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Miroir, mon beau miroir, dis-moi que les autres sont plus belles

Miroir  | DualD FlipFlop via Flickr CC License by CC

Miroir | DualD FlipFlop via Flickr CC License by CC

Il y a souvent un fossé entre la manière dont on se perçoit soi-même et la manière dont les autres nous voient. Alors qui sommes-nous face au miroir? Plongée au cœur de nos complexes.

Dans la vie, il y a deux sortes de personnes. Les autres et vous. Vous qui laissez pourrir dans votre frigo tout ce que vous achetez, qui ratez les œufs en neige, qui n’avez pas de projet de livre dans un tiroir, pas de sex-friend, qui n’êtes jamais assise à côté de quelqu’un de connu dans l’avion. Et les autres, qui ont du talent, un extracteur à jus, une vie fabuleuse, faite de rencontres fortuites et de hasards délicieux. Mais surtout, les autres sont super-beaux et vous, vous êtes moche moche moche. 

Ça, c’est dans votre tête. En réalité, vous vous doutiez déjà que les choses étaient un peu plus compliquées, mais cet été, il est apparu encore plus clairement que «les autres» avaient aussi leurs problèmes et que c’étaient les mêmes que les vôtres. Comme Cara Delevingne qui vient de sonner la fin de sa carrière de mannequin parce que ce métier a fini par lui faire détester son corps et son apparence. Comme Miley Cyrus qui racontait cet été à Marie Claire que son rôle d’Hannah Montana l’avait rendue complètement dysmorphophobe (oui, c’est comme ça que ça s’appelle ce que vous avez). Et peut-être comme Sharon Stone qui a dit que ses fesses ressemblaient à un tas de crêpes après avoir posé nue pour le Harper’s Bazaar il y a un mois, mais on ne peut pas juger pour cause de Photoshop. Et vous, c’est quoi votre problème?

1.La dismorpho-parano

Alors qu’elle est persuadée d’être un boudin atomique, tout le monde semble faire comme si de rien n’était. Ses amis ont même tendance à la trouver «jolie», ce qui ne lui facilite pas la vie: impossible de savoir si elle est passée maître dans l’art de la dissimulation ou si ses potes, pris de pitié pour elle, ont décidé de lui cacher la vérité. Soit les gens ricanent en likant ses selfies sur Instagram, soit elle est la seule à voir ces cuisses démesurées, son nez de cochon d’Inde enrhumé et son double menton (à cause duquel elle regarde toujours un peu en l’air). 

Untel ne la rappelle pas après un rendez-vous aussi chaud qu’un clip de Kendji Girac? C'est à cause de ses difformités

La vérité se situe probablement quelque part entre ces deux hypothèses mais cela n’enlève rien au constat suivant. Il y a au moins une chose sur laquelle elle est parfaitement dans la norme (ce trou à rat): son interprétation personnelle de son reflet dans le miroir. Dans le doute permanent face à son physique, elle interprète tout en fonction de ses complexes. Untel ne la rappelle pas après un rendez-vous aussi chaud qu’un clip de Kendji Girac? Elle se persuade que c’est parce qu’il a pris conscience de ses multiples difformités. Et certainement pas parce que saoule, elle a chuté de sa chaise en interpellant le serveur qu’elle appelait «papa».  

La phrase qu’elle redoute qu’on dise sur elle: «Tu vois, on dirait que c’est Guy Carlier qui a avalé Guy Carlier» ou «Mais si tu sais, la meuf un peu difforme».


 

2.L’Apollon complexé

Vegan, sportif, et donc un brin relou, il n’en est pas moins extrêmement bien foutu. Il faut bien que la vie de moine bouddhiste associée à un régime raw ait quelques avantages. En l’occurrence, elle n’en a que deux: savoir cracher du feu et avoir le corps de Brad Pitt jeune. Ce qui vous a naturellement amenée à préférer l’inviter direct chez vous: il ne boit pas et vous n’aviez pas envie d’être ivre au moment du spectacle de son corps en HD (pour une fois que votre lit accueille autre chose qu’un graphiste plus frêle que vous). 

Devant votre désarroi, il vous confesse, gêné, que la taille de son sexe le complexe

Sauf qu’après vous avoir fait l’amour avec l’audace d’un dresseur de lion, le voilà qui commence à se tortiller pour rentrer dans son caleçon avec la grâce d’un rat-taupe nu. Devant votre désarroi, il vous confesse, gêné, que la taille de son sexe le complexe. Ce qui vous laisse sans voix (avouons-le, vous n’en aviez déjà plus beaucoup). Mais vous fait quand même un peu plaisir. 

Si même les êtres qui collent en tout point aux canons de la beauté de leur époque sont incapables d’en profiter, jusqu’à aller chercher dans leur culotte (le seul endroit un peu caché) des raisons de s’inquiéter, c’est qu’il est temps de relativiser. Et que du coup, votre nez n’est peut-être pas si grand que vous le voyez (ou alors vous avez vraiment un problème avec les proportions).

La phrase qu’il redoute qu’on dise sur lui: «Il est à “ça” de la perfection », avec le pouce et l’index écartés de 4 cm.» 


 

3.La moche prétentieuse

On confond souvent la beauté avec autre chose: la jeunesse, l’attitude, Justin Bieber. Elle, on ne sait pas avec quoi elle confond, mais elle est manifestement persuadée d’avoir été moulée avec des gènes boostés au kale. Tant de confiance en soi sur une personne si banale laisse songeur quant à vos amies magnifiques qui sont persuadées d’être des tromblons. Lors de votre première rencontre, elle s’est excusée en s’asseyant à vos côtés dans le Uber parce que ses «jambes immenses» prenaient toute la place. 

Elle vous fascine par sa forme de dysmorphophobie, aussi rare qu’un bon roman de Yann Moix

Elle vous fascine par sa forme de dysmorphophobie, aussi rare qu’un bon roman de Yann Moix: comme nous tous, elle ne voit pas son corps avec objectivité, mais elle, c’est dans l’autre sens. Ce qui donne lieu à des dialogues cocasses, comme lorsqu’elle vous a confié qu’elle craignait que machin ne s’intéresse à elle que pour son physique. Et que plutôt que de répondre «no way, ma vieille, c’est vrai que tout le monde se demande ce qu’il te trouve, mais vraiment personne n’a jamais évoqué cette possibilité», vous avez hoché la tête en silence. Ou le jour où elle vous a dit que la mode des mannequins atypiques avait tué dans l’œuf sa carrière de top. 

La phrase qu’elle redoute qu’on dise sur elle: «Bonjour mon petit bonhomme, qu’est-ce qu’on prendra aujourd’hui?»


 

4.La belle indécente

Elle se trouve affreuse. Mais c’est évidemment la seule à le penser. Parce qu’en vrai, elle est canon. Même après une nuit de débauche et deux heures de sommeil, elle a l’air tout frais pondu. Sauf qu’elle a bien compris que pour avoir des copines filles (sa plus grande difficulté), il faut jouer profil bas et tout miser sur la solidarité. Deux semaines avant votre première escapade à la piscine, elle a commencé à vous bassiner avec «oh là là, faudra pas me juger hein, j’ai une cellulite d’enfer». Pour finalement arriver le jour J en maillot Eres ultra-échancré sur un cul d’athlète de haut niveau. Et quand vous lui faites remarquer qu’elle avait un peu exagéré la situation, elle vous regarde avec les mêmes yeux que votre copine de sixième quand elle avait 19 et vous 8 alors qu’elle avait «rendu copie blanche»

Elle passe l’hiver à vous dire «j’ai faté, tu trouves pas que j’ai faté»

Elle passe l’hiver à vous dire «j’ai faté, tu trouves pas que j’ai faté» à chacun de vos rendez-vous, pour se pointer aux premiers beaux jours du printemps avec un crop top sur un ventre plus plat que le scénario de MI:5. Mais sauve la situation en vous lançant illico: t’as tellement de chance d’avoir la peau parfaite, je suis trop jalouse (alors que vous avez un bouton de fièvre).    

La phrase qu’elle redoute qu’on dise sur elle: Aucune, puisqu’elle passe elle-même ses soirées à se répéter des horreurs face au miroir en se griffant les joues (mais elle ne marque pas).

 

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