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Elections grecques: en huit mois, rien n'a changé, mais tout a changé

Alexis Tsipras, le 20 septembre 2015, après sa victoire. REUTERS/Michalis Karagiannis.

Alexis Tsipras, le 20 septembre 2015, après sa victoire. REUTERS/Michalis Karagiannis.

Alexis Tsipras a été reconduit avec un score proche de celui obtenu en janvier, mais du entretemps composer avec la troïka et est désormais placé devant un choix politique et tactique.

Alexis Tsipras sort vainqueur des élections anticipées qu’il a provoquées mais il se retrouve dans une situation aussi difficile qu’avant le scrutin. Contrairement à ce que laissait penser les derniers sondages, il devance largement les conservateurs de la Nouvelle démocratie. Alors que les intentions de vote les donnaient au coude à coude, le chef de file de Syriza obtient à un point près le même résultat qu’aux élections de janvier qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir, avec un peu plus de 35,5% des voix selon des résultats calculés sur 80% des bulletins dépouillés à minuit, sept points devant ses adversaires. Mais comme en janvier, il rate la majorité absolue des sièges au Parlement malgré le bonus de 50 députés –sur 300– accordé à la formation arrivée en tête.

Alexis Tsipras devra donc former un gouvernement de coalition. Avec les 10 sièges annoncés pour les Grecs indépendants (Anel), un petit parti de la droite extrême, il pourra reconstituer la coalition du début du l’année. La gauche de Syriza, qui a fait sécession à cause de son opposition à l’accord avec les créanciers de la Grèce, échoue sur la barre des 3% nécessaires pour entrer au Parlement. Comme en janvier, la troisième force est le parti néofasciste Aube dorée, qui améliore légèrement son résultat (autour de 7% des suffrages). Dans un pays où le vote est en principe obligatoire, l’abstention (plus de 40%) est particulièrement élevée. Les études d’opinion réalisées avant le vote laissaient entendre que les jeunes avaient l’intention de bouder les urnes, mais le score de Syriza ne peut s’expliquer sans une mobilisation de la jeunesse. Il faudra attendre des recherches plus précises pour porter un jugement définitif.

Apparemment, donc, le rapport des forces n’a pas changé depuis le début de l’année. Pourtant, la situation est fondamentalement différente. Alexis Tsipras remporte son troisième scrutin en moins d’un an, les élections du 25 janvier, le référendum du 5 juillet et le vote du 20 septembre, mais les trois ne se ressemblent pas.

Les deux premiers manifestaient un rejet sans équivoque des conditions exigées par les Européens (et le Fonds monétaire international) pour aider la Grèce à rester dans la zone euro. En janvier, Syriza condamnait le gouvernement de coalition de la Nouvelle démocratie et du Pasok pour avoir accepté le deuxième mémorandum de la «troïka» (Commission de Bruxelles, Banque centrale européenne, FMI). En juillet, Alexis Tsipras avait appelé ses concitoyens à confirmer solennellement leur refus des exigences européennes. Plus de 60% avaient mis un point d’honneur à voter «non» à l’austérité. Moins de huit jours plus tard, le Premier ministre grec de la gauche radicale acceptait un troisième mémorandum plus contraignant encore que le deuxième pour obtenir une aide de 86 milliards d’euros. Il n’avait pas le choix. Un refus aurait signé la sortie de la Grèce de la zone euro et une catastrophe économique pour un pays déjà exsangue.

Austérité à visage humain

En passant sous les fourches caudines de l’Europe et du FMI, Alexis Tsipras courait deux risques. Celui de perdre l’appui des membres les plus radicaux de son parti, qui étaient soit partisans d’un retour à la drachme, la monnaie nationale, soit favorables à l’euro mais hostile au mémorandum. Et celui de susciter l’hostilité d’une opinion qui pouvait à juste titre s’estimer trompée. En convoquant des élections anticipées, il faisait donc un double pari: il se débarrassait de l’hypothèque d’une rébellion sur sa gauche –et il semble qu’il l’ait gagné puisque le nouveau parti formé par les dissidents de Syriza n’a pas eu suffisamment de voix pour entrer au Parlement– et il demandait un nouveau mandat –dont tout laisse à penser qu’il lui a été accordé.

Tsipras a fait une bonne campagne et en reconnaissant avoir commis des erreurs, s’est donné l’image d’un homme politique honnête

On peut s’étonner qu’après la volte-face d’Alexis Tsipras, qui a accepté les conditions qu’il a appelées par référendum ses concitoyens à dénoncer, une majorité –relative mais substantielle– le ramène au pouvoir. Le chef de Syriza reste un dirigeant charismatique. Il a fait une bonne campagne et en reconnaissant avoir commis des erreurs, il s’est donné l’image d’un homme politique honnête. Dans une situation difficile, il a trouvé un discours percutant. Certes, il a dû céder à ses partenaires européens, mais il s’est bien battu et il continuera à se battre afin d’obtenir pour la Grèce les meilleures conditions dans ce qui reste de zones d’ombre dans les accords avec les créanciers.

Contrairement aux deux partis –Nouvelle démocratie et Pasok– qui se sont partagés le pouvoir depuis la chute des colonels il y a quarante ans, il fera une politique d’austérité à visage humain, la moins dure possible pour les couches les plus défavorisées. D’ailleurs, il a obtenu au moins un résultat: une promesse de restructuration de la dette grecque. Et les réformes exigées par les créanciers obligeront à lutter contre la corruption, que favorisaient les partis traditionnels, et à moderniser le pays. Il n’est pas sûr que les Grecs, y compris ceux qui ont encore voté pour lui, aient foi en ce discours. Le fatalisme l’emporte sur tout autre sentiment, ce que tendrait à prouver le fort taux d’abstention.

Une nouvelle coalition?

Alexis Tsipras est placé devant un choix politique et tactique. Il peut reconstituer la coalition avec le seul parti des Grecs indépendants et poursuivre à chaque échéance la guérilla avec les créanciers, en prenant le risque d’une réouverture de la discussion sur un «Grexit». Certains de ses discours sur une soi-disant «nouvelle donne» en Europe et son alliance avec les partis de la gauche radicale, Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne, laissent ouverte cette possibilité.

Il peut aussi confirmer le tournant pris au Conseil européen du 13 juillet et saisir l’occasion d’être le dirigeant réformateur que la Grèce attend depuis des décennies. S’il ouvre sa coalition gouvernementale en direction de Potami (le Fleuve), nouveau parti du centre libéral et européen (4% des voix), et de ce qui reste de la social-démocratie sous la forme du Pasok (6% des voix), il montrera sa volonté de tourner la page de la contestation antisystème au profit d’une véritable mutation moderne de la Grèce.

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