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La folle épopée de deux Belges pour trouver un «ami» suggéré par Facebook

Un jour, Facebook suggère à Victor Van Rossem quelques amis à ajouter, dont un certain Neal D Retke, qui vit à Austin, Texas. Le jeune Belge décide de le retrouver.

À la fin des années 1990, deux Sud-Africains partaient aux États-Unis sur les traces de leur idole et chanteur oublié Sixto Rodriguez. Le réalisateur suédois Malik Bendjelloul, qui s’est malheureusement depuis suicidé, raconta cette belle histoire dans Searching for Sugar Man, récompensé en 2012 par le Prix du public international du Festival de Sundance, l’Oscar et le BAFTA du meilleur documentaire en 2013. Une quête qui permit au monde entier de découvrir son répertoire et au chanteur de recevoir les louanges qui lui étaient dues.

 

Neil D Retke, n’avait a priori rien d’exceptionnel. Pas de pépites enregistrées, de records égalés, ni même une plume ciselée. Victor Van Rossem et Bram Van Bree, deux jeunes Belges, ont pourtant eu la folle idée de partir à l’aventure sur les traces de cet homme à l’autre bout de la planète et d’en tirer un film intitulé Neal D Retke For President!Une histoire rendue possible grâce un homme: Mark Zuckerberg. Eh oui, encore lui…

La suggestion d’ami «la plus absurde»

Cette incroyable épopée débute en 2011. Un jour morne de décembre, avant la dinde, la bûche et tout le toutim, Victor Van Rossem, 24 ans aujourd'hui, surfe tranquillement sur Facebook comme des centaines de millions d’autres internautes. Rien de bien folichon jusqu’à ce que le réseau social américain ne lui suggère quelques amis à ajouter. Parmi eux, un certain Neal D Retke, la cinquantaine, retient d’emblée son attention:

«Ce qui m’a fait tilter, c’est qu’il avait une très grosse barbe, il ressemblait à quelqu’un qu’il me semblait intéressant de rencontrer. On n'avait apparemment rien en commun, seulement un ami mutuel virtuel qui est un artiste que nous aimons tous les deux. Il avait deux fois mon âge et vivait au Texas à 8.000 kilomètres de chez moi. Je me suis dit, bon, si Facebook pense que l’on peut être ami, je dois vérifier.»

Il avait deux fois mon âge et vivait au Texas à 8.000 kilomètres de chez moi. Je me suis dit, bon, si Facebook pense que l’on peut être ami, je dois vérifier

Victor Van Rossem

Photo de Neal D Retke, que Facebook a suggéré comme ami à Victor Van Rossem | Capture d’écran du film réalisé par Victor Van Rossem

Victor envoie d’abord une demande virtuelle à Neal, qui n'y répond pas. Salaud. Le Gantois, à l’époque étudiant en cinéma, écoute son instinct et décide finalement de traverser l’Atlantique pour retrouver cet homme, filmer sa traque et en faire le héros d’un documentaire dans le cadre de son travail de fin d’études. Une fois sa décision prise, il en parle à son pote Bram, qui accepte d’emblée son projet farfelu. D’autres proches en revanche lui demandent s’il n’a pas perdu la tête mais le jeune Belge n'en a cure. Après avoir passé ses derniers examens, travaillé trois ou quatre mois pour mettre de l’argent de côté, les deux réalisateurs en herbe quittent le Vieux Continent. Direction, le pays de l’Oncle Sam baby.

«Have you met Neal?»

Une fois le sol américain foulé, la recherche de Neil peut enfin commencer. Les compères n’ont pas beaucoup d’indices pour le retrouver. Ils savent qu’il habite à Austin, une cité texane peuplée d’un million d’âme et ont seulement quelques clichés en leur possession:

«On a imprimé sa tête sur des affiches et demandé à des gens dans la rue s’ils le connaissaient. Cela n’a pas marché, bien évidemment…»

Affiche réalisée pour retrouver Neil D Retke | Photo: Victor Van Rossem

Heureusement pour eux, Neil a un physique atypique. C’est quand même plus facile de retrouver un gars avec une barbe blanche, la ganache et le modjo d'un personnage digne du film The Big Lebowski qu’un gars moyen, mauvais sosie de Tex ou de Thierry Beccaro

Victor et Bram ont surtout la bonne idée d’aller fouiner à différents endroits dans lesquels Neil a été identifié sur Facebook. «Après quatre ou cinq tentatives infructueuses dans différents commerces, on a trouvé une librairie dont le proprio savait qui était Neal.» Intrigué, ce gars leur pose différentes questions afin de comprendre leur démarche et leur fournit plusieurs pistes. Il leur conseille de revenir le jeudi pour assister à une soirée à laquelle Neil, en principe, doit être présent.

«Sa réaction a été superbe»

Le soir de l’événement, les deux compères se pointent dans la librairie et aperçoivent rapidement, enfin, leur graal. Il est là, Neil, comme ils l’avaient imaginé, au milieu de l’assemblée. «Quand on l’a aperçu, il y avait une lecture en cours et donc on ne pouvait absolument rien faire. On a dû attendre un bon moment, ce qui nous a rendus encore plus nerveux que ce que l’on aurait dû être», se souvient Victor. Dans leur tête, ça se bouscule évidemment. Et s’ils avaient fait tout ça pour rien? Et si Neil n’était finalement qu’un sociopathe qui les envoyait paître? Durant la pause, ils oublient leurs vieilles peurs et se décident à l’aborder:

«Bonjour je m’appelle Victor et j’ai fait tout ce trajet depuis la Belgique pour vous trouver.

–Pour me trouver ? Oh wouah!

Je vous recherche depuis une semaine. Je veux juste être votre ami.

Oh Victor, c’est très gentil!»

Lorsque le jeune homme lui montre son tee-shirt Neal D Retke for president!, il explose de rire… «Ma première réaction a été une sorte de curiosité prudente, j’avais un peu peur mais j’étais excité car j’aime les choses qui sortent de l’ordinaire», se remémore l’Américain. «Sa réaction a été superbe et vraiment inattendue. C’est le plus beau moment de cette expérience», assure quant à lui Victor.

Victor Van Rossem et Bram Van Bree ont retrouvé les traces de Neal D Retke | Photo: Victor Van Rossem

J’avais un peu peur mais j’étais excité car j’aime les choses qui sortent de l’ordinaire

Auteur si besoin

Les numéros de téléphone sont échangés, le rendez-vous est pris pour le lendemain avec un but: découvrir le monde de Neal.

J’irai dormir chez Neal

Victor et Bram sont chanceux. En congés pendant trois semaines, le quinquagénaire a du temps pour s’occuper d’eux. Ils apprennent qu’il a bossé dans un club de striptease, a été tatoueur et qu’il travaille dans une société de bus. Il leur présente son épouse, leur fait partager ses hobbys:

«On a été dans ses restaurants préférés, on a fait du bowling, du paddle, on a été jouer dans une salle de jeux d’arcade, marcher avec ses chiens, à des concerts de rock underground et encore plein d’autres choses.»

Dans le documentaire, par exemple, une séquence hilarante montre Neil se prendre une belle vautre lors d’une ballade en Segway. Une scène qui montre bien l’état d’esprit «à la cool» du personnage, sa joie de vivre et son éternelle jeunesse.

Neal Neal D Retke a su partager avec les deux jeunes Belges sa joie de vivre | Photo: Victor Van Rossem

Mais Neal évoquera également des sujets plus sérieux comme sa passion pour la peinture ou le décès prématuré de son frère par overdose suivi dans la foulée de celui de son père. Le film se terminant finalement sur une note plus joyeuse: l’acceptation de la demande d’ami sur Facebook suivie d’un bon vieux hug à l’Américaine.

«J'ai beaucoup appris auprès d'eux»

Pour son documentaire resté relativement anonyme, Victor n’a pas reçu d’Oscar, de BAFTA ni même aucun prix, mais son travail lui a néanmoins permis de valider ses études:

«Étrangement, j’ai eu une bonne note. Tous les membres du jury n’ont pas aimé ma démarche, qui n’était pas réellement artistique, mais d’autres profs ont admiré le risque que j’avais pris. Je ne pensais pas que cela allait marcher, j’étais cynique à propos de Facebook au départ, j’ai été surpris. C’est quand même un bon moyen pour rentrer en contact avec les gens. Avec cette expérience, j’ai compris que je ne devais pas arrêter un projet à cause de la peur. Beaucoup de gens ont des idées folles comme la mienne. Je recommande à tous de ne pas seulement fantasmer cette idée mais de la réaliser.»

Depuis, Neil a déménagé au Canada pour «des raisons très personnelles» et dans le but de mener à bien ses projets artistiques. «C’est un changement vers une vie meilleure, j’ai appris beaucoup auprès d’eux, leur courage, leur ouverture, ce sont des choses que je vais garder à l’esprit pour mes prochains projets», nous confie-t-il.

Les deux nouveaux amis sont restés en contact via des cartes postales et des lettres mais pas par Facebook. «Au départ on discutait sur le réseau social mais il n’y va pratiquement plus. Facebook peut être distrayant.» Ce n'est pas Neal qui vous dira le contraire.

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