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«Le baiser des réfugiés syriens» devient une icône sur Internet

Baiser échangé entre deux réfugiés à Budapest en Hongrie. Crédit: István Zsíros

Baiser échangé entre deux réfugiés à Budapest en Hongrie. Crédit: István Zsíros

Une photo d'un baiser entre deux migrants, prise par hasard par un photographe amateur hongrois, a été intensément relayée et commentée sur les réseaux sociaux. Il raconte l'origine du cliché pour Slate.

«La photographie est un couperet qui dans l'éternité saisit l'instant qui l'a éblouie», disait Henri Cartier-Bresson. Et avec ce couperet, les photographes capturent des baisers.

István Zsíros, photographe hongrois, en a attrapé un. Un rare. Un qui résonne si fortement avec son époque qu'il a déjà fait le tour de Twitter et de Facebook. C'est celui que se sont échangés deux réfugiés sur l'esplanade de la gare de Keleti à Budapest, le 30 août 2015.

À l'abri d'une tente exigüe, semblant oublier le reste du monde, mettant de côté pour une seconde les atrocités qui les ont poussé à fuir leur pays, les discussions sans fin des dirigeants de l'Europe et le long voyage qui les attend encore, ils sont tournés l'un vers l'autre pour partager un moment de tendresse.

Keleti, terminus obligatoire pour les migrants

Ce moment d'intimité tranche avec l'atmosphère de désolation qui les entoure. Des dizaines de sacs de couchage sont posés à même le sol. Des familles, femmes et enfants, y campent depuis plusieurs jours dans des conditions d'hygiène déplorables. Depuis le début de l'année, la Hongrie a vu transiter plus de 200.000 migrants. Et pour beaucoup, la gare de Budapest est un arrêt obligatoire, faute de pouvoir prendre des trains pour gagner l'Autriche et l'Allemagne.

Qui sont ces deux migrants? Sont-ils Syriens? Où vont-ils? István ne leur a pas demandé:

«C'était la première fois que je prenais des photos de réfugiés. Je voulais les voir de mes propres yeux, ailleurs que dans les médias. J'étais là-bas pendant vingt à vingt-cinq minutes. Et une sorte de force supérieure “m'a dit de regarder cette scène, et cette aide divine m'a donné la chance de prendre cette image. J'ai vu ce couple, et c'était vraiment touchant, surtout dans cet environnement. Alors, j'ai pris la photo.»

István avait plutôt l'habitude d'attraper des instants de nature, de ceux «qui peuvent toucher l'âme». Une goutte d'eau où se reflète le mondeun rayon de soleil qui déchire les nuages. Passionné de photo depuis dix ans, il a lancé sa petite entreprise à Budapest et vit essentiellement de photos de mariage. Loin de se revendiquer spécialiste en géopolitique, il espère simplement une issue heureuse pour tous ces migrants:

«C'est une situation très difficile et très complexe. J'espère que chaque réfugié trouvera sa place dans ce monde, soit en paix le plus vite possible, et tout le monde sera heureux».

«Les réfugiés gagneront. La vie gagnera»

Le 13 septembre, la photo d'István Zsíros s'est retrouvée sur le groupe «l'asile différemment», une page liée à l'association des journalistes hongrois (MUOSZ). Partagée une cinquantaine de fois, elle a aussi beaucoup plu à Yannis Androulidakis, photographe et militant libertaire athénien, qui l'a publié sur son compte et légendée:

«Οι πρόσφυγες θα νικήσουν. Η ζωή θα νικήσει!» («Les réfugiés gagneront. La vie gagnera!», en grec)

Là où la photo d'Aylan, l'enfant syrien noyé retrouvé sur une plage de Turquie avait fait taire le monde, ce cliché est comme une revanche, un message d'espoir que n'ont pas tardé à s'approprier les internautes. Renommée «le baiser des réfugiés syriens», la photo a été partagée des centaines fois et a commencé à faire le tour de Twitter. Pas de chance pour István, le crédit de la photo a chaque fois été accordé à Yannis Androulakis.

L'amour est la seule chose qui transcende l'espace et le temps

István Zsíros

Ce n'est pas le premier photographe à faire d'un baiser une icone. Le doigt sur la gâchette de son appareil, en 1950, Robert Doisneau avait figé l'étreinte passionnée d'un couple de jeunes gens, enlacés au milieu de passants pressés sur la place de l'hôtel de ville à Paris. «Le baiser de Time Square», montrant un marin embrassant fougueusement une infirmière, le jour de la capitulation du Japon aux États-Unis en 1945 était lui aussi devenu iconique, même si des doutes ont émergé depuis sur son consentement.

Plus récemment, «le baiser de Marseille», échangé entre deux jeunes femmes sous le nez des manifestants contre le mariage homosexuel avait lui aussi été très commenté et partagé. 

Le mot de la fin, István? «L'amour est la seule chose qui transcende l'espace et le temps.»

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