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L'économie du partage et le mythe déçu de la perceuse du voisin

DeWalt Power Tool – Drill / digital internet via Flickr CC License By

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Plutôt que d'acheter chacun une perceuse pour ne s'en servir que quinze minutes dans une vie, nous ferions mieux de partager nos objets avec nos voisins, selon les pionniers de l'économie collaborative. La pratique a révélé que c'était plus compliqué.

«L’économie du partage est morte», écrit le site Fast Company. La vraie économie du partage, celle qui, pour reprendre une image devenue incontournable, permettrait à des voisins de mutualiser une perceuse plutôt que d’aller en acheter chacun une dans leur coin, sachant que l’utilisation moyenne d’une perceuse est d’environ quinze minutes... sur tout le cycle de vie de l’objet! L’exemple, rendu célèbre par Rachel Botsman, la théoricienne du mouvement de l’échange entre particuliers qu’on nommerait plus tard économie du partage ou collaborative, a servi de mythe fondateur au secteur. Aucun article ne présentait cette économie encore balbutiante sans citer la perceuse du voisin.

L’article de Fast Company met le doigt précisément là où ça fait le plus mal: alors qu’une économie de la valorisation du moindre actif inutilisé (voiture, logement, et même perceuse) a vu naître des géants qui concurrencent désormais les leaders de chaque secteur, la véritable sharing economy, celle dans laquelle on prêterait sa perceuse, n’a jamais vraiment décollé.

«Tout le monde s'en foutait»

La journaliste a interrogé plusieurs pionniers qui ont lancé des sites de partage d’objets à l’époque où l’enthousiasme pour la sharing economy était à son plus haut. Tous racontent la même histoire: personne n’était vraiment intéressé. Selon le fondateur de la plateforme Neighborrow: «Tout cela faisait sens excepté sur un point: tout le monde s’en foutait. Ils allaient acheter leur perceuse.» NeighborGoods serait l’un des derniers sites américains proposant encore le prêt de perceuse entre voisins, et il ne compte à l’heure actuelle que 10.000 membres actifs.

L'utopie communautaire qui a servi de justification à ces activités de mise en relation semble bien lointaine

Certes, un réseau social de proximité comme Nextdoor aux États-Unis a connu un vif succès, et chaque jour de nouveaux concepts déclinant la promesse du prêt d’objets entre voisins se lancent, chacun espérant devenir le Uber du secteur. Mais l'utopie communautaire qui a servi de justification à ces activités de mise en relation semble bien lointaine.

Règne sans «partage»

Matthew Yglesias sur Slate nous avait mis en garde dès janvier 2014 contre ce contresens absolu qui consiste à faire tomber sous l’appellation d’économie de partage «un éventail assez divers d’entreprises, dont pratiquement aucune n’implique sérieusement le partage».

«Mon voisin et moi partageons une pelle à neige parce que nous partageons des escaliers qui doivent être déblayés quand il neige, et nous partageons la responsabilité du travail à faire. Si j’étais propriétaire des escaliers et que je lui facturais une petite somme à chaque fois qu’il entre ou sort de la maison, ce serait l’inverse du partage.»

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