Partager cet article

Paris a-t-il besoin de Brooklyn?

Capture d'écran du site du Bon Marché

Capture d'écran du site du Bon Marché

La presse américaine s'extasie devant l'expo du Bon Marché, preuve ultime de la supériorité de Brooklyn...

La presse américaine se passionne pour une nouvelle exposition parisienne –ni Fragonard, ni Chagall, ni Picasso: Brooklyn. Le quartier de New York qui a donné naissance aux hipsters –et aux normcores, et aux barbes foisonnantes, et du coup au retour des barbiers, à tant d'autres tendances érigées en modes de vie– s'est installé au Bon Marché avec ses marques locales: bonnets, bière, chocolat, tout est fabriqué local. 

Jennifer Cuvillier, directrice du style du grand magasin s'enhousiasme: «Brooklyn est un concentré de la culture new-yorkaise contemporaine. Avec plus d’espace et encore plus de liberté.» Achetez donc un savon artisanal pour célébrer la liberté.

 

Paris, un copié-collé de Brooklyn

Mais la presse américaine voit dans cette exposition le signe que Paris a besoin de Brooklyn pour être ou rester «chic». Le Wall Street Journal titre ainsi: «Comment Paris reste chic? Il importe Brooklyn». Selon le quotidien économique, il existe désormais une «bataille pour conquérir l'âme de Brooklyn. Pour les fashionistas, la décision du Bon Marché de placarder dans Paris des panneaux "Brooklyn Mania" mettant en scène un hipster tatoué et moustachu, c'est un fashion statement. D'autres vieux connaisseurs de Brooklyn estiment, au contraire, que l'événement est un nouveau coup poussant le quartier vers sa chute, déchu de son statut subversif de contre-culture.» 

Dans cet article du Wall Street Journal, Eugena Ossi, une photographe qui a déménagé de Brooklyn pour s'installer à Paris il y a deux ans commente: «C'est fou de voir à quel point la ville à changer ces dernières années» et estime que Paris, de bien des points de vue, n'est plus qu'un «copié-collé» de Brooklyn.

Alexandre Khouri, consutant marketing français qui a vécu à Brooklyn trois ans, se plaint de son côté que Paris a «engendré une version de Brooklyn qui manque d'authenticité» selon le Wall Street Journal. Il précise: «Nous en sommes au niveau superficiel du hipster»...

Le New York Times, qui n'est pas à un cliché près sur la France, se fendait lui aussi d'un article sur «l'expo» Brooklyn au Bon Marché, précisant que les Français appellent le quartier «“Le Brook-leen” et pour les Français, ou du moins les Parisiens, c'est une terre exotique et très, très lointaine. Mais il y a un je ne sais quoi [en français dans le texte, of course] dans Brooklyn qui séduit les Français — cette approche intellectuelle de la vie, du style, qui, dans son essence, peut-être, est aussi française que le sont Sartre et Beauvoir eux-mêmes.»

Peut-être Paris a-t-il moins besoin de Brooklyn pour être chic que d'un aussi grand talent marketing que les marques new-yorkaises. Après tout, des quartiers parisiens ont eux aussi été brandés. Et des marques comme Pigalle sont portées par des rappeurs américains... C'est sans doute la presse française qui manque à ses devoirs: écrire des articles positifs sur la façon dont le monde entier vit pour Paris–d'ailleurs Brooklyn se met à apprendre le français– et dont New York a besoin de Paris pour être chic  C'est sans doute à cause de notre légendaire esprit négatif.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte