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Redécoupage des arrondissements de Paris: nos quatre propositions

Plan de Paris divisé en 20 arrondissements et 80 quartiers (1860) d'Eugène Andriveau-Goujon. Wikimedia

Plan de Paris divisé en 20 arrondissements et 80 quartiers (1860) d'Eugène Andriveau-Goujon. Wikimedia

Selon le journal Le Monde, la maire de Paris souhaiterait faire évoluer la carte des arrondissements parisiens. Passons en revue quelques options, de la plus rationnelle à la plus farfelue...

La maire de Paris, Anne Hidalgo, veut faire évoluer la carte des arrondissements parisiens. Selon Le Monde, ce projet s’inscrit dans le cadre d’un chantier plus vaste de réorganisation des pouvoirs de la capitale, qui pourrait être examiné par le Parlement début 2016. La commune et le département seraient fusionnés, les compétences de Paris élargies en matière d’urbanisme et la mairie reprendrait les pouvoirs du préfet de police.

Le découpage de Paris en vingt arrondissements est un héritage du milieu du XIXe siècle, quand la capitale a repoussé ses limites pour annexer les faubourgs limitrophes. Les limites actuelles des arrondissements, avec l'annexion des bois de Boulogne et de Vincennes, datent de 1930. Entre temps, la répartition de la population y a considérablement évolué, et les écarts entre arrondissements sont énormes: de 17.000 habitants dans le Ier arrondissement, qui était alors un quartier très dense, à 240.000 dans le XVe ou 200.000 dans le XXe, anciennes communes faubouriennes de Paris dont la population a pour le premier triplé et pour le second doublé.

Cette inégale répartition a des conséquences politiques, la spécificité de Paris, Lyon et Marseille étant d'élire leur maire au suffrage universel indirect, des conseillers municipaux et maires d'arrondissement étant élus au sein de chaque arrondissement puis élisant le maire. Déjà, en 2013, le Conseil constitutionnel avait jugé contraire à la Constitution la répartition des conseillers municipaux à Paris, car les petits arrondissements bénéficiaient d’un nombre excessif de conseillers par rapport à leur poids démographique. Une nouvelle répartition des conseillers avait ensuite été votée.

Les 20 arrondissements parisiens. Wikipedia


Toutes les options semblant être sur la table. Réfléchissons à la meilleure manière de redécouper les divisions administratives de Paris.

1.Par circonscription électoraleTrop compliqué...

Une première solution consisterait à adopter le découpage en circonscriptions législatives, telles qu’elles ont été remaniées en 2012. Ce choix serait idéal pour répondre au souci de justice démocratique puisque la population parisienne serait alors répartie assez équitablement, de 134.000 électeurs pour la plus grande (la 6ème) à 112.000 pour la plus petite (la 11ème). Mais la structure de la population (nombre de mineurs, d'étrangers, pourcentage d'inscrits sur les listes) n'est pas la même dans tous les territoire, ce qui explique qu'il existe des écarts importants de nombre d'électeurs.

Les circonscriptions législatives de Paris.


Mais cela pose au moins deux problèmes. D’abord il y a dix-huit circonscriptions, donc si l’objectif est de simplifier l’organisation administrative, l’effet est quasi-nul, on ne perdrait que deux arrondissements sur les vingt actuels. Surtout, ces regroupements par circonscription créraient de la confusion inutile pour le Parisien puisque qu’elles sont désignées par leur numéro, de 1 à 18, numéros qui ne correspondent absolument pas à la localisation des arrondissements, à quelques exceptions près. La 14e circonscription correspond par exemple à l’extrême Ouest de Paris alors que le XIVe arrondissement est au Sud, les 10e et 11e à l’extrême Sud alors que les Xe et XIe arrondissements sont au Nord Est, la 5e circonscription est située rive droite et le Ve arrondissement rive gauche, etc.
 

2.Par fusion entre arrondissements peu peuplésCréons enfin le «Grand Rive Gauche»!

La note confidentielle de la mairie adressée à François Hollande évoque, selon l’article du Monde, un regroupement par secteurs comme à Marseille, où les seize arrondissements sont regroupés en huit secteurs, chacun dirigé par un maire de secteur. La répartition des populations par secteur n’y est pas tout à fait équitable. Par exemple, le VIIe secteur, qui regroupe les XIIIe et XIVe arrondissements dans les quartiers nord, regroupe environ 150.000 habitants, contre 70.000 pour le IIe (IIe et IIIe arrondissements).

Liste arrivée en tête dans les mairies de secteur marseillaises aux municipales 2014. Wikipedia


Reste que c’est la voie la plus simple. À Paris, une continuité Ier –IIe–IXe aboutirait à un grand arrondissement d’un peu moins de 100.000 habitants, et regrouper les IIIe, IVe et Xe à un ensemble de 160.000. A moins qu’on ne regroupe les VIIIe et IXe (100.000 habitants). Au sud de la Seine, un gros «cœur» de rive gauche pourrait émerger du rapprochement des Ve-VIe-VIIe, avec 163.000 habitants.

Quelle que soit l'option choisie, ces regroupements aboutiraient à des ensembles politiquement homogènes: bien sûr, la mairie se défend de profiter de l'occasion pour se livre à du gerrymandering, ou en bon français du saucissonnage électoral, technique qui consiste à redessiner la carte des divisions électorales pour faire pencher le résultat des élections en sa faveur.

Couleur politique des maires d'arrondissement élus aux municipales de 2014. Wikipedia

3.Par marque territoriale, sur le modèle de SoPiLes agents immobiliers aiment ça

Nous avions récemment expliqué comment le journaliste américain John Von Sothen avait eu en 2006 l'idée géniale de renommer le quartier du sud de Pigalle «SoPi», acronyme de South of Pigalle, en clin d'oeil à la manière dont les New yorkais ont coutume de donner des noms à leurs quartiers (SoHo, TriBeCa, etc.). Il avait ensuite systématisé la pratique et redécoupé tout Paris en secteurs new-yorkais, ce qui donnait par exemple «TRO KLASSE pour TROcadéro KLéber PASSy Est, PUMA pour Panthéon Under Monde Arabe ou BARBAMAMA pour BARBès Après Montmartre Avant Marcadet.»

Le graphiste Varham Muratyan, a qui on doit l'inoubliable livre graphique Paris vs New York, s'était lui amusé à faire correspondre les quartiers new yorkais aux territoires de la capitale française.

On envisagerait également une variante par style de consommation, par exemple en prenant appui sur les modes culinaires les plus en vogue dans les grands aires parisiennes: Chinatown dans l'actuel XIIIe arrondissement, Central Fooding à l'Est, Steet Food District entre le IIe et le IXe arrondissements, etc.

4.Par fusion de Paris avec ses communes limitrophesTrop traumatisant...

Le géographe Laurent Chalard a récemment imaginé dans les colonnes de Slate une réforme encore plus radicale: pour en finir avec la coupure Paris/banlieue et pour éviter d'autre part que la métropole du Grand Paris ne soit qu'un échelon bureaucratique supplémentaire, il proposait de supprimer la commune de Paris et «de redécouper les nouveaux arrondissements-communes de telle sorte qu’ils s’étendent de par et d’autre du Boulevard Périphérique par leur fusion avec des communes limitrophe».

Par exemple, «le XVIe arrondissement avec Boulogne-Billancourt, le XIVe avec Montrouge, le XIIe avec Charenton-le-Pont et Saint-Mandé, le XIXe avec Pantin et le Pré-Saint-Gervais, etc…»

On assisterait là encore à des regroupements qui ne bouleverseraient pas l'équilibre politique actuel: au Nord et à l'Est de la capitale, les arrondissements de gauche épouseraient les communes PS ou communistes de la petite couronne, le grand ouest parisien serait lui composé d'ex-arrondissements UMP rapprochés de communes de même majorité ou emportées par l'UDI en 2014 dans les Yvelines. Il faudrait cependant s'en tenir à la très petite couronne, car aller au-delà noierait les ex-arrondissements parisiens dans une mer de droite, qui a remporté de nombreuses communes aux dernières élections.

Etiquette politique des nouveaux maires de la petite couronne francilienne après le second tour des élections municipales de 2014. Carte réalisée par Joël Gombin pour Slate

Ce serait un retour à la situation d'avant 1860, quand les communes entourant le Paris limité à douze arrondissements ont été supprimées, pour partie annexées à la capitale, et pour partie reliées à d'autres communes. Par exemple Charonne, qui pourrait redevenir un territoire compris entre Paris XXe, Montreuil et Bagnolet, Auteuil, équivalent avant la fusion du XVIe arrondissement + Boulogne ou Montmartre, entre le XVIIIe et Saint-Ouen.

Mais surtout, on abattrait enfin la barrière matérielle et symbolique qui sépare Paris de sa banlieue. Un saut vers l'inconnu auquel les Parisiens ne sont peut-être pas encore préparés...

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