du Nevada est décrite comme «le champ de bataille où les États-Unis ont gagné la Guerre froide». Ils ont notamment exposé leurs soldats entre 1951 et 1957 aux exercices «Desert Rock», qui consistaient à tester les effets des armes atomiques. Un vétéran se rappelle avoir eu pendant ces cessions les oreilles et le nez en sang. 

Des mannequins sont posés dans les habitations, afin de mesurer l'effet que pourrait avoir la bombe atomique

La création la plus grotesque et la plus macabre demeure sans doute celle d'un «survival town» en 1955 dans le cadre de l'opération Teapot. Une petite ville est reconstituée de manière artificielle, avec même des mannequins posés dans les habitations, afin de mesurer l'effet que pourrait avoir la bombe atomique sur une famille urbaine type. Ces petites habitations sont situées à différentes distance du point d'explosion de la bombe pour avoir une idée de la puissance et de la portée de ses effets. 

Après des décennies de luttes menées par les victimes du nucléaire, le Congrès a finalement voté en 1990 the Radiation Exposure Compensation Act pour dédommager les personnes atteintes par les tests du Nevada. À ce jour, 2 milliards de dollars ont été versés à 32.000 personnes. Ce dédommagement ne concerne qu'une partie de l'ensemble des plaignants et ne s'obtient que selon des critères restreints.

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