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En 2015, l’espoir fait toujours vivre le XV de France

En 2007, les Bleus de Thierry Dusautoir (au centre) avaient signé un exploit retentissant contre la Nouvelle-Zélande en quart de finale. REUTERS/Charles Platiau.

En 2007, les Bleus de Thierry Dusautoir (au centre) avaient signé un exploit retentissant contre la Nouvelle-Zélande en quart de finale. REUTERS/Charles Platiau.

Et c’est presque tout ce qui lui reste au moment d’attaquer la Coupe du monde contre l’Italie. Mais c’est aussi beaucoup avec, comme à chaque fois, une grosse préparation physique pour y croire un peu ou vraiment.

Philippe Saint-André est-il le plus mauvais sélectionneur de l’histoire du rugby français? Pour nombre d’observateurs, la réponse, évidemment positive, ne souffre d’aucune discussion tant les résultats récents du XV de France ont été médiocres au regard de sa longue et prestigieuse histoire. Pour l’enfant de Romans-sur-Isère, la Coupe du monde, disputée en Angleterre, établira le (dépôt de?) bilan définitif de près de quatre années pendant lesquelles, sous ses ordres, l’équipe de France n’a jamais gagné le Tournoi des VI Nations, en produisant un jeu souvent frustrant et incohérent. Seule une victoire, voire une place en finale –et encore aux yeux de certains…– changera le regard qui sera porté sur son mandat à la tête d’une sélection qui, à travers le temps, et c’est le dernier espoir de Saint-André, a toujours été jugée comme imprévisible. Un vrai cliché en ce qui la concerne, depuis la création de la Coupe du monde en 1987.

Le sera-t-elle, une nouvelle fois, comme elle avait su l’être en 2011 quand il lui avait manqué deux points pour remporter la Coupe Webb-Ellis, finalement soulevée par la Nouvelle-Zélande, victorieuse 8-7 à Auckland? Avec ce ballon ovale et ses deux bouts pointus, il est, toujours difficile, il est vrai, de savoir de quel côté rebondira le destin…

Il y a quatre ans, Marc Lièvremont était, comme Philippe Saint-André, sous le feu de la critique après un Tournoi des VI nations complètement raté et marqué notamment par une défaite jugée comme humiliante face à l’Italie. Mais contrairement à Saint-André, littéralement nu sur le plan des résultats, Lièvremont avait abordé la compétition avec au moins le bénéfice du doute en étant encore plus ou moins porté par l’aura du Grand Chelem réalisé par le XV de France sous sa conduite en 2010. Hélas pour lui, en Nouvelle-Zélande, il avait fini par dilapider tout crédit aux yeux de l’opinion le jour de la défaite contre les Tonga lors de la phase de poules peu de temps après avoir perdu son calme en conférence de presse en apostrophant un journaliste. Après ce match, il avait même été question de honte en Mondovision. Et puis une partie de la magie était revenue… comme par magie contre l’Angleterre en quarts de finale avant un succès étriqué sur le Pays de Galles en demi-finales jusqu’à cette finale si acharnée face aux All Blacks. Le résultat d’une longue et lourde préparation physique d’environ deux mois, semblable à celle vécue en 2015, avait fini par se faire sentir au fil d’une épreuve placée sous le sceau de l’endurance.

Jamais là où on l'attend vraiment

C’est, en résumé, l’histoire du XV de France, jamais là où on l’attend vraiment avant ou pendant une Coupe du monde. Lors des sept précédentes éditions de la compétition, de 1987 à 2011, il a trompé son monde à… sept reprises, dont six fois à son avantage. De quoi autoriser Philippe Saint-André et son staff à faire une croix dans la porte du vestiaire de leur équipe 2015.

En 1987, alors qu’il venait de réussir le Grand Chelem dans le Tournoi des V Nations, mais dans une Coupe du monde où une finale Nouvelle-Zélande-Australie paraissait aussi évidente que le nez au milieu de la figure, le XV de France était parvenu à renverser l’Australie en demi-finales de la compétition universelle à Sydney. Guère enthousiasmant jusque-là à l’image d’un match nul (20-20) contre l’Ecosse lors de sa première rencontre, il s’était sublimé face aux Australiens lors d’un choc resté dans les annales (30-24) et installé sur le champ au panthéon des matches de rugby.   

En 1991, mouvement inverse, dans un quart de finale annoncé comme serré contre l’Angleterre, auteur d’un Grand Chelem cette année-là, mais avec l’avantage de le jouer à domicile au Parc des Princes. Les Bleus avaient échoué 19-10 pour des motifs inattendus: des maladresses et un étrange manque d’âme qui ne leur ressemblaient pas.

En 1995, en Afrique du Sud, l’optimisme n’était pas de rigueur autour d’une équipe dirigée par Pierre Berbizier et à qui il était reproché de manquer de fond de jeu. Le Tournoi des V Nations avait été calamiteux moins de trois mois plus tôt avec une leçon reçue des mains des Anglais à Twickenham et une désillusion au Parc des Princes contre les Ecossais -la première victoire des Britanniques du Nord à Paris depuis 1969. Le traumatisme avait été profond et les commentaires peu amènes avaient fleuri. Des Ecossais que les Français avaient battus sur le fil en poule lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud pour éviter la Nouvelle-Zélande en quarts de finale. Puis le XV de France avait frappé à la porte de la finale lors d’un duel mémorable en demi-finales contre l’Afrique du Sud sous le déluge de Durban. Il n’avait manqué que quelques centimètres aux Français pour triompher, mais même battue (19-15), cette équipe avait été sauvée par son héroïsme et la grâce de cette inoubliable ruée finale vers l’en-but des Springboks.

Redonner du sens à son histoire

En 1999, ce fut le bouquet. Le Tournoi des V Nations avait été un long hiver sans fin sanctionné par une dernière place. «La faillite, les voilà!», avait titré L’Equipe après une dernière douche écossaise à Paris. «Achevés, les ridicules!», «Au fond du Loch», avaient constitué d’autres manchettes intérieures employées par le quotidien sportif. Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux, les sélectionneurs, comme Jo Maso, leur patron, avaient donc abordé la Coupe du monde au cours de l’automne suivant avec d’inquiétants nuages au-dessus de leur tête. Là encore, une longue période de préparation de près de deux mois allait faire la différence en dépit de l’absence de quelques titulaires. Car le 31 octobre, à Twickenham, ce fut le chef d’œuvre d’une demi-finale sublime contre les All Blacks (43-31) qualifiée de l’un des plus gros exploits de l’histoire du sport français et que la large défaite contre l’Australie en finale n’est toujours pas parvenue à éclipser.

En 2003, le Tournoi des VI Nations avait été encore décevant et la saison des Bleus avait été qualifiée de mauvais rêve, mais le XV de France était parvenu encore en demi-finales, où l’Angleterre ne lui avait pas laissé la moindre chance. En 2007, lors d’une Coupe du monde organisée en France, les hommes de Bernard Laporte n’avaient pas atteint l’objectif qu’ils s’étaient fixé –gagner– mais le nouveau triomphe contre les All Blacks –le must– en quarts de finale avait été joli pansement sur la plaie. D’une manière ou d’une autre, et c’est un art qu’il faut leur reconnaître, les tricolores se sont toujours débrouillés pour ne pas sortir sous les quolibets.

Mais cette fois?

«On croit en nous, on croit en ce qu’on fait», a jugé l’affable Philippe Saint-André, au poil moins sensible à la vindicte que celui de Marc Lièvremont. «Le rugby français a fait trois finales de la Coupe du Monde et n’en a ramené aucune. On rentre avec beaucoup d’humilité, on sait qu’on n’est pas les favoris de la compétition.» Malgré son jeu souvent considéré comme illisible, le XV de France s’apprête peut-être, après tout, à redonner du sens à son histoire. A ce stade, personne de raisonnable n’y croit tout en pensant très fort à l’habituel imprévu…

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