Economie

Les banques françaises dindons du G20? par Eric Le Boucher

Eric Le Boucher, mis à jour le 24.09.2009 à 6 h 48

Les américaines bien plus imprudentes s'en sortent mieux.

Les banques françaises ont le moral dans les bas de laine. Tout semble se liguer contre elles: l'opinion publique, l'Elysée, le G20 et même Bruxelles dont le dernier rapport dénonce le coût excessif des frais qu'elles font payer à leurs clients.  Les trois grandes françaises, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole ont l'impression d'être les victimes d'une crise dont elles ne se sentent aucunement responsable. Dur...

Le méchant engrenage de la crise les a happées.  Au départ, les coupables sont les Américains. Des organismes financiers sans surveillance ont fait des crédits immobiliers «subprimes» à des ménages incapables de les rembourser. Ces créances ont été repackagées et revendues à toutes les banques du monde, y compris les Françaises certes. Mais quand certaines banques britanniques et américaines ont été si imprudentes qu'une fois la crise déclenchée, elles ont été au bord du gouffre, les trois grands établissements français ont accusé le coup mais aucun n'a sombré. «Natixis ou Dexia ont fait preuve de légèreté mais pas nous!», disent-elles.

Si elles ont sollicité, ensuite, l'aide de l'Etat français ce n'est pas par crainte de mourir, comme l'opinion publique le croit, ce n'est pas pour «être sauvées par le contribuable». C'est parce que leur cours de Bourse s'est effondré. Pourquoi? Parce que les banques anglaises et américaines ont reçu de l'argent public, ce qui a amélioré leur ratio de fonds propres et rassuré les investisseurs. Les françaises sans aides publiques ont parue affaiblies, en comparaison. D'où une demande de 20 milliards d'euros de fonds au gouvernement pour rétablir leurs ratios financiers.

Ces aides pourtant ont été vues en France comme un refinancement par les contribuables. Et l'engrenage a continué de les broyer. L'affaire des bonus est intervenue dans ce contexte: elles ont été «convoquées» à Bercy et à l'Elysée pour se faire sonner les cloches. Mais comprenez l'amertume de nos trois victimes: elles n'ont pas reçu «d'aide» à leur yeux, leurs pratiques de bonus avaient été changées dès la fin 2008 tandis que ce n'est pas le cas des américaines, voir Citi qui donne 100 millions de dollars à un de ses dirigeants! Elles ont été prudentes, leur traders n'ont pas touché les bonus des excès, et voilà qu'elles sont montrées du doigt et que leurs traders sont sacrifiés pour les autres. Et voilà que les meilleurs d'entre eux menacent de les quitter. Tout cela est fort de café!

Mais ce n'est pas le plus important. Le plus grave est cette réunion du G20 de Pittsburgh au cours de laquelle le président Obama va poser des exigences qui, toutes une à une, vont affaiblir les banques européennes, françaises en particulier.

Pour réguler la finance et éviter les prochaines bulles, disent nos trois françaises, le mieux est d'imposer à toutes les banques du monde le mêmes règles de prudence, celles qu'elles ont appliquées qui ont été définies par les banques centrales dans les accords dits «de Bâle». Ces règles ont été longuement réfléchies, ce sont elles qui ont empêché les «subprimes» en Europe. Il suffit que le G20 décide de les imposer, en les durcissant encore au besoin et en ajoutant un point supplémentaire fondamental: l'abandon des normes comptables «à valeur de marché», venues elles-aussi des Etats-Unis, qui ont accéléré la crise.

Or, les banques américaines n'appliquent toujours pas les normes de Bâle, jouent à se défausser et, à Pittsburgh, proposent d'autres règles qui les arrangent: baisser le levier d'endettement,  augmenter les fonds propres. Cela forcerait les banques européennes à lever beaucoup de capital alors que, selon elles, ce n'est pas globalement utile: seules les opérations de marché pratiquées par les banques d'investissement comme Goldman Sachs, sont sous-capitalisées.

Voilà le comble du malheur: après avoir été affaiblies par les bonus, les banques françaises  seraient contraintes à lever plus de fonds propres que les Américaines qui en ont vraiment besoin.

Toute ce raisonnement est discutable, on l'a dit ici souvent sur Slate. Mais voilà l'état d'esprit des banques françaises qui se sentent les dindons de la crise. Pour elles: la vertu est punie, pas le vice !

Eric Le Boucher

Lire également: Banques: nationalisez les toutes!, Au bonheur des banques, Banques: un an après, rien n'a vraiment changé et Hyperfinance, s'attaquer aux racines pas aux symboles.

Image de Une: Le siège de la Société Générale  Benoit Tessier / Reuters

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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