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L'arrestation de l'ado musulman geek est aussi un acte technophobe

 Capture d'écran de l'interview d'Ahmed Mohamed par le Dallas News.

Capture d'écran de l'interview d'Ahmed Mohamed par le Dallas News.

Les plus grands noms de la Silicon Valley le soutiennent et Barack Obama l'a invité à la Maison Blanche: l'histoire du jeune Ahmed Mohamed est le symbole d'une islamophobie toujours plus présente aux Etats-Unis, mais aussi d'une «technophobie» ambiante.

En l'espace de quelques jours, Ahmed Mohamed est passé de simple ado passionné d'ingénierie au statut de dangereux terroriste menaçant son école, puis à celui de héros salué par les plus grands noms des Etats-Unis. Tout cela pour avoir voulu amener à l'école une horloge qu'il avait fabriquée lui-même, que ses profs ont prise pour une bombe.

Barack Obama l'a invité à la Maison Blanche:

«Cool ton horloge, Ahmed. Tu veux l'amener à la Maison Blanche? Nous devrions donner envie à plus d'enfants comme toi d'aimer la science. C'est ce qui rend l'Amérique si géniale.»

Et Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidence, a tweeté un message de soutien:

«Les préjugés et la peur ne nous gardent pas en sécurité –ils nous tirent vers le bas. Ahmed, reste curieux et continue à créer.»

Montée de l'islamaphobie aux Etats-Unis

Les réseaux sociaux bouillonnent encore d'indignation face au traitement qui lui a été réservé.

«La seule explication plausible pour qu'un enseignant réagisse à l'invention d'un étudiant en l'incarcérant est que l'étudiant était musulman et d'origine soudanaise, et que l'enseignant, comme beaucoup d'Américains, ait été abreuvé par un discours anti-musulman et islamophobe», réagit Linda Mansour, directrice du National Network for Arab American Communities (NNAAC), dans le Guardian.

L'histoire de Mohamed met en évidence les problèmes croissants de discrimination envers les musulmans américains. Beaucoup citent les meurtres, en février dernier, de trois étudiants musulmans de Caroline du nord comme preuve de la montée d'un sentiment islamophobe aux Etats-Unis.

Les étudiants de couleur sont plus susceptibles de se faire arrêter, pointe le Washington Post. Et une étude du Pew Research Center de 2014 a montré que les musulmans sont le groupe religieux vu le plus défavorablement par les Américains, ajoute le Wall Street Journal.

«A l'heure où nous essayons de convaincre le monde musulman qu'il n'est pas notre ennemi, que nos policiers ne sont pas influencés par un sentiment anti-musulman, nous présumons que les enfants musulmans sont des terroristes brandissant des bombes», regrette Vox

La Silicon Valley touchée au cœur

Mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle Ahmed s'est retrouvé sur le devant de la scène médiatique et obligé de tenir une conférence de presse devant chez lui. Car ce qui l'a mené vers la case «police», c'est d'abord la méfiance suscitée par l'horloge elle-même.

Elle ressemblait «à une bombe comme dans les films», a commenté un policier, car elle laissait apparent un circuit imprimé et des fils électriques. Après une évalution (plus poussée) des services de police, l'école était fière d'annoncer dans une lettre adressée aux parents d'Ahmed que «le dispositif découvert à l'école ne représente pas une menace pour la sécurité de votre enfant».

Les agents se sont retrouvés comme des poules devant un couteau. Comme le résume bien Philip Bump, qui écrit sur la politique au Washington Post, il est ici question de «possible xénophobie» mais aussi de «technophobie»: «Un dispositif simple a été pris pour quelque chose de menaçant.» Il s'interroge: «Est-ce que l'enseignement américain est capable de préparer les étudiants à un marché du travail riche en haute technologie?»

Vox regrette aussi cette bévue du personnel de l'école:

«A l'heure où le Forum économique mondial classe les Etats-Unis 48es pour la qualité de leur enseignement en sciences et en mathématiques et où l'Organisation pour le développement économique classe les étudiants américains 27e en mathématiques et 20e en sciences, nous arrêtons un enfant qui porte des t-shirts de la Nasa et qui construit des machines sur son temps libre».

Les plus grands noms du monde de la technologie ont apporté leur soutien au jeune ado. Dans un post Facebook, Mark Zuckerberg a félicité Ahmed pour ses prouesses en ingénierie et l'a invité à venir le voir à son bureau: 

«Avoir la compétence et l'ambition de construire quelque chose de cool devrait conduire à des applaudissements, pas à être arrêté. L'avenir appartient à des gens comme Ahmed. Ahmed, si jamais tu veux venir à Facebook, j'adorerais te rencontrer.»

Depuis son compte «Science Fair» (compétition qui récompense les jeunes inventeurs), Google lui a aussi adressé une invitation à assister au concours (et à ramener son horloge). Aaron Levie, PDG de l'entreprise de cloud Box, s'est lui aussi joint aux invitations sur Twitter.

Marc Andreesen, co-fondateur de la puissante société de la Silicon Valley Andreessen Horowitz, a plaisanté sur sa propre horloge-patate qu'il avait construit étant petit:

Un ingénieur du Jet Propulsion Laboratory a proposé à Ahmed de venir voir un rover de Mars quand il le voulait et Bobak Ferdoswi, ingénieur à la Nasa, lui a aussi écrit:

«Hey, Ahmed, appelle moi dans quelques années. Nous prenons toujours des gens intelligents, curieux et créatifs.»

Une déclaration d'amour du monde de la tech qu'Ahmed a pris au mot. Alors qu'il avait déclaré qu'il ne rapporterait plus jamais d'invention à l'école, il compte changer d'établissement, continuer à créer et travailler au MIT:

«Ne laissez pas les gens changer qui vous êtes. Peu importe les conséquences».

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