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Boucherie Ovalie, le site de rugby même pour ceux qui n'aiment pas le rugby

Boucherie Ovalie

Boucherie Ovalie

Petite histoire du meilleur média alternatif consacré au ballon ovale.

Il n'y a eu aucun suspense. La Nouvelle-Zélande a giflé la Namibie, jeudi 24 septembre (58-14), et pourtant on ne s'est pas trop ennuyé devant un match dont l'intérêt était pourtant proche d'une rediffusion de «Très Chasse, Très Pêche». En fait, la seule raison pour laquelle on s'est infligé cette purge, c'est parce qu'on avait, avec nous, la Boucherie Ovalie.

«Attention chéri, ça va trancher» est une de leurs devises. Depuis le début de la Coupe du monde, Boucherie Ovalie se fait plaisir, et c'est tout Internet qui en profite. Boucherie Ovalie, un nom qui ne dit pas forcément grand chose à tout le monde mais qui fait déjà marrer les fans de rugby. Un groupe d'une quinzaine de contributeurs qui s'amusent à expliquer ce sport tout en le flinguant. 

Pas engagée comme peuvent l'être les Cahiers du Foot, aussi drôle que SoFoot dans ses meilleurs jours, et avec des analyses souvent aussi poussées que ses deux confrères footballistiques, la Boucherie Ovalie a une place à part dans le petit monde des médias sportifs alternatifs, comme elle l'explique elle-même dans la présentation du site:

«Ici, l’actualité rugbystique est traitée de façon humoristique et décalée, avec une bonne dose de mauvais goût assumée.»

Un site, un compte Twitter et puis un livre (#LeMeilleurLivreDuMonde, aux éditions Solar) les ont placés en tête de nos médias préférés pour suivre le rugby –et ce, alors qu'on est loin d'être de grands fans de ce «sympathique sport régional», comme le surnomment les moqueurs.

Pour l'histoire, tout a commencé en 2008, quand l'Australien Ewen McKenzie est devenu manager du Stade français. Ovale Masqué décide de lancer un blogtoujours accessible aujourd'hui— où il imagine les états-d'âme du technicien australien. Il ne comptait qu'une quinzaine de lecteurs et n'a duré qu'un an —le temps que McKenzie se fasse virer— raconte-t-il aujourd'hui, mais «c'était sympa de faire un site d'humour sur le rugby».

En 2009, le même décide avec quelques autres personnes de lancer Boucherie Ovalie, puisque le rugby est toujours traité de la même façon dans les médias traditionnels (L'Equipe, le Midi Olympique...), ce qui est «bien quand on est dans le milieu, mais éloigne les gens lambdas», estime Gregory Le Mormeck. Ovale Masqué et les fondateurs regardent alors du côté de So Foot et des Cahiers:

On n'avait pas d'équivalent
des Cahiers du Foot ou de So Foot, pas de média alternatif.
On voulait faire quelque chose
de différent, prendre le contrepied

Ovale Masqué

«On n'avait pas d'équivalent, pas de média alternatif. On voulait faire quelque chose de différent, prendre le contrepied.»

Une niche dans la niche, où l'on se prend à détourner les tristement célèbres «valeurs de l'ovalie» comme le combat, le don de soi... Des valeurs pourtant pas spécifiques au rugby et que l'on peut retrouver dans le basket ou le hand, mais que le rugby s'est approprié, expliquent-ils.


Ils s'y amusent, balancent des vannes (les Aveyronnais de Castres, Imanol notre idole, MUSCUUU), critiquent les personnages médiatiques –mais pas les personnes, précisent-ils.

«On est un site satirique. Ces personnages, ce sont des caricatures. On sait très bien qu'un mec comme Picamoles n'est pas débile.»

Trolling intelligent

Sur le site, ils enchaînent compte-rendus de matchs (et parfois de Pro D2) hilarants, prennent la défense des plus indéfendables, trollent parfois un peuexpliquent le rugby aux très très nuls, réécrivent l'histoire, cherchent quels clubs correspondent aux personnages de Game of Thrones et alignent les interviews viriles mais correctes. En gros, tout ce qui est intéressant et qui peut faire marrer la bande a sa place sur le site. La seule raison pour laquelle un article peut ne pas être publié, c'est si les deux ou trois personnes qui s'occupent de mettre les articles en page (tout le monde est bénévole au sein de la Boucherie) ont la flemme de le faire.

«C'est arrivé qu'il y ait des articles qui soient publiés sur le forum et qui soient prêts, mais qui ne soient jamais publiés, parce que personne n'avait envie de le faire. On s'est retrouvé avec des compte-rendus prêts le lendemain du match, et qui étaient drôles, mais qui n'ont jamais été publiés. Ou alors qui sont publiés quinze jours après.»

Le compte-rendu de France-Ritalie

Le vrai esprit de la Boucherie Ovalie se trouve sur le site

Le Stagiaire

Et ça prend, petit à petit, grâce à une communauté qui se construit autour du site et du compte Twitter, comme le raconte le Stagiaire:

«La question de la niche, on ne se l'est pas posée, puisqu'on ne se demandait pas qui allait nous lire. Quand je suis arrivé, ça faisait un an que la Boucherie existait et on devait avoir 40 visiteurs par jour, ce qui n'est quasiment rien. Mais on s'en foutait, on continuait, ça vivait. Et puis, il y a eu la Coupe du monde 2011, et là ça a explosé [rappelons que la finale Nouvelle-Zélande-France avait rassemblé 15,4 millions de télespectateurs, ndlr]. On a récupéré quelques contributeurs et des lecteurs. Mais si demain, on n'a que 40 visiteurs, ça ne changera rien au site. C'est un truc très égoïste, en fait, même si, bien sûr, on préfère avoir 80 commentaires qui nous disent que c'est bien.»

Twitter a joué un rôle important dans cette explosion. Aujourd'hui, leur compte compte près de 50.000 abonnés. Parfois, ils sont d'ailleurs présentés comme «le compte Twitter Boucherie Ovalie», ce qui les énerve un peu, comme nous l'indique le Stagiaire:

«À la base, c'est quand même un site. On fait plein d'articles qui sont assez longs et le compte Twitter, c'est plus un jeu pour nous. Mais si demain, on doit fermer le compte Twitter, je pense qu'on s'en fout tous un peu, et le site continuera à vivre. Le vrai esprit de la Boucherie se trouve sur le site.»

(JM étant probablement quelqu'un se faisant passer pour Jean-Michel Cékelchaine, le footix du rugby)

En cela, la Boucherie se rapproche un peu de So Foot, qui n'hésite pas à poster des vannes pour faire marrer sa communauté, sans faire de lien avec un article.

Et ceci peut expliquer que pour certains qui ne les suivent que sur les réseaux sociaux, le site devient secondaire, voire inexistant.

Un compte Twitter mais surtout un site

Mais le «jouet Twitter» permet également à Boucherie Ovalie d'attirer pas mal de nouveaux lecteurs. Le problème, c'est que pour certains, faire face à l'humour de la Boucherie est parfois un peu compliqué. Le célèbre «tweet de la honte», comme ils l'appellent aujourd'hui, posté quelques heures après les meurtres commis par Mohammed Merah à Toulouse, en est probablement l'exemple le plus frappant:

«On fait les choses pour se marrer entre nous, indique Gregory. Quand on fait des articles, on les met d'abord sur le forum pour se marrer entre nous. Là-dessus, c'était un peu comme ça. Celui qui l'a mis savait que ça allait nous faire rire, mais on a juste oublié qu'on était lu par 45.000 personnes.»

Les gens se sont appropriés nos personnages

Gregory Le Mormeck

Ce n'est pas le seul reproche qu'on leur a fait. Autre critique régulière: ils se cacheraient derrière leur anonymat. Un faux problème selon Bastien, alias le Stagiaire:

«Tout d'abord, La Boucherie, c'est n'est pas de l'anonymat mais du pseudonymat, et tout ça, c'est un faux reproche. Si on veut savoir comment on s'appelle, ce n'est pas très compliqué [avec une bonne recherche Google, certains sont effectivement facilement retrouvables, ndlr]. On ne se cache pas derrière nos pseudos. Il y a un univers qui s'est créé autour de la Boucherie, sans qu'on le cherche vraiment. Et nos personnages sont beaucoup plus forts que de dire "C'est Bastien qui parle". Tout le monde s'en branle, personne ne sait qui je suis. Alors que "Le Stagiaire", ça amène des vannes et nous, ça nous amuse de développer les rapports entre eux sur notre site mais aussi sur Twitter. Ils sont inspirés de notre vie réelle. Gregory est vraiment catalan, moi j'étais vraiment stagiaire.»

À chaque fois que les membres du forum lui demandaient ce qu'il devenait, il répondait qu'il était encore stagiaire, ce qui faisait rire tout le monde: le nom est resté. Gregory Le Mormeck, LE CATALAN, a lui voulu rendre hommage à Gregory Le Corvec, poète perpignanais.


Comme le dit Ovale Masqué en trollant à moitié:

«Quand c’est Daft Punk, on leur dit pas "Vous êtes des anonymes, vous êtes des enculés". Ça se compare pas, c'est pas la même chose, mais c'est un peu la même démarche.»

Avant que Gregory Le Mormeck ne précise qu'on «va peut-être pas comparer les deux Daft Punk à ça...»

Gregory va d'ailleurs un peu plus loin sur cette histoire de lien entre les personnages et le public de la Boucherie:

«C'est une histoire qui s'est créée entre tous ses personnages, et que l'on a entretenue via les réseaux sociaux. On se connaît entre nous, du coup on se vanne entre personnages. C'est plus dans cet esprit-là, que de se dire que l'on peut balancer des vannes sur n'importe qui et qu'on nous retrouvera jamais. C'est plus une histoire que l'on a créée entre ces personnages et que le public a créée. Les gens se les sont appropriés.»

Dans les vestiaires du XV de France

Certains n'ont pas compris, ou n'ont pas pas voulu comprendre, ce ton humoristique et décalé. En novembre dernier, dans un article consacré au besoin de légitimité pour parler de rugby, Yannick Cochennec rapportait cette anecdote de Yannick Bru, ancien international et aujourd'hui entraîneur des avants de l'équipe de France:

«Il y a peu, les avants du XV de France ont été sévèrement “secoués” par un blog que je ne citerai pas. Eh bien, le texte était affiché dans le vestiaire, histoire de s’en souvenir. Dans la confrérie des avants, il y a une sorte de maxime: “ni haine, ni oubli”.»

Dans le blog qu'il ne voulait pas citer, beaucoup ont cru reconnaître Boucherie Ovalie.

La vie est trop courte pour comprendre 

le rugby, alors autant en rigoler

À l'époque, ils s'étaient fendus d'une réponse, dans leur rubrique Abats d'idées –où ils trollent un peu moins–, mettaiant leurs critiques face à leurs contradictions. Aujourd'hui, ils expliquent trouver cela fou, même s'ils reconnaissent que l'article était peut-être un peu méchant:

«Que Yannick Bru lui apporte du crédit et en fasse une source de motivation pour ses joueurs... Ça se fait, mais avec des choses bien plus sérieuses et ancrées dans la réalité et surtout sur le côté technique du rugby.

–T'imagines que quand Nicolas Mas est rentré dans la mêlée, il a pensé à Boucherie Ovalie? "Ils vont voir ces connards."

– Voilà, c'est ça. C'est difficilement réalisable.» 

Quant à savoir comment ils ont réussi à devenir le site le plus intéressant de France sur le sujet et comment ils ont réussi à intéresser des noobs du rugby comme moi, ils ont répondu ceci à 20minutes.fr:

«On les intéresse pas. Justement, on essaye d’en rire pour intéresser le plus de monde possible parce que c’est pas avec leurs discours… Non mais laisse tomber, c’est chiant ça comme réponse. T’as qu’à répondre David Marty

Pour ceux qui n'auraient pas saisi cette dernière référence, on vous renverra vers leur maxime:

«La vie est trop courte pour comprendre le rugby, alors autant en rigoler.»

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