Partager cet article

Cher Michel Onfray, assumez vos idées et présentez-vous à la présidentielle!

Michel Onfray sur le plateau de «On n'est pas couché», le 19 septembre 2015.

Michel Onfray sur le plateau de «On n'est pas couché», le 19 septembre 2015.

Lettre ouverte au chef de file des abstentionnistes dépressifs.

Cher Michel Onfray,

Je vous ai bien écouté, chez Ruquier, samedi soir. Ne nous racontez plus d’histoires: tout ce que vous faites, tout ce que vous dites n’a de sens que si vous préparez votre candidature à la prochaine présidentielle. Ne protestez pas, regardez les choses en face: votre conseil d’abstentionnisme et «d’athéisme social», c’est une pirouette d’intellectuel, une fantaisie de philosophe.

Pour l’instant, vous prétendez attendre une éventuelle personne de la société civile. Mais c’est évidemment vous. Vos amis vous en ont peut-être déjà soufflé l’idée, vous hésitez, conscient des risques et des difficultés, ce qui prouverait deux fois votre sagacité: la lucidité sur les risques, l’envie qui vous taraude.

La télévision, elle, ne ment pas, du moins pour tâter le pouls des bêtes de scène. Vous avez montré samedi que vous saviez parler du peuple et que vous l’aimiez. C’est le plus important. Contre des gens qui ont décrété le peuple introuvable, parce qu’ils le jugeaient dangereux. D’où cette politique sans le peuple qui n’en finit pas d’échouer.

Le peuple: ce «prolétariat», ceux qui n’ont pas de pouvoir mais sur lesquels le pouvoir s’exerce, avez-vous justement dit. Vous êtes un fils du peuple et un provincial, Michel Onfray, du peuple old school comme vous dites (ça effraie le bobo, qui n’y voit qu’une souche ethnique, alors que c’est de souche sociale qu’il s’agit). Vous avez démissionné de l’Éducation nationale, vous avez monté une université populaire qui a du succès: ne cherchez pas, vous êtes le candidat de la gauche populaire, contre l’establishement qui vous déteste et que vous détestez. Coluche avait pressenti l’affaire il y a 35 ans (vous l’avez mentionné samedi soir, preuve que vous cogitez); Beppe Grillo s’y emploie en Italie, mais «Vafanculo» est un slogan un peu limité. En Espagne en revanche, chez Podemos, ils sont allés chercher un prof de sciences politiques. Intéressant, non?

Un grand spin doctor, deux victoires présidentielles à son actif, m’a dit un jour: «C’est toujours celui qui bande le plus pour la France qui est élu.» Pour crue qu’elle soit, la formule n’en a pas moins sa vérité. Vous, si vous me permettez, c’est pour le peuple que vous en avez. Du peuple à la France, il n’y a qu’à retrouver Michelet.

Vous avez montré samedi soir que vous aviez de l’humour et de la méchanceté, ce qui n’était pas évident: voilà deux vertus indispensables à l’exercice auquel vous devez vous préparer. Si vous continuez à prendre autant de plaisir à baffer vos contempteurs, à être le tribunitien talentueux des déçus de la gauche et de la politique (ce qui fait du monde, ça ne vous pas échappé), beaucoup vous sera permis. Samedi soir, vous n’aviez pas préparé le détail, c’était parfois désordonné, mais vous aviez l’essentiel: la répartie, la virtu et au bout du compte, une vision. Vous ne pourrez vous dérober et vous serez candidat à l’insu de votre plein gré.  Alors autant le vouloir.

C’est pourquoi il va falloir arrêter –sans vouloir vous commander– avec vos histoires d’abstention. Je n’ai pas aimé cette phrase de votre tribune dans le Monde: «Marine Le Pen n’est pas plus ma tasse de thé que Hollande ou Mélenchon, Sarkozy ou Bayrou.» Dites, camarade Onfray, l’heure n’est pas à prendre le thé avec tel ou tel, mais à éviter un scénario un peu fort de café. Beaucoup n’ont pas besoin de vous pour avoir la tentation de l’abstention, et si vous êtes chef médiatique, ce n’est pas pour suivre vos troupes, c’est pour leur montrer le chemin. S’abstenir, quand nous nous retrouverons avec Mme Le Pen sur les bras au premier semestre 2017, et des docteurs Folamour qui s’y croient déjà, pensant remporter le pompon au second tour? Non merci, ne jouons pas à la roulette russe. BHL a fabriqué des droitsdelhommistes naïfs, Finkielkraut des conservateurs scrogneugneu. Vous n’allez pas, vous, encourager les abstentionnistes dépressifs? A quoi bon être omniprésent dans toutes les gazettes du pays, si c’est pour s’abstenir… Autant que vous continuiez à écrire des livres, on se débrouillera.

Vous pourriez faire beaucoup mieux, Michel Onfray, et c’est là qu’on vous attend: lui prendre des voix, à cette PME familiale d’extrême droite, car vous êtes le seul en capacité de le faire. Précisément parce que vous aimez le peuple, que vous le connaissez et que vous lui faites confiance. Bref, parce que vous avez tout ce qui manque à la politique française aujourd’hui.

Les guerres picrocholines de la gauche n’intéressent pas grand monde et le référendum que le PS vient de proposer pour les régionales risque de se dérouler dans les
dernières cabines téléphoniques
du pays

Vous avez un boulevard: Mélenchon, Pierre Laurent, Cécile Duflot, leurs guerres picrocholines n’intéressent pas grand monde et le référendum que le PS vient de proposer pour les régionales risque de se dérouler dans les dernières cabines téléphoniques du pays. Personne dans cette gauche-là, pas plus que dans la gouvernementale, n’a compris (ou ne veut comprendre) que les interrogations, les oppositions à l’arrivée de quelques milliers de réfugiés, dans la France la plus populaire et la moins diplômée, ne sont pas d’abord du racisme: c’est un appel au secours, parce qu’ils se sentent abandonnés par la République. Vous, vous l’avez compris, comme vous l’avez dit au Figaro, en oubliant de préciser que vous étiez favorable à l’accueil de réfugiés. Du coup, Libé s’est empressé de vous dénoncer, en vous faisant dire le contraire de ce que vous pensez, mais que vous auriez dû ajouter. Peu importe, il y avait Ruquier pour se rattraper et remettre tout le monde à sa place.

Cette présidentielle ne se passera pas comme les stratèges la croient déjà écrite: le monde, l’Europe, notre pays sont en ébullition. Et le peuple a horreur qu’on lui impose un scénario électoral dont il ne veut pas. Vous l’avez dit, les principes du début des années 90, construction européenne, interventionnisme international, tanguent dangereusement et il faut en inventer d’autres. Pas facile, mais c’est notre condition historique et politique, que voulez-vous!

Et puis, et puis... Imaginez un instant: vous êtes élu président de la République française (52,3% contre Nicolas Sarkozy, soyons précis, j’ai calculé). Dans votre grandeur d’âme, vous nommez BHL ambassadeur aux Seychelles. Mais si… Il y renouerait avec la grande tradition des écrivains diplomates, et nous ferait des vacances (coup double).  

Ne me dites pas que ça ne vous ferait pas un peu plaisir.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte