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Pendant le Paléolithique, on fabriquait déjà de la farine

Avena sativa | Matt Lavin via Flickr CC License by

Avena sativa | Matt Lavin via Flickr CC License by

À en croire les dernières découvertes, l’actuel «régime paléo», sans produits transformés notamment, est basé sur des affirmations quelque peu floues.

Les hommes préhistoriques mangeaient du porridge. Ou presque: des chercheurs de l’université de Florence ont trouvé des résidus d’avoine sur un outil qui s’avère avoir servi de broyeur et datant du Paléolithique. Cette pierre, d’un brun pâle et de la taille d’une main, vieille de 32.000 ans, a été découverte en 1989 dans le sud de l’Italie, dans un site appelé Grotta Paglicci. Il y a deux ans, une équipe a décidé d’étudier de nouveau cet outil, en utilisant des techniques plus modernes.

Les résultats de l’analyse, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, sont clairs: dans les échantillons relevés, les chercheurs ont identifié jusqu’à 250 résidus d’amidon par centimètre carré, qui correspondent principalement à de l’avoine, d’une espèce sauvage (l'agriculture est née plus tard, il y a environ 10.000 ans) appelée avena barbata ou avoine barbue. Le côté arrondi de la pierre a certainement été utilisé comme un pilon, pour broyer les aliments contre une autre pierre, pour obtenir une sorte de farine, sûrement pas très fine... L’outil aurait aussi traité des glands, et un cousin du millet.

«Oatcake» ou bouillie?

Comme les résidus d'avoine étaient gonflés, les chercheurs affirment que la chaleur a sans doute été utilisée pour rendre le processus de moûture plus facile. Il est possible que les grains n’aient pas eu le temps de sécher à l’air libre, et aient été séchés sur un feu. Ensuite, comment les humains du Paléolithique mangeaient-ils cette avoine moulue? «Ils ont vraisemblablement mélangé la farine avec de l’eau et l’ont cuit», explique Marta Mariotti Lippi, professeur de botanique qui a dirigé la recherche, à NPR.

Nos ancêtres transformaient plus la nourriture que nous le pensions jusqu’à présent

On ne saura pas si le résultat ressemblait plus à une sorte de «oatcake» (un gâteau sec aux flocons d’avoine) ou à de la bouillie: Marta Mariotti Lippi préfère rester prudente sur ces hypothèses, et ne pas tirer de conclusions générales sur le régime alimentaire des habitants du site (et encore moins sur celui des humains du Paléolithique, très vaste période), en soulignant aussi que lorsque l’on étudie ces outils, on ne tombe pas sur les plantes les plus communément transformées, mais celles qui ont été transformées le plus récemment.

Ainsi, nos ancêtres transformaient plus la nourriture que nous le pensions jusqu’à présent. Les habitants de Grotta Paglicci, à l’époque du Gravettien, sont, selon les conclusions de l’étude, «les plus anciens chasseurs-cueilleurs capable de transformer les plantes pour obtenir de la farine. Ils ont aussi développé des technologies ciblées pour le traitement complexe des plantes avant de les moudre. La présente étude témoigne pour la première fois, à notre connaissance, de la performance d’un traitement thermique préalable, qui a pu être crucial, dans une période caractérisée par un climat plus froid que celui que nous connaissons.»

«Régime paléo» pas très paléo

Comme l'explique bien Quartz, cette découverte montre aussi que la mode du «régime paléo», déjà contrée par d’autres arguments, est fondé sur des bases quelque peu floues. En effet, ce régime préconise d’imiter les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, en mangeant des fruits, des légumes, des graines et des protéines animales (viande, poisson, œufs), mais pas de céréales, et surtout zéro produit transformé. 

Mais cela revient à ériger un modèle-type d’alimentation, pour une période de près de 3 millions d’années, englobant des époques et des milieux extrêmement différents… Certains mangeurs bien particuliers du Paléolithique ont ainsi moulu de l'avoine –certes, sauvage– et donc transformé une céréale pour leur dîner, certains autres étaient bien sûr loin de cette pratique. Selon les chercheurs de Florence, «le régime naturel de nos ancêtres n’était peut-être pas aussi simple et basique que nous l’avons supposé précédemment». Quand NPR l’interroge sur l’actuel «régime paléo», Maria Mariotti Lippi répond que «nous avons vraiment trop peu de données pour parler d’un régime, mais ils ont certainement utilisé des céréales».

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