Partager cet article

Rugby-fiction: qui aurait gagné la Coupe du monde si celle-ci avait existé avant 1987?

Ou comment la France et le Pays de Galles ont chacun conquis deux titres mondiaux.

Nouvelle-Zélande (1987, 2011), Australie (1991, 1999), Afrique du Sud (1995, 2007), Angleterre (2003). En vingt-huit ans et sept éditions, la Coupe du monde de rugby n’a sacré «que» quatre nations. Son palmarès ne dissipe pas vraiment l’impression que ce sport a été privatisé par une poignée de pays, même si l’égalité entre les trois nations de l’hémisphère Sud est une incongruité vu la domination des All Blacks néo-zélandais sur la discipline.

La Coupe du monde de rugby est née du modèle de la Coupe du monde de football. Or, en sept éditions, la Coupe du monde de football n’avait elle aussi titré que quatre pays: l’Uruguay (1930, 1950), l’Italie (1934, 1938), l’Allemagne de l’ouest (1954) et le Brésil (1958, 1962). Le sixième est venu très rapidement (Angleterre, 1966) mais il aura fallu attendre l’Argentine en 1978, la France en 1998 et l’Espagne en 2010 pour élargir le cercle. Ce coup de rétro enseigne que le manque de profondeur du palmarès à XV est aussi, peut-être, le résultat de la jeunesse de l’épreuve.

Pour en être certain, nous avons imaginé ce que serait le palmarès de la Coupe du monde de rugby si celle-ci était née après la Seconde Guerre mondiale, un an après la reprise de la Coupe du monde de football (1950). «Imaginé» est un terme approprié, puisque le rugby international était à l’époque rythmé par les tournées et les compétitions continentales. Il a fallu consulter deux historiens du rugby, Henri Garcia (La Fabuleuse histoire du rugby, La Martinière) et Jacques Verdier (Anthologie mondiale du rugby, Flammarion) pour donner aux rapports de force de chaque époque toute leur vivacité et leur vraisemblance. Les deux puits de science ont joué le jeu. Et ils nous le certifient: l’équipe de France, si on veut bien s’en convaincre, a déjà été double championne du monde.

1951Nouvelle-Zélande

La réalité

Au sortir de la guerre, le rugby se réorganise, les matches internationaux reprennent. L’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande sont encore les meilleures. «Depuis le début du rugby, même si ce sont les Anglais qui ont inventé ce sport, ce sont les nations du Sud qui dominent, explique Henri Garcia. Et après la guerre, les Springboks laminent tout le monde!»

En tournée en Europe en 1951, les Sud-Africains concassent notamment l’Ecosse à Murrayfield (0-44). L’Ecosse a beau être «le parent pauvre du rugby britannique» (Jacques Verdier), le score a valeur d’exemple. La Nouvelle-Zélande, malgré un jeu spectaculaire, traverse une crise: sa mêlée est ridicule. A l’été 1949, les All Blacks partent en tournée et enchaînent quatre défaites en quatre matches contre les Springboks. Le capitaine Fred Allen jette l’éponge, ou plutôt les crampons. Sur le chemin du retour, il balance ses chaussures à l’eau et annonce qu’il prend sa retraite. En désespoir de cause, les dirigeants néo-zélandais acceptent une proposition de stage formulée par l’entraîneur sud-africain. Danie Craven y révèle tous ses secrets de tenue en mêlée à ses plus grands adversaires. Les Blacks musclent leur jeu.

La fiction

La finale rêvée: Afrique du Sud – Nouvelle-Zélande, à Johannesburg, 6-8

Les leçons de Danie Craven auraient porté leurs fruits. Cette finale, les Blacks l’auraient joué «à la Springboks», leur nouveau répertoire des années 50. Emmenés par leur capitaine et n°8 Peter Johnstone, ils auraient pris les Sud-Africains à leur propre jeu et se seraient imposés dans un match rugueux, où les ailiers néo-zélandais auraient tout de même su trouver leur place, notamment le tout jeune Ron Jarden, spécialiste du cadrage-débordement, élu meilleur sportif néo-zélandais en 1951.

L’image culte à laquelle on a échappé

A 50 mètres des poteaux néo-zélandais, Okey Geffin installe son ballon et se prépare à taper une pénalité. Il prend son élan, souffle un coup et s’élance; ça passe pour le pilier sud-africain. Oui, Okey Geffin est pilier. Il est l’un des seuls joueurs de l’histoire qui pousse en mêlée aussi bien qu’il passe des points au pied. Il a appris à jouer au rugby pendant la Seconde Guerre mondiale, quand il a été fait prisonnier par les Italiens et qu’il s’est retrouvé dans un camp avec l’ancien Springbok Bill Payn. C’est lui qui lui a enseigné les subtilités de la mêlée et du jeu au pied.

1955Nouvelle-Zélande

La réalité

L’équipe de France commence à faire partie des nations qui comptent. En 1954, elle remporte pour la première fois le Tournoi des Cinq nations, ex-aequo avec l’Angleterre et le Pays de Galles. Avec Jean Prat comme capitaine, surnommé «Mister Rugby» par les Anglais, les Bleus commencent à se structurer. En 1954, l’équipe de France s’impose 3-0 face à la Nouvelle-Zélande venue en tournée en Europe.

Mais malgré cette courte victoire, la France a de graves lacunes qui ne lui permettent pas d’être constante: «Les joueurs ne connaissaient pas les règles, se rappelle Henri Garcia. Contre les All Blacks, c’est Jean Prat qui marque et il aplatit juste sur la ligne. Tous les joueurs français se sont demandés si l’essai allait être validé ou non. Ils n’étaient pas certains qu’un essai sur la ligne d’en-but soit valable. Et en mêlée, c’était compliqué, les talonneurs étaient un peu des trapézistes. Ils se suspendaient à leurs piliers et ils attendaient que ça passe.»

La fiction

La finale rêvée: Nouvelle-Zélande – France, à Auckland, 32-3.

Pour les Bleus, la stratégie aurait été la même qu’en 1954: objectivement moins bons que les Néo-Zélandais balle en main, les joueurs auraient été priés par leur capitaine de plaquer tout All Black aperçu dans les parages. Mais cette fois, après un mois et demi de compétition, les Français n’auraient pas eu la fraîcheur qui leur avait permis de l’emporter. Le demi d’ouverture Bowers aurait relancé tous les ballons gagnés en conquête par ses avants et la France aurait explosé, totalement dépassée.

L’image culte à laquelle on a échappé

Le All Black le plus redouté est l’arrière Bob Scott, 1m79, 80 kg. Plus grand et aussi lourd que le capitaine français Jean Prat, qui joue en troisième ligne, il bombarde ses adversaires avec des coups de pied géants et charge les défenses comme un avant. Son physique et son jeu sont totalement hors-norme pour l’époque.

1959France

La réalité

Puisque la fédération internationale n’établit pas de classement mondial, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande décident de prendre les choses en main. En 1956, les deux fédérations se mettent d’accord: une série de quatre tests sera organisée à l’été en Nouvelle-Zélande et elle permettra d’établir une hiérarchie mondiale. Les All Blacks remportent trois des quatre rencontres en produisant un rugby basé sur le jeu au pied et le défi physique (11-5, 17-10, 3-8, 10-6). Ils se proclament donc meilleure équipe du monde.

Sauf que de l’autre côté du monde, le rugby français fait sa révolution. Lucien Mias revient en équipe de France et réinvente le jeu. «Mias, c’est une très forte personnalité, explique Jacques Verdier, avec beaucoup de charisme et une grande gueule. Il a pris le jeu à son compte, lui a apporté sa rigueur, tout en laissant les arrières exprimer leur talent.» Le deuxième ligne a compris que pour être efficaces, les avants devaient jouer collectivement et être plus rigoureux. Et ça paye. En 1958, la France bat l’Australie, le Pays de Galles, l’Irlande et surtout, l’Afrique du Sud chez elle devant 90.000 spectateurs (5-9). L’année suivante, la France s’impose seule dans le Tournoi pour la première fois. Pour Henri Garcia, ça ne fait pas de doute: «Entre 1958 et 1960, la France avait la meilleure équipe du monde.»

La fiction

La finale rêvée : France – Nouvelle-Zélande, à Londres, 11-6.

«La bande des Sud-Africains». Ainsi sont qualifiés les joueurs de l’équipe de France qui se sont imposés à Johannesburg en 1958. C’est elle qui aurait été entièrement alignée pour jouer cette finale. La deuxième ligne Mias-Mommejat aurait surclassé ses adversaires en touche, le numéro 8 Jean Barthe aurait couru partout et sauvé plusieurs occasions d’essai néo-zélandaises, la première ligne bleue aurait fait plier la mêlée des Blacks. La Nouvelle-Zélande aurait réussi à coller au score grâce aux drops de son arrière Don Clarke, mais le centre Roger Martine, surnommé «Bichon» par tous ses coéquipiers et considéré comme le meilleur des trois-quarts par Mias, aurait marqué l’essai de la victoire.

L’image culte à laquelle on a échappé

Lucien Mias charge la défense néo-zélandaise balle en main. Au moment où il percute le n°8 adverse, Peter Jones, il se retourne et donne à son coéquipier Jean Barthe qui arrivait lancé et continue tout droit pour percuter à son tour. C’est un «demi-tour contact». Mias a inventé ce geste technique au milieu des années 50. Il fait aujourd’hui parti des classiques du rugby.

1963Afrique du sud

La réalité

En 1961, l’Afrique du Sud vient en tournée en Europe et c’est un véritable carnage pour le rugby britannique. En 30 matches (contre les équipes nationales, mais aussi contre des provinces), les Springboks ne perdent qu’une fois et concèdent un match nul. Ils ont marqué un total de 567 points, contre 132 pour leurs différents adversaires. Ils arrivent en France confiants, et revanchards après leur défaite à domicile en 1958. Mais la France tient de nouveau tête aux Boks et le match se termine avec un score vierge (0-0).

Les Bleus partent ensuite en tournée en Nouvelle-Zélande. La victoire dans le Tournoi des Cinq nations et le match nul contre l’Afrique du Sud font illusion. Depuis le départ à la retraite de Lucien Mias en 1959, le rugby français patine. Le match contre les All Blacks de Colin Meads, «un joueur formidable, flamboyant» pour Henri Garcia, est un fiasco. 32-3, la pire défaite française depuis 1945.

Jusque là inexistante, l’Australie commence à faire peur. «Les Australiens étaient très moyens jusque dans les années 60. Après ils ont eu des individualités formidables, décrypte Henri Garcia. Mais le rugby à XV n’y est pas un sport très populaire, le XIII attire beaucoup plus.» En tournée en Afrique du Sud, l’Australie s’impose à deux reprises face aux Springboks, pour la première fois depuis 1933.

La fiction

Finale rêvée: Afrique du Sud – Australie, à Colombes, 8-0

Le demi d’ouverture australien Phil Hawthorne aurait eu beau essayer d’enflammer le jeu et relancer de partout, les Australiens se seraient sans cesse écrasés contre une défense sud-africaine impeccable. Les deux ailiers sud-africains, Antelme et Engelbrecht n’auraient pas touché une balle, mais le pilier Piet du Toit aurait marqué un essai après avoir mis sur les fesses le n°9 australien Ken Catchpole.

L’image culte à laquelle on a échappé

Avril Malan soulève le trophée à la fin du match. Il est le plus jeune capitaine de l’histoire du rugby sud-africain. Il a été nommé pour la première fois à 23 ans, en août 1960, pour un test face à la Nouvelle-Zélande.

1967Nouvelle-Zélande

La réalité

La France remporte le Tournoi des Cinq nations en 1967, mais les deux éditions précédentes ont été gagnées par le Pays de Galles, qui commence à se structurer. «Le rugby est très populaire au Pays de Galles, explique Henri Garcia. C’est un sport de mineurs et d’ouvriers. A partir des années 60, ils vont avoir des joueurs remarquables et les générations fabuleuses vont se succéder.» Mais contre les pays du Sud, les Gallois se prennent des raclées. 24-3 contre l’Afrique du Sud en 1964, 6-13 contre la Nouvelle-Zélande en 1967.


 

Les Néo-Zélandais, eux, gagnent partout. Après avoir refusé d’aller en Afrique du Sud, où les lois de l’apartheid interdisaient aux Maoris de jouer, les All Blacks viennent se dégourdir les jambes en Europe. Quinze matches, quinze victoires. Que ce soient les Anglais (11-23), les Ecossais (3-14), les Gallois (6-13) ou les Français (15-21), personne ne fait le poids face à l’équipe de Brian Lochore. «Les Blacks avaient toujours un temps d’avance sur tout le monde, témoigne Jacques Verdier. Leur vitesse d’exécution était parfaite. Et ils ont toujours su se renouveler, inventer de nouvelles choses.»

La fiction

Finale rêvée: Nouvelle-Zélande - Pays de Galles, à Auckland, 33-12.

Comme lors de sa tournée, la Nouvelle-Zélande aurait survolé la compétition. Et en finale, elle n’aurait laissé de chance à personne. Les pauvres Gallois n’auraient rien pu faire si ce n’est compter les essais marqués par cette équipe, «la plus entreprenante alors jamais vue», selon Henri Garcia. Les Blacks auraient évité les coups de pied autant que possible, l’ouvreur Kirton préférant lancer le jeu à la main et offrir des ballons d’essais à ses ailiers Steel et Dick.

L’image culte à laquelle on a échappé

Le deuxième ligne néo-zélandais Colin Meads a la balle. Il attaque, se fait plaquer et passe au sol. Mêlée ouverte. Le troisième ligne et capitaine Brian Lochore arrive au soutien, fixe les adversaires pour permettre à son demi de mêlée Laidlaw de sortir la balle, de l’offrir à un de ses avants, qui va de nouveau créer un point de fixation. Les Néo-Zélandais viennent de créer le pick and go, nom percutant pour désigner une succession de mêlées ouvertes. Elle est devenue incontournable dans le rugby contemporain.

1971Pays de Galles

La réalité

Le Pays de Galles remporte le Tournoi des 5 nations en 1964, 1965, 1966, 1969 et fait le Grand Chelem en 1971, le sixième de son histoire. Avec Barry John à l’ouverture, Gareth Edwards à la mêlée et JPR Williams à l’arrière, les Gallois ont la plus belle équipe du monde: «Ils ont toujours eu beaucoup de talent, mais là… C’était remarquable, s’enthousiasme Henri Garcia. Ils proposaient un jeu qui ressemblait à celui des All Blacks. Mais pas les All Blacks de 1971, ceux d’aujourd’hui!»

Une peinture de Gareth Edwards sur un mur de l'Arms Park (via Wikimedia Commons).

Dans le sillage de ce jeu flamboyant, les Gallois apportent un nouveau mode de préparation. L’équipe nationale fonctionne comme un vrai club, les joueurs se retrouvent régulièrement pour s’entraîner, avec un système de préparation complet, qui préfigure les méthodes professionnelles d’entraînement.

Dans l’hémisphère Sud aussi, les choses changent. En 1970, l’Afrique du Sud fait une entorse à ses lois racistes et autorise les Maoris néo-zélandais à venir jouer. Les All-Blacks partent donc en tournée avec Going, Williams et Furlong. «Ces trois Maoris apportaient beaucoup au rugby des Blacks, explique Garcia. Ils avaient des prédispositions physiques incroyables. Avec eux, la Nouvelle-Zélande pouvait vraiment jouer un rugby complet.» Pourtant, les All Blacks perdent trois de leurs quatre matches. La fracture du bras de Colin Meads et l’appendicite de Laidlaw n’y sont sûrement pas pour rien.

La fiction

La finale rêvée: Nouvelle-Zélande – Pays de Galles, à Edimbourg, 23-28.

Le match aurait été étincelant, sûrement la plus belle de toutes les finales. Les deux équipes auraient développé un jeu rapide, technique et puissant. Les avants ne se seraient pas contentés de pousser comme des brutes en mêlée, ils auraient pris part au jeu. Les troisième lignes des deux équipes auraient eu recours aux passes croisées. Les arrières auraient tenté les courses les plus folles vers l’en-but. C’est le génie du demi de mêlée Gareth Edwards, surnommé «The Prince», et de son ouvreur Barry John, «The King», qui aurait fait la différence et permis aux Gallois de l’emporter.

L’image culte à laquelle on a échappé

Les Gallois expédient la balle en touche. Aux Néo-Zélandais de la remettre en jeu. Le talonneur Norton se charge du lancer. Une scène banale au vu des codes de 2015. Sauf qu’en 1971, cela fait à peine deux ans que l’entraineur sud-africain Avril Malan a eu l’idée de faire effectuer les lancers en touche par le talonneur et non plus par le demi de mêlée ou l’ailier, pour que ceux-ci soient disponibles dans le jeu plus rapidement. Les Néo-Zélandais adoptent vite cette nouvelle stratégie. En France, à la fin des années 80, quelques n°9 continueront faire les lancers en touche. Plus pour longtemps.

 

1975Pays de Galles

La réalité

Le départ à la retraite sur un coup de tête de son ouvreur Barry John en 1972, alors qu’il n’a que 27 ans et qu’il enchaîne les matches parfaits, déstabilise le Pays de Galles. Mais en 1975, l’équipe se relance. Un nouveau 10 est trouvé avec John Bevan, des jeunes joueurs font leur entrée dans l’équipe, notamment le pilier Price. Et ça fonctionne. Les Gallois remportent le Tournoi, en infligeant notamment un sévère 10-25 à l’équipe de France.

Le rugby commence à s’ouvrir à de nouvelles nations. Le Japon vient jouer en Europe pour la première fois en 1973. Trois défaites en trois matches. L’Argentine vient aussi se jauger dans les îles britanniques. Deux matches, deux défaites, mais une in extremis, 11-10 face à l’Ecosse.

La Nouvelle-Zélande est un invité plus habituel en Europe. Elle revient à l’automne 1972. Avec un nouvel entraîneur, Bob Duff: «Il était un peu con, tranche Henri Garcia. Il a fait jouer les All-Blacks contre nature. Il leur a demandé de produire un jeu étriqué, axé uniquement sur la puissance des avants.» Les All-Blacks perdent contre les Gallois 3-9 et peinent à s’imposer face à l’Ecosse (14-9). Les Néo-Zélandais reviendront vite à leur jeu traditionnel, mais ils sont tout de même battus par la France en 1973, 13-6.

Quant à l’Afrique du Sud, seule la France continue à l’accueillir. Les autres nations ont décidé de ne plus jouer contre elle en protestation contre l’apartheid. «Cela brouille la hiérarchie mondiale, explique Jacques Verdier. Mais ils ont toujours été très forts. S’ils avaient été invités en tournées, ils auraient sûrement gagné.»

La fiction

La finale rêvée: Pays de Galles – Nouvelle-Zélande, au Parc des Princes, 15-9

La Nouvelle-Zélande aurait balbutié son rugby, mais sa troisième ligne, emmenée par le capitaine Kirkpatrick, aurait limité les dégâts. Au contraire, le Pays de Galles aurait récité son rugby. Gareth Edwards aurait alterné jeu au pied et jeu à la main et le pilier Price aurait marqué un essai en contre après une course de 80 mètres, comme contre la France dans le Tournoi en 1975.

L’image culte à laquelle on a échappé

Gareth Edwards marque un essai d’une classe folle, pas si loin, dans sa construction, du sprint qui lui a permis d’inscrire l’essai considéré comme le plus beau de tous les temps avec les Barbarians contre la Nouvelle-Zélande. Plus 4 points au tableau d’affichage. Depuis 1973, la valeur de l’essai est passée de 3 à 4 points. Ce n’est qu’en 1992 qu’il vaudra 5 points.

 

1979France

La réalité

Le XV de France réalise un exploit que personne avant lui n’a accompli. En 1977, il réalise le Grand Chelem avec les quinze même joueurs, et sans encaisser un seul essai! «Cette équipe aurait pu battre n’importe qui, affirme Jacques Verdier. On l'a souvent réduite à sa puissance physique, mais c’est oublier les essais formidables qu’elle a inscrit, notamment contre l’Ecosse (4 essais, victoire 23-3).» Henri Garcia confirme: «Jacques Fouroux, le demi de mêlée, était un visionnaire. Et ils avaient une troisième ligne royale. Bastiat était un grand sauteur, Rives était ce qu’il était, et Skrela était l’égal de Rives. Ils faisaient peur à tout le monde. Par leur jeu, et aussi un peu parce qu’ils balançaient souvent des coups de pompes!» Mais la France est rattrapée par son inconstance. En tournée en Argentine l’été suivant, elle fait match nul pour la première fois face aux Pumas.


 

En 1978, la Nouvelle-Zélande réalise pour la première fois un grand chelem lors de sa tournée dans les îles britanniques. Les All Blacks ont définitivement abandonné le jeu restrictif de Duff et s’imposent 10-6 en Irlande, 12 -7 au Pays de Galles, 12-6 en Angleterre et 18-9 en Ecosse. Mais elle n’est pas invincible. En 1979, la Nouvelle-Zélande accueille l’équipe de France, dont Rives est désormais le capitaine. Pour la toute première fois, les All Blacks vont s’incliner à domicile contre les Bleus (24-19), avec quatre essais français de Gallion, Caussade, Averous et Codorniou.

La fiction

La finale rêvée: France – Nouvelle-Zélande, à Auckland, 6-3.

Jean-Pierre Rives, que tout le monde appelle désormais «Casque d’Or», aurait réitéré l’exploit de l’été 1979. Avec moins de marge au score, mais tout autant de panache, l’équipe de France aurait imposé son rythme aux All-Blacks. La Nouvelle-Zélande aurait souffert en mêlée, sous la pression de Dubroca, Dintrans et Paparemborde.

L’image culte à laquelle on a échappé

A la fin du match, les deux capitaines, Jean-Pierre Rives et Graham Mourie, se serrent la main. Et si le public félicite le vainqueur, c’est surtout Mourie qu’il acclame, malgré la défaite. Capitaine emblématique, il est adoré en Nouvelle-Zélande. Il le sera encore plus à partir de 1981, quand une grande partie de l’opinion publique appréciera qu’il refuse de participer à la tournée néo-zélandaise en Afrique du Sud, au contraire de la plupart de ses coéquipiers. Il sera décoré de l’Ordre de l’Empire britannique en 1981, quelques années avant la Légion d’honneur de Rives.

1983Australie

La réalité

Longtemps à la ramasse, le rugby australien change radicalement dans les années 80: «Jusque là, l’équipe d’Australie était très quelconque, explique Jacques Verdier. Et puis Bob Dwyers a pris l’équipe en main. Il a déniché de bons joueurs, comme les frères Ella, et il a inventé un nouveau modèle de jeu, plus à plat.» Cette nouvelle stratégie fonctionne: l’Australie remporte deux victoires contre la France et une contre l’Irlande en 1981, met une volée à l’Ecosse l’année suivante (33-9) et s’impose une fois contre la Nouvelle-Zélande, chez elle (16-19).


 

En Europe, aucune hiérarchie nette ne se dégage. Le Tournoi de 1980 est remporté par l’Angleterre, celui de 1981 par la France, le suivant par l’Irlande et en 1983, la France et l’Irlande doivent se partager la victoire. L’Ecosse a du mal à suivre le rythme: «Ils ont eu de bons joueurs, mais ils n’ont jamais été au niveau, explique Garcia. Une fois, quand même, ils ont failli gagner contre les All Blacks… » C’est en 1983, quand les Néo-Zélandais viennent à Murrayfield et que les Ecossais arrachent le match nul 25-25.

La fiction

La finale rêvée: Australie – Nouvelle-Zélande, à Londres, 9-6.

La jeune équipe australienne aurait été un peu tétanisée par la pression de sa première finale et n’aurait pas déployé beaucoup de jeu. L’ouvreur et capitaine Mark Ella aurait préféré concentrer ses joueurs sur la défense, pour laisser le moins de place possible aux All-Blacks. Mais l’ailier David Campese aurait bonifié un de ses rares ballons, aurait passé en revue toute la défense néo-zélandaise et aurait marqué l’essai de la victoire.

L’image culte à laquelle on a échappé

L’Australie remporte sa première Coupe du monde et c’est le jeune capitaine Mark Ella, 24 ans qui soulève le trophée. Il est un des rares joueurs aborigènes à avoir obtenu le capitanat. Il mettra fin à sa carrière à la surprise générale en 1984, à 25 ans et au sommet. Même David Campese, pourtant avare compliments, l’admire: «C’est un des meilleurs joueurs de rugby que je n’ai jamais connu ou même vu!»

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte