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«La sangle qui attache tue le lien humain qui soigne»: une pétition dénonce la contention à l'hôpital

Un lit dans un hôpital suisse. REUTERS/Michael Buholzer

Un lit dans un hôpital suisse. REUTERS/Michael Buholzer

Le collectif des 39 s'inquiète de la banalisation des pratiques visant à immobiliser les patients. D'autres voix avaient déjà mis à l'index le manque d'encadrement de ces actes.

C’est un débat qui évoque des images d’un autre âge: «En France, chaque jour, on enferme, on immobilise, on attache, on sangle, des personnes malades», écrit le collectif des 39, des soignants qui ont lancé une pétition signée par de nombreux chercheurs, élus et intellectuels pour dénoncer l’augmentation des pratiques de contention physique à l’hopital.

En 2014, un rapport de l’ex contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue (qui était depuis devenu président de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité et a été récemment écarté par le pouvoir car jugé trop indépendant) tirait la sonnette d’alarme, constatant notamment la banalisation des sangles dans les maisons de retraite

«Il n’est pas question de discuter ici le fait que certains patients particulièrement agités, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, puissent nécessiter le recours à l’isolement voire à la contention. Il n’en reste pas moins qu’une telle décision devrait répondre à des critères précis et des conditions déterminées, ce qui n’est pas toujours le cas.»  

Constituer un registre

Le député PS de Loir-et-Cher, Denys Robiliard, dénonçait lui aussi dans un rapport remis à Marisol Touraine en décembre 2013 «un recours problématique à la pratique de la contention et à l’isolement thérapeutique», regrettant des statistiques «rares» dans ce domaine et «aucun suivi» au niveau national. Il observait que les situations étaient inégales d’une région à l’autre, le recours à la contention pouvant être pratiqué de façon habituelle au centre psychothérapique Nord-Dauphiné à Bourgoin-Jallieu, et étant en revanche rare et «vécu comme un échec» à la clinique de l’Établissement de santé mentale de Lille Métropole.

La contention est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la psychiatrie

Jean-Claude Pénochet

À l’instar de Jean-Marie Delarue, il préconisait «de constituer un registre administratif dans chaque établissement d’hospitalisation psychiatrique» recensant les mesures contention prises et précisant l’identité des patients.

Un traumatisme

«La contention est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la psychiatrie. Plus la psychiatrie va mal, plus la contention sera utilisée», a indiqué dans son audition pour ce rapport le docteur Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux.

«Les patients qui les ont subies en témoignent régulièrement, elles produisent un traumatisme à jamais ancré dans leur chair et dans leur cœur», estime quant à lui le collectif des 39, qui avance qu’il existe d’autres solutions, mais que «ce savoir faire est en train de se perdre au profit de la banalisation grandissante de ces actes de contention».

Repenser la formation

Selon le collectif, c’est la mutation en cours au sein des hopitaux, à qui l’on demande de plus en plus une gestion d’entreprise, qui serait à l’origine de ces maltraitances. «L’emprise gestionnaire et bureaucratique envahit le quotidien: principe de précaution, risque zéro, techniques sécuritaires, protocolisation permanente des actes, réduction du temps de transmission entre les soignants etc… Elle dissout petit à petit la disponibilité des acteurs de soins.»

Le collectif réclame a minima, à défaut de «proscrire la contention», de «repenser la formation» et de «donner de toute urgence des moyens nécessaires à cette mission complexe».

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