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[TIMELINE] Pourquoi le sujet des migrants rencontre-t-il autant d'écho médiatique seulement maintenant?

Des migrants patientent près de la frontière croate, le 17 septembre 2015. REUTERS/Antonio Bronic.

Des migrants patientent près de la frontière croate, le 17 septembre 2015. REUTERS/Antonio Bronic.

Le drame qui fait la une des médias depuis un mois durait depuis des années. Que s'est-il passé pendant le mois d'août?

La frise interactive se situe à la fin de cet article. 

Pas un soir ne passe sans que le drame fasse la une des médias et des débats politiques. Depuis plusieurs semaines, la crise des réfugiés et des migrants occupe tous les débats au sein des pays occidentaux, et plus particulièrement en Europe de l’ouest. Pour s’en rendre compte, il suffit de jeter un œil à Google Trends, qui permet de comprendre l’intérêt d’un sujet au sein de son moteur de recherche. En ce qui concerne les recherches pour les mots «migrants» et «refugees» («réfugiés» en anglais), l’intérêt était quasi inexistant depuis 2011, et l’explosion a bien eu lieu en août et au début du mois de septembre 2015. Avec un accélérateur à particules: la photo d'Aylan, cet enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque, qui a bouleversé l'opinion européenne et fait la une des médias. 

En juillet, l'indice de référencement du mot «migrant» ne dépassait pas 5 sur Google Trends; il s'élève maintenant à 100 (plus le chiffre est important et plus nombreux sont les internautes à taper le mot «migrant» sur Google). On observe que la courbe a commencé à croître légèrement en avril, période où l'afflux de migrants vers l'Europe au départ de la Libye a augmenté de matière considérable. Le sujet avait commencé à faire la une des médias quand plusieurs embarcations avaient coulé au large des côtes libyennes, mi-avril, provoquant la mort de plusieurs centaines de passagers. Sur son blog «Making of», l'AFP avait raconté cette soudaine déferlante médiatique

Si l’on se penche maintenant sur les régions géographiques, on s’aperçoit que les pays où les recherches sont les plus nombreuses sont aussi les plus concernés par les afflux de réfugiés. Ainsi, la fréquence de recherche du terme «migrants» a connu une ascension fulgurante ces quatre derniers mois en Angleterre et en France. Et c’est logiquement que le Nord-Pas-de-Calais (point de passage vers l’Angleterre) et l’Île-de-France, où se trouvent de nombreux camps illégaux, pointent en tête des recherches sur le sujet en France.

Au cœur des préoccupations actuelles, on retrouve deux groupes différents: les réfugiés syriens, afghans et irakiens, qui fuient la guerre civile, et les réfugiés en provenance d'Afrique, qui fuient des régimes dictatoriaux (Erythrée, RDC...), des guerres civiles (Soudan, Somalie...), une grande misère (Gambie, Niger....) ou les trois à la fois. Mais pourquoi l'empressement médiatique, public comme politique, n'arrive que maintenant alors que la guerre en Syrie a tué plus de 250.000 personnes depuis 2011 et que les migrants venus d'Afrique traversent la Méditerranée depuis longtemps et dans une indifférence presque totale? La principale explication est mathématique: il n'y a jamais eu tant de migrants ces dernières années à franchir les frontières de l'Union européenne pour demander asile. L'UE a reçu 213.200 demandes d'asile d'avril à juin, soit une hausse de 85% par rapport à la même période en 2014 a annoncé Eurostat le 18 septembre. Une large partie de cette hausse s'explique par la guerre civile qui s'intensifie encore en Syrie, mais le nombre de réfugiés originaires d'Afrique subsaharienne, d'Irak et d'Afghanistan est également très important. 

Dans la frise chronologique ci-dessous, nous avons listé les différents moments de la crise actuelle pour expliquer comment l'accumulation de plusieurs facteurs dans un laps de temps très court a fini par faire exploser la cocotte-minute de l'urgence migratoire à la face de l'Europe et des médias du continent. Un exemple pour illustrer ce renversement de tendance? Le journal allemand Bild, qui, d'une ligne éditoriale dure à l'encontre de l'immigration, a basculé soudainement dans le camps des «pro-migrants», comme l'explique Le Monde dans un article sur le sujet intitulé très justement: «Le journal allemand miroir du peuple».

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