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D'anciens djihadistes expliquent pourquoi ils ont quitté l'État islamique

Une peinture du drapeau de l’État islamique sur un bâtiment détruit dans la ville d’Al-Alam, en Irak, le 10 mars 2015 | REUTERS/Thaier Al-Sudani

Une peinture du drapeau de l’État islamique sur un bâtiment détruit dans la ville d’Al-Alam, en Irak, le 10 mars 2015 | REUTERS/Thaier Al-Sudani

Des ex-combattants de Daech ont fui les rangs de l'organisation terroriste. Les raisons: son extrême violence, notamment envers les musulmans, et la tristesse de la vie sous le califat.

L'International Center for the Study for Radicalization, du prestigieux établissement britannique King's College de Londres, a publié lundi 21 septembre un rapport sur les déserteurs de l'État islamique. Depuis janvier 2014, ils sont cinquante-huit, dont neuf originaires d'Europe occidentale et d'Australie, à avoir publiquement évoqué les raisons de leur départ.

Ils évoquent l'ultraviolence de l'organisation terroriste, qui ne tue pas que des partisans de Bachar el-Assad mais vise aussi des musulmans sunnites opposés à son régime, des civils et des otages. Comme le rapporte le New York Times, ces transfuges mentionnent aussi le décalage saisissant entre la propagande de Daech en ligne et la vie réelle sous le califat. Des combattants syriens ont ainsi fait état de traitements de faveur accordés aux djihadistes étrangers et plusieurs déserteurs rapportent que des combattants de Daech ont été exécutés par leurs propres commandants. Deux d’entre eux se sont également enfuis après avoir découvert qu'ils étaient destinés à des attaques kamikazes.

«S'ils me trouvent, ils me décapitent»

«Tout n'est pas que parade militaire et victoires», explique Ibrahim, un occidental qui a quitté les rangs de l'État islamique. Il avoue avoir trouvé la lapidation d'un couple adultère «juste» mais désapprouvé la mise à mort d'intervenants humanitaires, de civils ou de journalistes. «L’État islamique tue toute personne qui dit “non”, tout le monde doit être avec eux», ajoute encore un Syrien de 26 ans qui a payé un passeur pour aller en Turquie:

«Je me disais constamment: “S'ils me trouvent, ils me décapitent.”»

Même si cette cinquantaine de djihadistes désillusionnés ne représente qu'une part infime des dizaines de milliers de combattants de l'État islamique, il est important de faire écho à leurs témoignages pour décourager de potentielles nouvelles recrues. Ceux qui seraient exaltés par l'idée de venger les souffrances du peuple syrien et de démettre Bachar el-Assad de ses fonctions se retrouveront membres d'un groupe prêt à tuer aveuglément, beaucoup plus occupé à instaurer un «califat» qu'à défendre des civils.

Comme le rappelle Slate.com, Bachar el-Assad s'est tout à fait nourri de la création de Daech. Il aurait même laissé l'organisation terroriste se déveloper de manière à forcer les groupes rebelles sunnites à mener une «guerre sur deux fronts». La récupération de l'insurrection contre le gouvernement syrien par Daech a par la suite découragé les forces occidentales d'intervenir, dans la crainte que leurs armes et leur argent ne profitent aux djihadistes.

Selon le rapport qui prend en compte les défections entre janvier 2014 et et août 2015, 60% des déserteurs ont quitté l'État islamique ces huit derniers mois et près d’un tiers ces trois derniers mois. Daech a intensifié ses attaques contre l'armée syrienne cette année, peut-être entre autres à cause de ce mécontentement perceptible dans ses rangs.

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