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Le sentiment d’injustice des réfugiés qui ne sont pas syriens

Des réfugiés afghans arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 23 août 2015 | REUTERS/Alkis Konstantinidis

Des réfugiés afghans arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 23 août 2015 | REUTERS/Alkis Konstantinidis

La différence de traitement entre les Syriens et les autres réfugiés crée des tensions et alimente le commerce de faux passeports syriens.

Ils sont algériens, afghans, libyens, parfois tunisiens. Pour augmenter leurs chances d'être accueillis en Europe, ils détruisent leurs passeports ou les jettent sur les plages et tentent de se fondre dans des groupes de Syriens. 

 

«Dans la poubelle de la plage, j'ai trouvé un passeport irakien déchiré. Beaucoup de migrants prétendent être syriens pour obtenir l'asile.»

À la gare de l'Ouest (Westbahnhof) de Vienne, en Autriche, deux journalistes du Washington Post ont rencontré ces migrants et ces réfugiés: 

Ils sont indiens et ne parlent pas arabe mais ils disent venir de Damas

Souad Mekhennet et William Booth, journalistes, dans un article du Washington Post

«Ils sont bien habillés en Iraniens parlant farsi et insistent: ils [font partie de la communauté] persécutée des Yézidis d'Irak. Ils sont indiens et ne parlent pas arabe mais ils disent venir de Damas. Ils sont pakistanais, albanais, égyptiens, kosovars, somaliens et tunisiens, en provenance de pays de grande pauvreté et de violence, mais [où il n'y a] pas la guerre.»

Des interprètes pour évaluer les accents

La vente de faux passeports syriens est devenu un commerce florissant. Différents journalistes ont réussi à obtenir de faux papiers d'identité syriens pour quelques centaines de dollars. Ils s'achètent parfois pour 200 dollars en Croatie, en Serbie et même en Autriche. 

Interviewée par le Washington Post, Ewa Moncure, porte-parole de Frontex (l'agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne), explique que les pays européens envoient désormais à leurs frontières «des interprètes pour évaluer les accents et ils posent des questions géographiques ou autres pour éliminer les imposteurs»:

«Ceux identifiés comme tels [...] doivent être détenus et [devront faire l'objet] d'expulsions rapides.»

«Nous entendons “syriens seulement”»

Dans un article paru sur Foreign PolicyPeter Bouckaert, directeur de la section urgences de Human Right Watch, rappelle qu'il ne faut pas être syrien pour avoir besoin de la protection de l'Europe. Il y dénonce un Occident qui oublie les autres réfugiés et raconte leur frustration, notamment celle des Afghans, qui connaissent la guerre depuis presque quarante ans. Ces derniers «fuient la violence, l'insécurité ou les menaces des Talibans ou des milices gouvernementales», précise-t-il.

Les autres réfugiés, principalement des Afghans et des Pakistanais, pensaient qu'ils étaient maltraités

Katerina Nikolarea, bénévole à la croix rouge hellénique, à Business Insider

«Nous entendons “syriens seulement, syriens seulement” alors que les gens montent dans les bus ici à la frontière, pendant qu'on nous fait attendre sous le soleil brûlant», dénonce un militaire afghan qui a fui Kaboul après avoir reçu des menaces de Talibans.

Selon Katerina Nikolarea, bénévole à la croix rouge hellénique depuis dix ans, les différences entre les Syriens et les autres réfugiés créent de nombreuses tensions. Interviewée par Business Insider, elle raconte: 

«Les autorités ont séparé les Syriens des autres nationalités parce que les Syriens ont la priorité et sont envoyés sur les bateaux en premier. Donc les autres réfugiés, principalement des Afghans et des Pakistanais, pensaient qu'ils étaient maltraités.»

Or, la guerre en Afghanistan est loin d'être terminée. Elle empire même de jour en jour. Les six premiers mois de l'année 2015 sont ceux qui ont fait le plus de victimes chez les femmes et les enfants depuis 2009.

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