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Le nombre de candidats à la primaire de droite peut-il avantager Sarkozy?

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 3 décembre 2014 au siège de l'UMP | REUTERS/Charles Platiau

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 3 décembre 2014 au siège de l'UMP | REUTERS/Charles Platiau

Les prétendants de droite à la candidature pour l’élection présidentielle de 2017 sont nombreux. Et il est difficile de prévoir qui de Juppé ou de Sarkozy pourrait en tirer profit.

Il reste encore un an avant la primaire qui doit désigner le futur candidat à la présidentielle du parti Les Républicains et des centristes, mais les prétendants se bousculent déjà. Il y a près d’une dizaine d'aspirants déclarés ou fortement susceptibles de le faire. Ce grand nombre de candidats aura-t-il un impact sur la primaire? Va-t-il favoriser l'un ou l'autre des grands favoris, comme le faisait remarquer dans un tweet début septembre le journaliste Gilles Leclerc, patron de Public Sénat?

Regardons les chiffres de plus près. Concrètement, il y a six concurrents officiellement déclarés: Xavier Bertrand, Alain Juppé, François Fillon, Nadine Morano, Jean-Frédéric Poisson et, lundi 21 septembre, Hervé Mariton. S’y ajoutent trois postulants qui n’ont pas encore annoncé leur candidature, mais qui ne font pas mystère de leurs intentions: Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet. La primaire pourrait même compter jusqu’à quatorze candidats si on inclut les personnalités qui, interrogées sur leur envie de se lancer dans la course, n’ont «rien exclu» ou répètent à leurs proches qu’elles «n’hésiteront pas à se lancer le moment venu», comme les a recensées Le Lab.

Favoriser un candidat rassembleur

En 2011, pour la primaire socialiste, ils étaient au final six compétiteurs à participer. Il y a donc déjà autant de candidats officiellement déclarés un an avant la primaire à droite qu’il y en avait au bout du compte pour la primaire à gauche, et beaucoup plus si on inclut les trois «c’est-un-secret-de-polichinelle» et les autres «pourquoi-pas-moi» ou «ce-n’est-pas-exclu». Il est toujours possible que certains se désistent ou que d’autres ne recueillent pas le nombre de parrainages qui sera requis pour pouvoir officiellement y participer. Il n’empêche qu’au stade actuel l’émiettement est pâtant. À tel point qu’il est devenu la risée de nombre de politiques, comme la conseillère de Paris Rachidat Dati, qui a proposé ironiquement la candidature de sa fille ou du journaliste qui l’interrogeait («Vous n’êtes pas pire qu’un autre, Monsieur Bourdin!»).

Une telle bousculade est un fait plutôt inhabituel à droite, où l’on célèbre traditionnellement l’union derrière un seul chef. Il est possible dès lors que cela effraie les électeurs de la primaire, et qu’ils souhaitent se réfugier derrière un candidat rassembleur, capable de faire l’union de la droite. On pense immédiatement à Nicolas Sarkozy, qui s’efforce depuis plusieurs mois à la tête du parti d’apparaître comme l’homme du rassemblement. Mais un tel rôle pourrait également seoir à Alain Juppé, si la primaire est suffisamment ouverte, et s’il s’agit alors de rassembler largement au-delà des adhérents du parti, le maire de Bordeaux étant plutôt moins bien aimé des traditionnels adhérents que l’ancien chef de l’État.

À droite, on célèbre traditionnellement l’union derrière un seul chef

Surtout, la mise en scène de nombreux candidats se ralliant à un seul homme pourrait profiter à celui qui les récupère, comme cela avait été le cas pendant la primaire socialiste, où tous les quatre autres compétiteurs s'étaient ralliés à François Hollande, laissant Martine Aubry un peu seule dans la bataille. 

Difficile à prévoir

Plus généralement, cet émiettement pourrait favoriser les «grands» candidats, fait remarquer le politologue Rémi Lefebvre, professeur en science politique à l’université de Lille 2:

«Il existe une tolérance des électeurs de droite plus faible pour la division, ce qui pourrait favoriser les grands candidats. Mais pas forcément Nicolas Sarkozy.»

Une analyse partagée par le politologue, enseignant et conseiller politique Thomas Gunénolé, comme par le chercheur Olivier Rouquan, qui travaille au Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques:

«Sarkozy se dit rassembleur mais il n’est pas perçu comme tel. Il rassemble seulement les militants des Républicains. Rien ne dit qu’il apparaisse au final comme tel.»

Difficile donc de prévoir qui de Juppé ou de Sarkozy pourrait en tirer profit, estiment les experts que nous avons interrogés, qui soulignent qu’il s’agit d’un exercice inédit, sans précédent. «On ne sait pas quel va être le périmètre de l’électorat ou plutôt du “selectorat”, comme le disent les Anglais», tient à faire remarquer Remi Lefebvre. Pour la primaire PS, qui était inédite également, certains sondages avaient ainsi donné Ségolène Royal à près de 14% d’intentions de vote et Arnaud Montebourg entre 5% et 10%, «et c’est l’inverse qui s’est quasiment produit», pointe lui aussi Thomas Guénolé. Arnaud Montebourg avait recueilli 17,19%  des voix et Ségolène Royal 6,95%.

Sarkozy se dit rassembleur mais il n’est pas perçu comme tel. Il rassemble seulement les militants des Républicains

Olivier Rouquan, chercheur au Centre d'études et de recherches de sciences administratives et politiques

Pour l’instant, la plupart des neuf candidats déclarés et non déclarés (mais qui ont de très fortes chances de se déclarer) semblent plus proches politiquement de Nicolas Sarkozy que d’Alain Juppé. Seuls NKM et Xavier Bertrand se rapprochent clairement plus d’Alain Juppé (le positionnement de Bruno Le Maire étant ambigu). Mais les autres vont-ils pour autant se rallier à Nicolas Sarkozy, dans le cas d’un duel Juppé-Sarkozy? «Cela va dépendre de comment les candidats vont se comporter entre les deux tours», estime Remi Lefebvre.

Jeu dangereux

Dans les grands facteurs susceptibles d’avantager l’un ou l’autre des grands favoris de la primaire, le nombre de candidats apparaît en tout cas comme une variable moins importante et à coup sûr plus incertaine que d’autres, comme le nombre de votants (on sait qu’un plus grand nombre de participants devrait a priori être plus favorables à Alain Juppé), la présidentiabilité (un candidat qui est perçu comme n’ayant pas la stature présidentielle aura moins de chances d’être élu) ou les sondages –s’ils donnent Alain Juppé gagnant jusqu’au dernier moment, ils pourraient avoir un effet exponentiel en incitant les «sélecteurs» à voter pour celui qui a le plus de chances de remporter l’élection présidentielle. «Cela fabrique le statut de favori et fausse les attitudes», résume Thomas Guénolé.

Dans tous les cas, encourager un grand nombre de candidats s’avère un jeu dangereux car l’émiettement pourrait se retourner contre les grands favoris (même si un nombre élevé de signatures d’élus et d’adhérents est requis). Olivier Rouquan rappelle l’élection présidentielle de 2002, où seize personnalités s’étaient présentées, entraînant l’éviction au second tour de Lionel Jospin. Même si Nicolas Sarkozy, qui a été élu président de feu l'UMP avec 64% des voix, n'est sans doute pas dans le même cas, une dizaine de concurrents plutôt classés à droite du parti pourraient lui manger des voix au premier tour, et le faire apparaître dans une situation de faiblesse par rapport à Alain Juppé, confortant encore plus les électeurs tentés de voter pour un «candidat fort» pour l'élection présidentielle.

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